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CHAPITRE I

Symptomatologie. Formes cliniques. Évolution.

Les différentes observations citées au chapitre précédent nous montrent que la trichophytie interdigitale a toujours le même aspect clinique et que tantôt les lésions sont primitives d'emblée (et dans ce cas il n'y a aucune étiologie possible à invoquer), tantôt elles ont été précédées, quelques mois ou plusieurs années auparavant, par une épidermophytie de l'aine ou qu'il y a parfois coexistence des deux.

Bien que les auteurs contemporains, à la suite des travaux de Sabouraud, considèrent la tricophytie interdigitale des pieds comme une manifestation secondaire de l’eczéma marginatum, nous laisserons volontairement de côté l'affection décrite par Hebra (elle est d’ailleurs très bien traitée dans tous les ouvrages des maladies de la peau). Nous voulons simplement attirer l'attention sur la localisation, fréquente et peu connue, des champignons trichophytiques dans les espaces interdigitaux des pieds.

Aux pieds, sans doute sous l'influence de l'humidité et de la macération, il va se produire des lésions spéciales parliculièrement bien décrites et signalées pour la première fois par le professeur Dubreuilh sous le nom d’eczéma hyperkéralosique : nous ne saurions mieux faire que de reproduire la description du maître.

Symptomatologie. — «... L'affection a pour siège coustant et presque exclusif les espaces interdigitaux. Le début se fait au fond du pli interdigital. Le dernier espace, le plus serré, est

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souvent le seul et toujours le plus fortement atteint. De là, les lésions vont en diminuant d'intensité jusqu'au premier espace qui est généralement indemne.

» Les lésions les plus accusées sont au fond du pli et s'étendent plus ou moins loin d’arrière en avant sur les faces contiguës des deux orteils voisins en s'atténuant peu à peu. Elles peuvent ensuite s'étendre dans les plis de flexions plantaires des orteils où se trouvent reproduites des conditions semblables à celles du pli interdigital.

» Quand on écarte les orteils, les surfaces en contact sont lapissées d’un enduit blanc éclatant, presque bleuté, formé par une couche cornée épaisse, atteignant parfois un millimètre, opaque, souple et résistant, se détachant par lambeaux qui ont parois plus d’un centimètre de large.

» Ces lambeaux se détachent par un bord, tout en restant très adhérents par l’autre, de sorte que les efforts faits pour les arracher déterminent de la douleur et produisent des fissures.

» Au-dessous d'eux on trouve une peau rouge foncée recouverte d'un épiderme mince, transparent, qui devient promptement blanc, épais et opaque avant même que la lame précédente ait fini de se détacher. Cette desquamation se reproduit incessamment sans déterminer beaucoup de douleur ni de démangeaison.

» Ces lambeaux blancs, souples ettenaces comme du parchemin mouillé, ont l’aspect d'épiderme macéré et certainement l'humidité de la région joue un rôle dans leur production. Cependant, il n’y à pas d’hypéridrose chez les sujets examinés. On retrouve le même aspect dans les espaces interdigitaux des mains, ce qui permet d'éliminer la pression des chaussures ou la macération persistante comme cause de la localisation ou du caractère particulier de la maladie.

» Sur les parties voisines, ce sont tantôt des poussées subaiguës d'eczéma vésiculeux sur la face dorsale des orteils, tantôt un aspect papillomateux très accusé, ou enfin une simple hyperkératose (Obs. IV). Cette hyperkératose est particulièrement fréquente, c'est une sorte d'étui corné, dur, compact, jaune

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ambré qui enveloppe la pulpe de toute la phalange unguéale du dernier ou des derniers. orteils, s'étendant parfois sur la face dorsale des autres phalanges. Celte hyperkératose est ainsi différente de celle des plis interdigitaux ».

L'examen des squames, pratiqué à plusieurs reprises, n'avait révélé la présence d'aucun filament mycélien. Le professeur Dubreuilh porta alors le diagnostic d'eczéma hyperkératosique des espaces interdigitaux, affection très fréquente et très tenace.

Quelques années plus tard, Witfield, en 1908, observa plusieurs cas semblables. IT eut la bonne fortune de découvrir dans les squames un agent parasitaire. Ses recherches furent continuées par Sabouraud. Ce dernier confirma non seulement les découvertes du savant anglais, mais réussit quatre cultures sur sept qui lui permirent d'identifier L' « épidermophgton inguinale » qu'il avait déjà signalé comme étant l'agent spécifique de l « eczéma marginatum ».

La véritable nature de cette affection était démontrée. Ce soidisant eczéma n'était qu'une teigne. Mais Sabouraud eut peutêtre tort de loujours vouloir considérer la trichophytie interdigitale des pieds comme une localisation secondaire de l'affection de Hébra.

Ignorant sans doute la publication antérieure du professeur Dubreuilh, il fit un nouvel exposé symptomatique de cette affection dont nous reproduirons les points essentiels.

La lésion débute par le fond du pli interdigital. Tous les plis sont malades, mais l’importance des lésions est plus forte dans les plis les plus serrés, quatrième et cinquième espaces. Presque toujours les plis de flexion sont atteints, car chez beaucoup de sujets la demi-flexion des orteils est leur état permanent et normal.

Au fond du pli on trouve une sorte de magma caséeux facile à enlever par raclage. Au-dessous l’épiderme est blanc, opaque, brillant, humide, macéré et très épaissi. Par le grattage on détache de larges plaques semblables à une sorte de couenne.

À mesure qu’on s'éloigne du pli la lésion devient plus nettement vésiculeuse, mais les vésicules sont espacées, assez rares

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