‹ De la tuberculose du pharynx et de l'angine tuberculeuseChapitre 20 sur 41 · CELLULES GÉANTES · texte numérisé non relu

CELLULES GÉANTES

était impossible de supposer, dans des organes relativement peu vasculaires, l’existence d’une telle quantité de vaisseaux; de plus le diamètre dépassait beaucoup celui des vaisseaux ordinaires; la forme, presque toujours arrondie ou ovale, ne se rapprochait jamais de celle d’un cylindre; enfin, dernier fait plus concluant, dans certains points, au voisinage même des cellules géantes, nous avons vu des vaisseaux oblitérés dont toutes les tuniques étaient reconnaissables, et dont le coagulum granuleux, parsemé de cellules lymphatiques, ne présentait nullement la transparence hyaline, la coloration ambrée qui est si spéciale aux cellules géantes. De tout cela nous croyons pouvoir conclure que, dans les faits par nous observés, les cellules géantes ne procédaient pas d’oblitérations vasculaires.

Nous n’avons pas été tenté davantage d’y voir, suivant la théorie de Schüppel, l’élément important et primitif de la granulation tuberculeuse : ce n’est pas, en effet, dans les granulations les plus jeunes que nous avons rencontré la cellule géante ; les granulations isolées, véritablement embryonnaires, n’en renferment jamais, pas plus dans le pharynx que dans les autres organes, et dans un cas de granulie aiguë des poumons et du foie(Obs. 11) où les granulations très récentes n’avaient pas eu le temps de se caséifier, nous n’avons pu, malgré les recherches les plus minutieuses, en découvrir une seule. C’est au contraire dans les granulations adultes, et dont le centre est caséeux, que se sont montrées, constamment les cellules géantes, et, suivant la règle, elles occupaient, non pas le centre, mais la périphérie delà zone caséeuse.

Faut-il donc voir dans les cellules géantes des cellules angio-plastiques? Cette opinion, soutenue par Malassez et par Iirodowsky, est étayée sur des faits recueillis dans diverses formes de tumeurs autres que le tubercule : dans le syphilome, dans le sarcome. Nous n’avons donc rien à en dire : mais en ce qui concerne le tubercule, il nous semble que c’est

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altribuer une bien grande activité nutritive à un produit qui n’est après tout qu’un produit de déchéance, que de le supposer capable de créer de toutes pièces des vaisseaux même imparfaits. Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais pu découvrir aux cellules géantes du tubercule aucun des caractères des corps angio-plastiques : leurs prolongements nous ont toujours paru purement proto-plasmiques, et nous n’y avons jamais vu ni cavités évidentes, ni éléments libres.

Il est une autre théorie, à peine indiquée dans les auteurs, vers laquelle nos observations nous portent bien plus volontiers : celle qui admet que les cellules géantes peuvent se former par la coalescence de plusieurs éléments cellulaires, dont le protoplasma se fusionne, et qui conservent, une fois la fusion opérée, un certain degré de vitalité. M. Grancher (1), dans un important mémoire sur la tuberculose pulmonaire, a montré que les cellules de l’endothélium pulmonaire pouvaient se souder entre elles de manière à constituer de véritables cellules géantes. Déjà auparavant Senlleben (2), en étudiant les migrations des leucocytes à travers les cellules de la moelle de sureau introduite dans le péritoine du cochon d’Inde, avait observé la formation de véritables cellules géantes qui ne pouvaient résulter que de la fusion des cellules migratrices en une seule masse de protoplasma dans laquelle les noyaux s’hypertrophient et végètent. Plus récemment Baumgarten (3) et Aufrecht (4) ont fait des observations analogues. Le fait de la formation des cellules géantes aux dépens d’éléments cellulaires isolés est donc prouvé par l’expérience.

Nous-même avons pu voir nettement, sur des préparations heureuses, des groupes entiers de noyaux embryonnaires réu-

(1) Grancher, Tuberculose pulmonaire, in Arch. de physiologie, 1878, p. 33.

(2) Colinheim, Allgemeine Pathologie, 1877.

(3) Baumgarten, Tuberkel und Riesenzellen. — Centralbl. f. mcd. Wiss., 1878, p. 225.

(4) Aufrecht, Riesenzellen . — Centralbl. f. med. Wiss., 1877, p. 463.

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