‹ De la tuberculose du pharynx et de l'angine tuberculeuseChapitre 30 sur 41 · FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES

Dans le chapitre précédent, nous nous sommes efforcé de mettre sous les yeux du lecteur le tableau général de l’angine tuberculeuse, tel qu’il résulte de l’ensemble des faits connus. Mais, pour faire un exposé complet de la symptomatologie de la tuberculose pharyngée, nous avons dû faire abstraction des variétés, et nous attacher à la description d’une forme mixte, un peu idéale, qui nous permît de ne négliger aucun symptôme.

En fait, la tuberculose du pharynx ne se présente pas sous une physionomie tou jours identique ; elle admet des variétés nombreuses, et les malades que l’on peut rencontrer diffèrent

FOLLICULITE TUBERCULEUSE AIGUE.

entre eux tout autant que diffèrent deux phthisiques ou deux lièvres typhoïdes. On pourrait multiplier beaucoup les formes, en tenant compte du mode de début, de la localisation, do la marche, des lésions concomitantes; mais ce serait compliquer les dificultés sans aucun avantage. — Nous nous bornerons à décrire trois formes, dont l’entité nous paraît justifiée par les faits et qui présentent dans leur physionomie clinique des caractères très tranchés.

§ I. — Folliculite tuberculeuse aiguë.

Cette forme, qui n’a pas encore été décrite, paraît rare, car elle n’a été vue que deux fois : la première par M. Krishaber, dans un cas qui est rapporté d’une manière très succincte dans la thèse de M. Sourris ; la seconde fois par nous, qui avons pu suivre le malade depuis le début, et faire son autopsie avec tout le soin nécessaire.

L’observation de M. Krishaber (1) est relative à une jeune fille de 22 ans, qui fut prise brusquement de point de côté, de toux, avec des symptômes typhoïdes ; le diagnostic était incertain entre la granulie aiguë et la fièvre typhoïde, quand il se manifesta une gêne notable de la déglutition. L’examen delà gorge fit voir sur la luette, le voile du palais, et la paroi postérieure du pharynx, un grand nombre de granulations grises. La muqueuse était uniformément rouge, mais nullement exulcérée. — Quelques jours plus tard, des râles fins se développèrent aux bases des poumons, et bientôt la malade mourut avec tous les symptômes d’une phthisie aiguë. L’autopsie ne put être faite.

Notre cas, que l’on trouvera reproduit dans tous ses détails aux pièces justificatives (Obs. II), présentait les particularités suivantes : un homme de 35 ans, vigoureux, se présenta à

(I) Sourris, De l’A nrjine tuberculeuse ( Thèses (le Paris, 1877).

l’hôpital Cochin avec des symptômes rappelant ceux du début d’une fièvre typhoïde ; il se plaignait en outre d’une sensation de vive brûlure à la gorge, et d’une grande gêne de la déglutition. En regardant sa gorge, on vit la muqueuse de l’isthme du gosier et du pharynx, présentant une rougeur intense, uniforme, presque lie de vin; sur ce fond congestionné se détachaient de nombreux points blancs, disséminés sans ordre, légèrement saillants, ayant le volume d’une grosse tête d’épingle ou d’un grain de chènevis.Le même état de la gorge persista les jours suivants, pendant que se développaient tous les signes d’une tuberculisation pulmonaire suraiguë. — Douze jours après le début de la maladie, le malade succomba. — A l’autopsie on trouva une granulie aiguë et généralisée des poumons, du foie et des reins. — L’examen histologique du pharynx montra que les points blancs, qu'on avait pris pour des granulations tuberculeuses, étaient des follicules clos malades. Ces follicules présentaient une intiltration toute spéciale, un ramollissement de leur partie centrale et une transformation purulente de leurs éléments, qui simulait un petit abcès. Quelques-uns étaient exulcérés à leur sommet, et transformés en de petits ulcères lenticulaires.

Ces deux faits sont très concordants; ils montrent nettement l’existence d’une forme d’angine spéciale, qui offre de remarquables analogies avec celle de la fièvre typhoïde, et qui est en rapport avec la granulie fébrile à marche suraiguë.

D’après ce que nous savons de son histoire, la folliculite tuberculeuse se développe dans le cours et sous l’influence de la granulie aiguë du poumon. — Elle a pour premier symptôme une vive douleur, une sensation de cuisson dans la gorge, accompagnée de gêne de la déglutition. A l’examen de la gorge, on trouveune muqueuse rouge, très fortement injectée (contrairement cà ce qu’on observe dans les autres formes d’angine tuberculeuse) ; sur celte muqueuse se détachent de petits nodules d’un blanc éclatant, du volume d’un grain de mil ou

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