IV. LUPUS VULGAIRE DE LA LANGUE
HISTORIQUE
Il semble que ce soit Bazin (1861) qui ait vu et nôlé , premier des lésions lupiques de la Mnoue. Quelques ‘années plus tard, Wirchow (1864) signale des lésions de même nature, mais c’est Weber (Chir. de Pitha et Billroth, 1866) qui en parle le premier en termes précis : & Le lupus semble se comporter, dit-il, à la langue comme il le fait au voile du palais et au pharynx. D’ail- . leurs, ces parties sont, en général, prises ensemble et on ne trouve pas de lupus de Ja langue isolé. Le plus souvent, les lésions siègent sur les bords, près de Vépiglotte, parfois elles sont plus antérieures et c’est là
“qu’on peut trouver des nodules isolés de lupus qui pré-
sentent des granulations blanchâtres et: laissent des
à cicatrices unies et étoilées. »
Il faut arriver à Homolle (1875) ‘pour trouver la pre-
mière observation détaillée de lupus lingual. D'autres
seront publiées ensuite par Fairlie Clarke (1875), Bender (1888), Leloir (1889), Michelson, Garré (1890), Chiari (1890), Darier, Dubreuilh, Moure (1895). La plu-
part de ces observations sont groupées dans la thèse de
Spire. Après 1896, on relève de temps à autre un cas de lupus lingual dans la littérature : Audry et Iversene (1897), Du Castel (1899), Séquiéra (1906), Sabouraud
* DS He
(1908), Herzheimer (1911), Strandberg (3 obs., 1912),
Davis (1913), Heyn (1921), Jacobson (1923).
ÉTIOLOGIE
Le lupus vulgaire de:la langue est rare. Spire en avait
réuni 14 observations antérieures à 1896. Nous-mêmes.
en avons trouvé 11 plus récentes. Il n'est pas douteux toutefois que tous les cas de lupus lingual n’ont pas été
publiés; c’est ainsi que Brocq, Darier disent avoir eu :
l’occasion d’en voir plusieurs, lesquels sont restés inédits et que Strandberg qui en‘aurait groupé 15 observations au Licht Instituts, sur un total de 2.000 lupiques, n’en a publié que 3. F
Le lupus vulgaire de la langue a surtout été observé |
chez des adolescents et des adultes jeunes. Son maximum de fréquence est de 15 à 25 ans. Il est plus fréquent chez la femme que chez l’homme (15 femmes sur 24 malades). À s
Dans toutes les observations publiées, il y avait coexistence de lupus de la face ou des muqueuses nasales
ou bucco- pharyngées, c’est-à-dire des régions para lin-
guales. Presque toujours, d'autre part, les lésions linguales ne sont apparues que tardivement alors que le lupus de la face ou des muqueuses évoluait depuis des années. Ceci prouve que dans la très grande majorité des cas, le lupus lingual n’est que la propagation d’un lupus voisin. Dans cértains cas, la propagation se fait d’arrière en avant de la face à la langue, Dans d’autres c'est au contraire la région pharyngée qui est la première lésée et les lupomes gagnent peu à peu de la base
eg
vers la pointe de l’organe. La localisation plus fréquem- | ment notée à la base permet de supposer que ce second ‘ processus est le plus habituel.
se
l SYMPTÔMES
Il existe deux formes cliniques principales du lupus lingual qui peuvent se superposer aux formes habituelles du lupus cutané : la forme papillomateuse qui correspond au lupus non exédens : la forme ulcéreuse qui représente le lupus exédens ou vorax. Point n’est besoin, pensons-nous, de les qualifier comme Durante de : glosso dermatite tuberculeuse fibreuse et de glosso dermatite ‘tuberculeuse ulcéreuse. }
Lüpus papillomateux et lupus ulcéreux peuvent, surtout lorsqu’ ils évoluent depüis un certain temps, s’associer à des lésions cicatricielles, fibreuses. Il n’y à rien là qui doive nous étonner puisque c’est un caractère habituel au lupus vulgaire de la face de se cicatriser en certains points, alors qu’en d’autres il existe des lupomes en pleine activité. LE
Les deux formes élémentaires du lupus (papillome et ulcèré) peuvent enfin, bien que plus rarement, s’associer chez un même malade réalisant ainsi une. forme ‘ mixte. | {
Nous aurons donc à décrire
1° Une forme papillomateuse ;
2° Une forme ulcéreuse;
30 Une forme mixte.
Quelle est la proportion io de ces 3 formes? Sur 2 observations détaillées, nous trouvons 13 cas. de
lupus papillomateux, 5 cas de lupus ulcéreux, 4 formes mixtes.
Caractère généraux.
Le lupus de la langue se localise avec élection dans le segment postérieur de l'organe (14 fois Sur 20). Il est rare, d’ailleurs, que la lésion soit unique et bien localisée et plus souvent les éléments sont disséminés à la 4 surface de la langue qu’ils peuvent recouvrir en entier.
L’adénopathie des ganglions sous maxillaires a été . notée par la moitié environ des observateurs. -
La douleur accusée est nulle ou insignifiante et de lupus est plus gênant que douloureux.
Enfin, ces sujets ont presque tous un bon état général ou seulement des lésions pulmonaires minimes des sommets ayant un caractère fibreux et torpide. Dans aucun cas, le bacille de Koch n’a été noté dans Pexpectoration. |
Forme IE Es (Obs. 1). — « Alors que le lupus affecte dans la gorge, dans la bouche ou sur le pharynx, l’aspect d’une nappe mamelonnée, rosée, par- | semée d’ulcérations, aux gencives celui d’un semis de bourgeons charnus mous et rouges, sur la langue, il prend presque toujours la te papillomateuse. » (Darier). |
La lésion est rarement unique et plus souvent représentée par 2 ou 3 placards de nodules lupiques dont l’as- pect est nettement caractéristique: Ces plaques sûnt de forme plus où moins arrondie ou ovalaire, de dimen-
js
sions allant de quelques millineeres à plusieurs centi- mètres de diamètre. Chaque placard lupique est saillant au-dessus du plan de la muqueuse. Sa surface est ma- . melonnée, granuleuse, framboïsée, couverte d’élevures, de papilles hypertrophiées tassées les unes contre les
autres et séparées par des sillons assez profonds. Leur
coloration est gris rosée par places, ailleurs elle devient
; blanchâtre et opaline. La plaque de lupus est nettement
délimitée, les bords en sont bien tracés par la saillie
papillaire. Si l’on pince la muqueuse entre deux doigts au niveau de ces lésions, on constate qu’elles sont fer.
mes, élastiques, mais l’induration est superficielle, limi-
» li . EE tée aux nodules lupiques ‘en l’absence de toute sclérose
associée. L'existence simultanée de lésions papilloma- teuses et scléreuses constitue un type scléro- PARIME teux (Leloir).…
Forme ulcéreuse (Obs. 2). — La lésion élémentaire est ici représentée par l’ulcère lupide dont les carac- | tères rappellent ceux des ulcères de la peau. Cette forme peut prendre une allure rongeante, phagédénique, très accusée. Aux lésions ulcéreuses peuvent s'associer, comme dans le lupus papillomateux, des zones cicatri-
| cielles constituant un type scléro-ulcéreux.
Forme mixte (Obs. 3). — Dans cette forme rare, il y a association sur la langue d’ulcères, de papillomes et
de cicatrices. Michelson en a publié une observation,
Jacobson une autre, Strandberg en à vu deux cas. Cet auteur considère cette forme comme un stade plus avancé de Vaffection, la forme papillomateuse en
étant le stade initial.