CMEZSAYY, LIBRAIRE DE LÀ SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE
rue Bonaparte , 20.
PRÉFACE
Le travail que nous livrons aujourd'hui à la publicité a été écrit en réponse à cette question : Prophylaxie de la tuberculose, proposée au concours pour \ 860 par la Société de médecine de Bordeaux.
L'importance de cette question, l'immense intérêt pratique qui s'y rattache, la grande et juste renommée du corps savant qui la posait, expliquent l'émulation qu'elle excita et le nombre des concurrents qui entrèrent en lice. — « Neuf mémoires, anglais, italien, allemand, français, dit la Gazette des hôpitaux (\), furent envoyés à la Société, et la Commission (2) nommée pour l'examen approfondi de ces travaux dut y consacrer de nombreuses réunions, ce qui
(1) Gazelle des hôpitaux , n° du 5 janvier -1861.
(2) Celle Commission élait composée de MM. les docteurs Dubreuilh père, président; Dégranges, secret a ire- général -, Soulé père, Bclbeder, Cuigneau, Boursier-, Sarraraéa, rapporteur.
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obligea à retarder la séance publique annuelle, dans laquelle furent proclamés les noms des lauréats. »
Ce fut notre travail qui obtint le prix proposé; nous eûmes le bonheur de l'apprendre par une lettre des plus flatteuses de M. le secrétaire général.
« La lutte a été brillante et vivement soutenue , nous écrivit notre savant confrère; chacun des candidats ayant envisagé spécialement le côté de la question le plus afférent à ses études et le plus conforme à ses goûts, il en est résulté, à la grande satisfaction de notre Compagnie, que le sujet s'est trouvé éclairci sur presque toutes ses faces par le contingent scientifique et pratique apporté par les divers auteurs.
« Parmi les Mémoires qui ont répondu à l'appel de notre Société , celui qui portait le n" 3 avec deux épigraphes, l'une de Virgile , et l'autre de Jos. Frank; , a été distingué de toute manière, placé en première ligne et le prix lui a été décerné.
« Le cachet qui voilait l'auteur a été brisé, et nous avons, lu votre nom.
« Je m'empresse donc, Monsieur et Confrère, de vous apprendre cette heureuse nouvelle , en vous disant que votre œuvre , pour le fond comme pour la forme, au point de vue des données scientifiques, comme à celui de L'observation pratique , enfin sous le rapport d'une haute philosophie à la fois médicale et hygiénique , a été envisagée comme éminemment didactique et méritant les plus grands éloges. »
Ces paroles si flatteuses et si pleines d'encouragement de M. le secrétaire général, le mérite
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de celui qui nous les adressait, la haute distinction que la Société de médecine de Bordeaux avait bien voulu accorder à notre travail, la valeur des auteurs dont nous avions eu l'honneur d'être le concurrent, nous engagèrent à mettre notre œuvre au jour, et nous la livrons aujourd'hui à la publicité, telle, ou à peu près, que nous l'avons adressée à la Société de médecine de Bordeaux; les légères modifications que nous lui avons fait subir portent sur la forme plutôt que sur le fond.
Ce n'est donc pas un traité complet sur les tubercules et la tuberculose que nous avons la prétention de publier aujourd'hui, nous n'avons envisagé la question que sous le point de vue de la prophylaxie , et si nous avons touché à des problèmes de pathogénie et d'étiologie, c'est seulement en raison de l'immense importance que présentent ces deux sources d'indications préventives. La symptomatologie, ladiagnose et la prognose ne nous ont occupé aussi que d'une manière indirecte et qu'autant qu'elles pouvaient éclairer la prophylaxie et guider le praticien dans le choix des moyens prophylactiques à employer.
Quant au plan que nous avons adopté et suivi, il était tout tracé par la nature même du sujet que nous avions à traiter, et découlait naturelle-
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ment de la définition que nous adopterions du mot tuberculose. Pour quelques-uns, en effet, ce mot est synonime de formation du tubercule] d'autres au contraire nomment tuberculose la diathèse qui prédispose à la formation du tubercule, et tuberculisation le travail local qui le produit (\). — C'est cette seconde signification du mot tuberculose que nous avons acceptée, en la modifiant toutefois un peu, comme on le verra dans la suite.
Ceci posé, nous devions rechercher la nature et les causes de cet état pathologique qui prédispose à la formation du tubercule, afin d'établir plus sûrement nos principales indications prophylactiques. Cela nous conduisait à étudier le travail de formation du tubercule, c'est-à-dire la tuberculisation, et le produit de ce travail, c'est à-dire le tubercule, parce qu'on ne parvient à avoir une notion exacte et précise d'une cause qu'en en étudiant avec soin les effets et les manifestations.
C'est ainsi qu'avant d'aborder la question de la tuberculose, nous avons dû consacrer quelques pages aux questions d'anatomie et de physiologie pathologiques afférentes au sujet.
(4) Dictionnaire de médecine de Nysien, édition refondue par MM. Liltré cl Ch. Robin , 4855.
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Notre travail comprend donc trois sections principales. Les deux premières sont les plus courtes ; elles servent, pour ainsi dire, d'introduction à la troisième, qui forme la partie la plus étendue de notre Mémoire. Elles sont consacrées à l'étude du tubercule et delà tuberculisation.
C'est sur l'observation d'un grand nombre de pièces pathologiques que nous avons édifié cette partie toute anatomique et physiologique de notre Mémoire. Les matériaux ne manquent pas à Lyon pour de semblables recherches; notre cité paie un tribut malheureusement des plus onéreux à la scrofulose et à la tuberculose ; ces maladies peuplent nos salles d'hôpital et ce sont elles, en grande partie, qui alimentent nos amphithéâtres; de telle sorte, que pendant notre internat, et depuis lors, nous avons pu observer un grand nombre de productions scrofulo-tuberculeuses ; qu'il nous soit permis de remercier ici nos maîtres dans les hôpitaux et nos anciens collègues de l'internat pour l'obligeance avec laquelle ils nous ont ouvert les richesses de leurs services ; c'est grâce à leur bienveillant concours qu'il nous a été donné d'étudier les dépôts tuberculeux sur des sujets de tous les âges, dans les principaux tissus, et à toutes les époques de développement de ces produits pathologiques.
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Toutefois ce serait se tromper que de chercher dans notre travail une étude complète du tubercule et de la tuberculisation. Nous le répétons; nous restreignant dans les limites de notre sujet, nous avons dû n'envisager la question qu'au double point de vue de la nature et de la pathogénie. Les importants travaux que MM. Lebert, Ch. Robin, Virchow, Maudl, Michel, Kûss, Gubler, etc., ont faits sur cette matière, ont rendu notre tâche plus facile; quoique nos observations aient dû nous mettre quelquefois en désaccord avec ces habiles micrographes, leurs recherches ont été pour nous des guides précieux et d'un secours important.
La troisième section de notre mémoire traite de la tuberculose et de sa prophylaxie.
La tuberculose, avons-nous dit, a été définie, la diathèse qui prédispose à la formation du tubercule: mais les tubercules, et nous avons cherché à le démontrer, peuvent se former sous l'influence de causes locales, en dehors de tout état diathésique; dès lors il devenait nécessaire pour nous de modifier la définition précédente. Nous avons donc entendu par tuberculose les causes prochaines de la tuberculisation, et comme la tuberculisation peut être déterminée par des dispositions organiques locales ou par un état diathésique constitutionnel, nous avons
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dû reconnaître deux espèces de tuberculose : une tuberculose locale et une tuberculose générale.
On voit, d'après ce qui précède, que nous désignons par le mot tuberculose des choses assez disparates : la tuberculose générale est un état morbide, une maladie, une diathèse; la tuberculose locale, un ensemble de conditions ou de dispositions locales, pouvant entraîner, en dehors de tout état morbide général, la formation de tubercules. — Peut être eût-il été convenable de créer une nouvelle dénomination pour éviter ce double emploi du même mot; la crainte du néologisme nous a fait préférer une nomenclature qui, du reste, ne peut donner lieu à aucune confusion.
Notre définition une fois adoptée, nous avons dû chercher à procéder aussi méthodiquement que possible dans l'étude des causes de la tuberculisation , et la marche que nous avons suivie nous a permis, ce nous semble, de grouper nos indications prophylactiques sous les différents chefs d'une division naturelle, sans répétition, comme sans confusion.
Dans deux parties distinctes, nous avons étudié, d'une part, les conditions locales qui peuvent déterminer la formation de tubercules, et, d'une
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autre part, l'état diathésique sous l'influence duquel elle peut avoir lieu.
Nous avons cherché à démontrer dans notre seconde partie, que la diathèse tuberculeuse pouvait être héréditaire ou qu'elle pouvait s'acquérir, et pénétrant plus profondément dans notre sujet, nous avons examiné successivement la part qui revient dans la production de la diathèse tuberculeuse à la contagion, aux différents agents modificateurs psychiques ou physiques au milieu desquels nous vivons, et enfin à certaines maladies; puis, après avoir cherché les moyens de préserver les familles et les individus de cet état diathésique, nous avons cherché , sous le titre de Prophylaxie publique, à en préserver une cité ou un peuple.
Mais là ne s'est pas bornée notre tâche, nous avons démontré que la diathèse tuberculeuse ne suffirait pas à elle seule pour créer les tubercules, et qu'elle avait besoin , pour se manifester, du concours d'un certain nombre de causes occasionnelles; dès lors nous avons recherché les moyens de maintenir celte diathèse à l'état latent, lorsqu'on n'avait pu la prévenir, afin d'en empêcher les manifestations et les tristes effets.
Le plan que nous avons adoplé, et que nous venons d'esquisser rapidement, peut se résumer
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dans le tableau synoptique suivant, qui expose notre travail d'une manière méthodique :
DU TUBERCULE
DE LA TUBERCULISATiON.
De la tuberculose locale.
De la tuberculose générale ou diathèse tuberculeuse.