‹ De la tyrannieChapitre 16 sur 79 · CHAPITRE QUINZIÈME De Famour de soi-même sous la tyrannie · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME De Famour de soi-même sous la tyrannie

La tymnnie est si contraire à notre nature, u'elle renverse , affaiblit ou détruit dans homme presque toutes les affections natu- Blles. Nous n'aimons pas la patrie, parce u'elle n'existe pas ; nous n'aimons pas os parents, notre épouse et nos enfants, parce ue toutes ces choses ne nous appartiennent as avec sécurité ; nous ne connaissons pas e vrais amis, parce qu'un simple épanchelent de cœur sur des choses importantes eut changer un ami en un délateur récomensé, ou même encore trop souvent en un élateur honoré. L'effet nécessaire qui doit Bsulter dans le cœur de l'homme de l'imposibilité de ne pouvoir aimer toutes ces choses, 'est de s'aimer iumioflérément soi-même, et

me paraît qu'en voici une des principales lisons. La crainte naît dans l'homme de l'inertitude dans laaueile il vit. et cette crainte ontinuelle produit deux eflets contraires, ou n amour excessif, ou une tré&r grande indifîrence pour la chose que nous craignons de erdre. Comme nous avons toujours à crainre, sous la tyrannie, pour nous et pour tout e qui nous appartient, et comme la nature

veut que nous nous aimions plus que toute chose, il arrive de la que nous craignons beaucoup pour nous-mêmes, et chaque jour beaucoup moins pour les choses qui nous appartiennent, mais qui ne sont pas immédiatement à nous Dans les véritables républiques, les citoyens aiment avant tout la patrie, ensuite leur famille, après leurs personnes. Sous la tyrannie, au contraire, on préfère son existence à toute chose, et, pour cela, l'amour de soi-même n'est pas l'amour de ses droits, de sa gloire et de son honneur, mais c'est simplement l'amour de la vie animale; nous voyons que cette vie, par une fatalité que je ne conçois pas, ressemble à celle des vieillards, qui en font beaucoup plus de cas lorsqu'ils l'ont presqu'entiérement perdue, tandis que les jeunes gens, à qui elle reste tout entière à parcourir, ne craignent pas de la nrodiguer : ainsi elle est d'autant plus chère à l'esclave qu'elle est moins sûre et qu'elle vaut moins.

Page 1