CHAPITRE QUATRIÈME Ck)mment on doit mourir sous la tyrannie
Quoique la véritable gloire, c'est-à-dire celle ^e se rendre par de grandes entreprises utile à sa patrie et à ses concitoyens, ne puisse être acquise par celui qui est né et condamné à vivre sous une tyrannie qui le réduit à une vie inactive, personne néanmoins ne pourrait empêcher à celui qui en aurait le brûlant désir, la gloire de mourir en homme libre, quoique né £0us l'esclavage.
Quoique cette espèce de gloire paraisse ne pas servir au bien général, elle y contribue
cependant efficacement par l'exemple su'blime qu'elle laisse à imiter; et Tacite, cet homme si profond dans la connaissance du cœm* humain, la porte au suprême degré, p.;r la rareté des hommes qui l'ont méritée. Il ne manquait en effet, à la mort héroïque de Thraseas, de Sénéque, de Cremutius Cordo et de tant d'autres Romains proscrits par leurs premiers tyrans, qu'une cause plus spontanée pour élever leur vertu jusqu'à celle des Curtius, des Décius et des Régulus; et comme la suprême vertu est de défendre sa patrie et la liberté au péril de sa vie, de même aussi sous la tyrannie enracinée, dont le joug pèse constamment sur la tête, il ne peut pas y avoir de plus grande gloire que celle de mourir généralement pour ne point vivre esclave.
11 faut donc que, sous un gouvernement violent et soupçonneux, le petit noml.re d'hommes pensants se conduise avec pru-ience, tant que cette prudence ne dégénère pas en lâcheté; mais il faut aussi, lorsque la raison et la fortune les y forcent, qu'ils sachent mourir courageusement : c'est ainsi qu'ils illustreront, par une mort Hbre et glorieuse, les derniers moments d'une vie passée dans l'opprobre et 1s, servitude.