DU SYSTÈME ÉTRANGE DE M. VERDÉ-DELISLE
loppement de la vaccine des affections rebelles, des herpès et des ophtalmies scrophuleuses. Le docteur Verdé s'est plaint de ce que Ton n'avait donné aucune explication de ces faits ; mais c'est une chose notoire que cette efficacité dépurative dissolvante qu'il attribue au virus varioleux, ou plutôt à la réaction ou à la révolution qu'il produit dans l'économie, peut s'appliquer à la vaccine. On a raison d'être surpris qu'il ignore que toute excitation fébrile ou sensation générale peut produire dans l'économie des modifications salutaires. Les annales de la médecine n'en registrent-t-elles pas plusieurs cas d' affections chroniques guéries par des fièvres ?
Sur ce, nous concluons avec le doct. Spinelli que « le pus vaccinique outre qu'il occupe une place dans la thérapeutique comme spécifique contre la petite vérole, est encore reconnu comme un rèmede très-utile dans le traitement de plusieurs affections chroniques » .
Quels sont maintenant, en comparaison de la vaccine, les prodiges de la variole? une mortalité effroyable, et quand on n'y succombe pas, déformation des traits du visage, ulcération des paupières, formation de taies sur les yeux, etc. Il est vrai que souvent d'une si grave éruption peut naître, bien mieux que de la vaccinique, un effet salutaire, c.-à.-d. la guérison; mais qui voudra jamais recourir à la variole, s'il en considère les suites funestes?
Déjà de son temps, Hoffmann avait manifesté cet avis: « De iis autem qui variolarum morbum
« superant, multipliai confirmatum habeo eocperientia, « quod pueri qui ante illurn valettcdine minus firma « usi, variis oculorum et aurium defluctionibus, tinea « capitis, doloribus artuum, imbecillitate pedutn, rar € chitide laborarunt, postea, integram sanitatem, cor-
< poris robur et nutritionem tutiorem acceperint. Vi- « cissim vero novi etiam altos qui antea san i et vàlentes, « in variolis vero perversa medicatione eoocepti, vel t commissis in diaeta erroribus, valetudinarii postea € facti, phthisim, febrem lentam, tabem et astma in-
< currisse, visus vitia, ophtalrnias, epiphoras, maculas « et albugines contraxisse, aut ulceribus sordidis in € fade et artuum juncturis fuisse affectos.
Frank Joseph (1. c.) après avoir prémis que la variole a été plus meurtrière que la peste, et que les valétudinaires et spécialement les personnes affectées de scrophules, etc. supèrent difficilement la petite vérole, admet que si cette dernière a pu avoir des effets salutaires, ce n'a été que par exception.
On sait que la variole confluente emporte le tiers de ceux qui en sont atteints, et que dans certaines contrées du nord la mortalité s'est élevée jusqu'au 70 p. 100. De l'aveu de Grégory lui-même (i), on trouve dans les registres de l'hôpital des varioleux de Londres que la variole a moissonné dans cet établissement un très-grand nombre de victimes dans la proportion de 41 à 80 p. 100.
(1) Encyclopéd. prof, angl, pag. 4531.
DO mîtoffl ÉTBANGB DE M. VJRDB-DKLISLE 5S9
Sydenham(i),déari vaut les graves symptômes qui accompagnent ordinairement cette infection, tels que la salivation, la diarrhée, la dyssenterie, la frénésie, le coma, les pétéchies, l'émission sanguine des urines et leur suppression, ne laisse pas de noter combien est grande la mortalité surtout dans la variole anomale et confluente, et ajoute que la plupart succombent au onzième jour, plerique etiam mortuntur die undecimo. Nous invitons ainsi le docteur Verdé, au nom du profond respect qu'il a pour un si grand observateur, à vouloir considérer que ses opinions et ses idées sur la dégénération de notre espèce concordent peu avec la grande réalité des terribles ravages que firent à Londres la variole, la scarlatine et d'autres maladies dans la seconde moitié du XVII siècle. Il pourrait alors établir un parallèle entre la désolation de ce temps-là et l'amélioration actuelle des conditions sanitaires des populations, et il verrait si, au lieu de se détériorer, notre espèce ne s'est pas physiquement et moralement perfectionnée. Sydenham fait brièvement mention de la variole qui sévit de 1661 à 1664, en remarquant qu'elle emportait en peu de temps les malheureux qui en étaient atteints : intra paucas haras ad plures migrabant. L'épidémie qui dura de 1667 à 1669 (2) fut souvent en coïncidence avec la fièvre constitutionnelle, la diarrhée et d'autres phéno-
(1) Loc cit, pag. 16.
(*) Pag. 15, 16.
34 — Pabola, vol. H, De la vaccination.
530 DE LA VACCINATION — CHAPITRE XXtX
mènes anormaux. Celle qui dura de 1670 à 1672 fût bien terrible. Elle eut une forme anormale, accompagnée de vésicules phagédéniques mortelles. Le visage se tuméfiait en peu de temps comme s'il eût été érysipélateux, et les pustules devenaient aussitôt noires comme la suie : donec tandem fades intégra nigredine, fuliginis omnino aemula tingeretur. La contagion de 1674-75 fut encore plus affreuse, crassiorem naturam et putredinem longe intentiorem redolere riderentur. Plures orco dabant quant species alia quae~ libet, quant ntihi hactenus videre contigit ; et si quid meo judicio tribuendum sit, pestent ipsam, pro nvr mero scilicet aegrorum, pemicie aequabant etc. L'épidémie de 168081 fit de très-grands ravages. Sa malignité s'accrut par la sécheresse inouïe de 1681 et par le mélange de tâches purpurines qui accéléraient la mort des malades et précédaient quelquefois l'éruption elle-même. Maculae purpureae plénum eœanthe-
matum eruptionem haud raro praeveniebant
etiarn ante justam materiae morbificae expulsionern, praematuram mortem accersebant Id vero maxime fatorum saevitiam promovebat. Une particularité de cette épidémie fut que, quoique en général la variole fût plus ou moins grave en raison des pustules qui se produisaient, ces tâches mortelles se manifestaient dès les premiers indices d'éruption. Interea fatendum est et sanguinis mictum et maculas purpureas, quae ita certe mortem praenunciant, quandoque accidere, vix ullo adhuc comparente variolarum indxcio, tel
DU SYSTÈME ÉTRANGE DE M. VERDÉ-DEklSLE 531
etiam paucissimis ptcstulis erumpentibus etc. (i). « La variole seule, a dit P. Frank, a fait plus de ravages que toutes les pestes prises ensemble.
Sydenham parle (2) de la gravité des phlogoses des yeux, des diarrhées, des dyssenteries et de plusieurs autres affections des poumons qui sont comme Théritage de la variole et affligent le reste de la vie.
Aïgrojam convalescente y /dit-il, ptcstulisque deciduis, ubiper dies aliquot carnes idem degustaverit, circa diem nempeprimumetvigesimumsanguinem e brachio extraendum censeo, si morbus fuit vehementior, cum inflammatio quam sanguini impresserunt variolae, sive adultus fuerit aeger, sive infans, non minus venae sectionem indicet quam colluvies, quae eidem accrevit catharsim : quod satis liquet, tum a sanguinis colore quipost atrociorem morbum educitur, pleuriticorum sanguini omnino similis, tum etiam a magnis tstis inflammationibus, quaepost morbum hune (autre que dépuration, autre que providence du Créateur, ou crise sublime ou travail physiologique) m oculos decumbunt, aliisqne diris sanguinis excale facti et a morbo depravati effectibuSj unde etiam qui antea pancratice valebanty postea cum humoribus calidis acribusque in pulmones autaliam aliquam partem depluentibus per
(1) Mon père put observer un cas semblable le 25 février 1856 sur un paysan de Valdieri, alité au n° 3 de l'hôpital de Coni. Les péléebies précédèrent l'éruption varioleuse, et avant que selle-ci fut au quatrième jour, le malade expira. La petite vérole conserve donc de nos jours la même nature constitutionnelle et la même gravité que dans les siècles passés.
(2) SecL 3, ebap. 2, pag. 19.
réliquam vitam omnem confligunt. Ce texte de Sydenham ne suffit-il pas pour faire crouler le système de Verdé? Est-il encore besoin que nous disions que les graves symptômes phlogistiques qui accompagnent le cours de la variole, sont confirmés par la nécropsie? Après avoir admis que tous les organes sont rougeâtres et tuméfiés, M. Verdé s'efforce de contester à ces signes évidents de congestion active tout caractère phlogistique en leur attribuant néanmoins un état sui generis. Outre que, dans Y intérêt de sa théorie , il cherche par une singulière contradiction à nier dans la nécropsie des varioleux l'ombre même des lésions organiques, il invoque Bousquet dont le témoignage le condamne. < Le cadavre du varioleux devient si tuméfié à la figure, au cou et aux pieds que lorsqu'on taille ces parties, il s'écoule des incisions une sérosité purulente qui se trouve répandue en guise de phlegmon sur presque toute la surface du corps >. Les follicules intestinales, ajoute-t-il, se trouvent si développées, hypertrophiées, enflammées que quelques-uns ont considéré ce grand développement comme des pustules varioleuses. Les plaques de Peyer soùt, comme les follicules isolées, rouges, saillantes, ramollies. Qui contestera maintenant à ces dégâts un procédé phlogistique? Si nous recourons à d'autres autorités compétentes, à Grégory et à Frank, nous trouvons que le premier (1) est très-explicite sur ce point.
U) Pt& un.
DU SYSTÈME ÉTRANGE DB M. VBRDÉ-DKUSLB 533
« Quand la mort, dit-il, est arrivée dans la troisième semaine de l'apparition de l' éruption, la plèvre se trouve enflammée et couverte d'une couche de lymphe coagulable, en même temps que dans la cavité correspondante du thorax se trouve souvent ramassée une quantité énorme de matière purulente Ou semipurulente, comprimant par sa masse le poumon de ce côté, et le réduisant à un petit espace. Souvent une portion du poumon lui-même se trouve infiltrée de pus. Frank dit que souvent les phlogoses pulmonaires accompagnent ou suivent cet exanthème. Plerumque cadavera nihil praeter pulmonis, autàUerius visceris in/lammationem et saepissime liquorem serosum in cavttate pectoris extravasatum offerunt(\.c.} pag.317).
Dans les montagnes, la plupart des adultes qui sont victimes de la variole, doivent leur sort fatal à des congestions phlogistiques de la poitrine. Deux cas observés dans notre hôpital en font foi. B. M., robuste fille de 18 ans, était affectée de fièvre synoque avec bronchite. On lui avait déjà fait six saignées. Son sang était plutôt couenneux, et on lui avait administré une potion stibiée. L'éruption varioleuse s'étant manifestée, les symptômes pectoraux s'exaspérèrent et la dyspnée et la fièvre augmentèrent tellement que, l'éruption étant rentrée, la malade succomba le lendemain. La nécropsie révéla une injection aux méninges et l'existence d'une vraie pulmonite droite passée déjà à la période d'hépatisation.
Une semblable condition pathologique du poumon
droit fut constatée sur le cadavre d'un jeune varioleux de 21 ans, recouvré le 26 décembre 1853 et mort le 14 janvier suivant. Ce cas était compliqué d'une phlogose intense de la plèvre pulmonaire droite, fort adhérente aux côtes contiguës. Le docteur qui nous aida dans l'ouverture de la poitrine, en eut écorché l'index de la main droite.
On rencontre aussi dans les animaux de semblables phlogoses pulmonaires. Rousseau constata dans le cadavre d'un porc varioleux que les poumons offraient sur quelques points l'endurcissement rouge et l'hépatisation, et sur d'autres le ramollissement gris et la suppuration.
La nécropsie a donc établi la nature phlogistique du mal arabique, qui prend souvent le caractère malin et détruit les tissus organiques externes et internes: d'où la grande mortalité causée par cette contagion, et les stigmates perpétuels qu'elle laisse ordinairement après elle.
Borsieri dit que les ophtalmies, les surdités et les cécités qui dérivent de la petite vérole sont très-variées: (1) douleurs atroces aux articulations, anchyloses, caries incurables, tumeurs de la glande lacrymale, abcès dans les yeux, leucomes, décomposition et suppuration entière de la bulbe de Vceil, otites rebelles des oreilles, ophtalmies, surdités. Souvent succède la fièvre lente et étique produite par l'infection interne des viscères et spécialement pBr la
(1) §§ 281, 208, 28% 278 et 284.