‹ De La Vallière à MontespanChapitre 56 sur 60 · LETTRES DU MARQUIS DE LA VALLIÈRE AU PRINCE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

LETTRES DU MARQUIS DE LA VALLIÈRE AU PRINCE DE CONDÉ

Au camp devant Besançon, ce 8 may au matin.

.Monseigneur le Duc se porte fort bien ; il lit faire l'ouverture de la tranchée à neuf heures du soir de la nuit du six au sept. M. de la Feuillade et M. le chevalier de Lorraine estant de jour, Monsieur y alla sur les onze heures du soir, puis vint rendre compte au Roy du travail qu'on faisoit et de Testât de la terre qu'on remuoit; après avoir creusé un pied et demy, on trouva un peu de pierres ; cela n'a pas empesché qu'on n'ait assés avancé et travaillé principallement à la communication des deux tranchées. .Nous avons assés de batteries, mais jusques à présent elles n'ont pas esté si bien servies qu'on dit qu'elles furent à Mastric. 11 faudra qu'elles aillent mieux pour la citadelle, car ce sera

nostre principale force ; ils font dans la ville une résistance assés molle et il paroist peu de monde, il y a même de l'ignorance dans leur fait, et c'est plustost un feu et une résistance de bourgeois que de gens de guerre. Selon toutes les apparances du monde, les villes ne tiendront pas longtemps, mais pour ce qui est de la citadelle, s'ils veulent sedeffandre, autant que la situation leur peut permettre, il faudra y procéder avec circonspection. Votre Altesse Sérénissime en scait la situation. M. de Luxambourg a pris la ville et le chasteau d'Hornan et le chasteau de Cey ; s'ils eussent voulu se defïendre, ils auraient tenu du temps, car leur situation est avantageuse. Il attend le canon qu'on lui a envoyé pour aller à Pontarlier et doit nettoyer tous ces costés là. Il ne pourra pas estre de retour pour le siège de la citadelle, car il lui faudra du temps pour exécuter tous les ordres qu'on luy a donnés, outre que son canon luy donne bien de la peine à conduire, car il faut souvent changer de voye par le pais qu'il le mène. Le Roy fait assés voir qu'il a un bon corps pour la guerre, car il se porte bien, Dieu mercy, et fatigue plus luy seul que tout le reste de son armée, estant à cheval tout le jour et dehors toute la nuit à la veue des attaques d'où il donne les ordres nécessaires. M. le grand maistre et M. de Genlis sont entrés en garde à la tranchée la nuit du 7 au 8 ; je ne say pas encore le détail de ce qui s'y est passé ; si la poste retarde un peu, j'auray l'honneur d'en informer Votre Altesse Sérénissime.

Le marquis de Villeroy y est aussy comme brigadier, il se porte bien. .Nous ne sçavons icy aucune nouvelle estrangère, car on ne parle ny de Flandres ny d'Allemagne, pas même de Normandie, où le duc de Roquelaure commande en chef; nous avons icy le comte de Grammont qui divertit fort bien la compagnie. Le mareschal de Belfohd est bien maleureux, mais aussy il s'est attiré sa disgrâce assés mal à propos, il est fort à plaindre, car il y a apparance qu'elle durera longtemps, J'ay commancé ma lettre par un androit qui vous est fort sensible qui est la bonne santé de monseigneur le Duc, vous ne le serés pas moins à tous les biens qu'il mérite qu'on dise de luy, car il est l'homme du monde le plus soigneux et le plus prévoyant et néanlmoins il fait tout cela comme vous scavés qu'il le faut faire icy et il joint à sa capacité l'esprit que le bon Dieu et vous luy ont donné ; tout le monde se loue de son honnesteté et mesme de sa bonne chère qu'il fait icy toulte aussy bonne qu'à Paris et, pour parler en termes que Votre Altesse Sérénissime veut bien me permettre, c'est un fort joly homme et digne d'estre ce qu'il vous est. Après vous avoir mandé tout ce que je scay, je prie Votre Altesse Sérénissime de m'excuser sur l'ignorance qui paroist dans ma manière dem'expliquer, mais vous m'entendes tout aussi bien que si c'estoit l'éloquante narration de M. Rose.

J'adresse mes lettres à M. Cliauvau; en arrivant icy, j'eus l'honneur d'en escrire uni; à Votre Altesse

Sérénissime; je ne scay si elle sera parvenue jusques à elle.

Vous voulez bien, monseigneur, que je vous recommande la négociation de M. de Gourville, car je ne rattrapcrois de ma vie une affaire qui me fust si avantageuse et c'est ma fortune, à quoy je me flatte que vous serés bien aise de contribuer, car il n'y a personne qui. outre tous les respects qui vous sont deus, soit avec plus de zèle et de reconnoissance dévoué à vostre service que

LA VALLIÈRE K

Au camp de Besançon, ce 12 may 1674.

Depuis le dix de ce mois que je me donnay l'honneur d'escrire à Votre Altesse Sérénissime il a fait un temps si espouvantable par les pluyes et orages continuels qu'on n'a rien avancé, ce quy a fait différer jusqu'à demain matin le passage de la rivière qui doit estre précédé ce soir par l'attaque de la contrescarpe et de la demie-lune. Si les ennemis ne capitulent pas quand cela sera achevé, il faut qu'ils ayent envie d'estre pillés, car, quand nous serons maistres du Chammars, il n'y a rien qui empesche d'entrer dans la ville quand on aura fait le passage. Il y a deux moulins dans ce Chammars qu'on attaquera, dont la prise pourra couster du monde, car principalement à celuy de main gauche on n'y peut

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