‹ De la vertu de l'opium dans les maladies vénériennesChapitre 5 sur 11 · DANS · texte numérisé non relu

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F R AN K , à Pavie , Gherardini -, à Milan , sont les premiers qui aient proposé , en Italie , l’usage de I’Opium dans les maladies vénériennes. L’exemple d’un illustre Professeur, celui d’un Médecin distingué , sont bien faits sans doute pour engager dans la même carrière , quand ce ne serait que pour applaudir au mérite de l’entreprise d’aussi célèbres personnages.

Que peu satisfaite des expériences sur le mercure, souvent inutiles et quelquefois même dangereuses, entreprises depuis Berenger de Carpi jusqu’à Deidier , la médecine ait tout fait pour trouver des méthodes curatives moins meurtrières et plus efficaces pour dompter la maladie vénérienne , c’est un événement aussi connu qu’il est glorieux pour une prolession qui met tout en usage , quoique souvent sans succès, pour découvrir des moyens propres à

soulager l’humanité souffrante. Plusieurs aunées

s’écoulèrent ensuite dans des expériences répétées sur le mercure , expériences faites d’ailleurs avec des connaissances plus étendues et des succès plus heureux , d’où résultèrent enfin les preuves évidentes de la supériorité spécifique de ce métal contre une maladie aussi destructive. Les médecins les plus prudens abandonnant alors toute recherche nouvelle , crurent devoir s’en tenir à cette seule découverte ; ce qui est sans doute très-louable de leur part. Il était sage en effet d’accorder au meilleur antivénérien une confiance sanctionnée par l’autorité de la raison. Avec un tel remède , on triomphait pour ainsi dire, en peu de jours, d’une maladie qu’on ne pouvait se flatter auparavant de dompter même au bout de plusieurs années. Ainsi le mercure a presque fait oublier tous les autres anti-vénériens ; et de quelque manière, et sous quelque forme qu’il ait été administré , on ne peut se refuser à l’admettre pour le grand spécifique de la siphilis.

Cependant, quelque honorable et avantageuse que soit à la science médicale une semblable découverte, il ne s’en suit pas que le hasard et les recherches des praticiens ne puissent en faire d’autre's également utiles, au moins dans certaines circonstances. Tel est I’Opium dont on a tout récemment reconnu la propriété anti-vénérienne. Il y a environ dix

ans qu’on parle de ce remède et qu’on en fait des épreuves. Cette nouvelle propriété doit ajouter à l’histoire d’un médicament sur lequel le célèbre Treilles a composé doctement quatre volumes , après les écrits non moins savans de Hartmann , Sala, EttmulLer , Wedel , Dêleboé. , Van Helmont , Sydenham , Jones , Mead , Hoffmann, Hecquet , Alston , et d’un grand nombre d’autres , soit dans des traités particuliers, soit dans des ouvrages de botanique, de matière médicale , d’histoire naturelle , de voyages , de médecine , etc.

L’Opium est, sans contredit, une des substances les plus précieuses que possède la médecine ; et quand il n’aurait que la propriété d’apaiser le tourment de la douleur, il sera toujours regardé dans beaucoup de circonstances, comme supérieur à un simple remède calmant et palliatif, sur-tout quand la modération des souffrances est l’unique sou lagement qu’on puisse espérer, ou lorsque la guérison d’une maladie dépend de la suspension de certains accidens spasmodiques qui lVmpèchent et l’éloignent. Les effets de I’üpium sur les corps vivans sont en outre si prompts , si actifs, si variés , qu’on est tenté d'imaginer qu’aussitôt que cette substance leur est appliquée ou introduite dans leur intérieur , il s’opère un changement dans la figure, le mouvement ou la situation de toutes leurs parties ,

cl une manière que nous ignorons , il est vrai, mais unique peut-être , pour produire ces grandes mutations , d’où résulte sans doute ensuite la guérison. On aurait bien mieux connu encore les propriétés nouvellement découvertes de ce suc narcotique, si , comme le dit Thuesslnk , les praticiens n’eussent pas été retenus jusqu’à présent, par une extrême réserve ou , pour ainsi dire , une espèce d’horreur mai l'ondée , de l’employer , et plus souvent et à de plus grandes doses. En effet , ce n’est que par hasard qu’on a tout récemment découvert ses propriétés dans les affections vénériennes , et précisément aussi parce que le hasard a fait insister sur des doses plus considérables.

On sait cpi Alexandre Grant , célèbre chirurgien anglais , fut le premier qui eut occasion , en i 779 , se trouvant alors à New-York, d’observer les étonnans effets de I’Opium , chez un grand nombre de vérolés que le mercure n’avait pas guéris. Parmi ceux-ci se trouvaient un bon nombre de soldats très-mal traités de symptômes vénériens invétérés. Comme ils étaient affligés ou d’ulcères de mauvais caractère , ou de grandes suppurations , ou de douleurs cruelles, et que I’Opium lut le seul qui les soulagea et finalement les guérit , il ne craint pas de conclure que ce médicament est réellement d’une grande utilité et convient très-bien

dans les cas graves et opiniâtres. Il cite en témoignage de ses cures opiatiques anti-vénériennes , Wier et Forster , chirurgiens distingués des hôpitaux militaires, le savant médecin Garthshore , et Rush , au tre chirurgien renom in'é. 11 fait l’histoire de plus de vingt observations de guérison obtenue par ce moyen , indépendamment de quelques autres qui ne sont simplement qu’énoncées.

Michaelis , médecin général des troupes anglaises en Amérique, vers l’an 1780 , étonné de la cure heureuse opérée par I’Opium sur un jeune homme qui avait été traité infructueusement par le mercure , et qui , de lui-même , s’était mis à l’usage de ce médicament , pour calmer les violentes douleurs dont il était tourmenté , s’empressa de vérifier , par d’autres expériences, cette espèce de prodige. Le résultat fut effectivement semblable sur les différens sujets qu’il traita, comme il en rend compte lui-même dans les vingt - une observations qu’il en a publiées.

Ce nouveau remède se répandit bientôt en Europe. On n’hésita pas d’en répéter les expériences en Angleterre. Guillaume Saunders , à l’hôpital de Guy à Londres ; Henri Cullen , à l’infirmerie royale d’Edimbourg ; Nooth , Webster et plusieurs autres du même royaume , s’empressèrent d’expérimenter l’usage de l’Opium dans la vérole, et furent les premiers

qui publièrent les succès qu’ils en avaient obtenus.

A Copenhague on répéta les mêmes expériences : et Sibhern et Tode publièrent à ce sujet douze observations très-exactes , bien raisonnées et parfaitement concluantes.

On est redevable au zèle du docteur Schcpjf, d’Anspach , de documens lumineux sur la nouvelle manière de traiter la vérole , lesquels furent rendus publics avec une honorable préface par Delius , médecin d’Erlang, en 1781. L’auteur, après avoir fidèlement rapporté de nombreux et d’heureux succès , ajoute : « Je » puis assurer que depuis dix mois que je traite » des vérolés , je n’ai administré du mercure » à aucun d’tux, et que je les ai tous ^guéris » avec le seul Opium. »

lia paru à Ltyde , en 1780, une excellente dissertation sur l’usage de I’Opium dans la siphilis , par le célèbre Thuessinh , dans laquelle lauteur soutient victorieusement la même thèse.

On vit sortir la même année , des presses de Pavie , le premier volume de l’excellent recueil des divers opuscules de médecine publiés par les soins de l’illustre Frank. Parmi les belles notes dont il a enrichi ce recueil , on en lit une sur I’Opium qu’il recommande aussi contre la maladie vénérienne. Cette longue et savante note se trouve à la fin de la sixième dissertation

du même volume , à l’occasion de ce que dit Fauteur de cette dissertation en faveur de Fusage de l’OPiUM dans les fièvres intermittentes. Frank y esquisse en traits érudits une courte histoire de l’emploi de ce médicament dans la maladie en question , en même temps qu'il engage à continuer les expériences sur la même matière.

Ces expériences , M. Gherardini de Milan , les a bientôt entreprises, et en a fait part au public dans son excellent supplément à l’ouvrage dé Fabre , qu’il a traduit et commenté. La franchise avec laquelle elles sont exposées , et les résultats qui en proviennent, n'en rendent l’ouvrage que plus précieux. Elles donnent un nouveau crédit à I’Opium parmi nous , et font un nouvel honneur à cet estimable médecin.

On voit également cette découverte accueillie en France en 1787. M. Carrère , entre autres , rapporte dans ses notes ajoutées à la matière médicale de Venel , vol. 2 , p. 364 > la description des faits énoncés sur la vertu de l’Orium dans les maladies vénériennes , et renvoie à des expériences ultérieures pour en obtenir de plus amples éclaircissemens.

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