I. — VÉSICULE BILIAIRE
La vésicule biliaire chez le lapin se présente sous la forme d’un sac ovoïde ayant en moyenne 2 centimètres de longueur suivant son grand axe et { centimètre de largeur. Sa capacité est d'environ 1 centimètre cube, mais très irrégulière, puisque, avec des animaux de poids égaux, ce nombre peut varier du simple au triple. Elle est réunie au canal cholédoque par le canal cystique, dans lequel fréquemment viennent s'aboucher latéralement des canaux hépatiques accessoires. Dans quelques cas très rares, nous avons trouvé un canal hépatico-cystique, mais cette anomalie, vu sa rareté, n'offre aucun intérêt.
Le canal cystique vient se jeter dans le duodénum à 1 centimètre environ du pylore ; il possède des valvules de Heister et, à son point d'abouchement dans l'intestin, un repli valvulaire. Cette route tortueuse apporte une gène énorme à la libre circulation de la bile vésiculaire vers l'intestin. 11 faut pour évacuer le liquide employer une pression constante et graduelle sur la vésicule, et ainsi encore on réussit mal chez le lapin (Dastre). La vésicule est à l’état normal remplie par la bile; elle ne se vide très incomplètement qu'à des intervalles indéterminés ; les contractions de la couche musculaire n’ont de prise que si le réservoir est complètement rempli, et elles ne réussissent à évacuer que le trop-plein (1). La stagnation de la bile explique l'imprégnation manifeste de la muqueuse vésiculaire, tandis
(1) Dasrre, Dictionnaire de Physiologie, Article « Bile ».
qu'il n'y a pas de coloration des canaux biliaires; elle explique également une concentration de la bile plus ou moins considérable, se traduisant par des modifications de couleur, de densité et de richesse en pigments et en sels biliaires plus ou moins importantes (Dastre). Cette concentration est due au pouvoir absorbant des parois dont les cellules actives sont représentées par les villosités lamelleuses de la muqueuse.
Fi. 1. — Foie normal de lapin.
À, point où la vésicule biliaire est liée. — B, point où la vésicule}biliaire est ponctionnée.
Outre la bile qui vient se déverser dans la vésicule, on constate la présence en faible quantité d’un liquide clair et visqueux, qui peut être mis en évidence par une fistule cystique et qui est constitué par de la mucine en infime proportion et de la pseudomucine en plus grande abondance, sécrétées par les glandes de la muqueuse vésiculaire même et dont le rôle paraît être de protéger cette paroi contre l’actionirritante et même nécrosante de la bile. Tout ce contenu biliaire peut être facilement enlevé paraspiration à l’aide d’une seringue de Pravaz; toutefois, à cause
5 2 des sels et des pigments biliaires concrétés et presque toujours en abondance, il est nécessaire, si l’on veut obtenir une vésicule libre de toutes matières, de faire des lavages à plusieurs reprises différentes, avec de l’eau tiède et légèrement alcalinisée.
On obtient ainsi une cavité dont les parois sont constituées par deux tuniques, l’une externe se subdivisant en deux zones : périphérique, fibreuse; centrale, musculaire. Cette couche comprend des fibres longitudinales externes, circulaires internes; l’autre interne, muqueuse, comprenant un chorion constitué par un tissu conjonctif réticulé. Des amas leucocytaires, véritables follicules clos, sont répandus dans ce chorion qui se soulève en plis saillants, nombreux et très irrigués. Au-dessus, outre le derme et l’épithélium, on constate la présence d’une membrane basale. L'épithélium est simple, prismalique, à noyau ovoïde et revêtu d’un plateau strié.
Mais quels sont les rapports de cette vésicule avec le foie, avec la circulation locale et générale ? Est-elle, abstraction faite de la région canaliculaire qui s'anastomose avec le canal hépatique, absolument indépendante ?
Elle présente des connexions avec les tissus hépatiques, et elle est reliée par des vaisseaux au reste de l'organisme.
Ses faces latérales externe et interne, sa face inférieure et son pôle, revêtus par le seul feuillet viscéral du péritoine, sont libres de toute adhérence et permettent, en n'importe quel point, d'atteindre la vésicule. Mais sa face supérieure est intimement reliée au tissu hépatique; ni la déplétion, ni la réplétion de la vésicule ne permettent de la libérer de ses adhérences. La tunique fibro-musculeuse adhère là au parenchyme par l’intermédiaire d’un tissu cellulaire assez épais. Les connexions vont plus loin : elles sont non seulement tissulaires, mais encore vasculaires; et, dans cette région vésiculaire adhérente, on trouve les artères perforantes qui vont directement du foie à sa face supérieure, et des veines cystiques profondes qui pénètrent dans la fossette cystique et se ramifient à la manière des artères, formant un système de veines portes accessoires. Il en résulte que les communications entre le foie et la vésicule biliaire restent bien établies, alors même qu'une ligature est posée au col et comprend le canal cystique, l'artère cystique et les veines cystiques superficielles. Ces communications
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hépalo-vésiculaires sont mises en évidence par les inoculations de substances toxiques et par celles de corps microbiens.
I. Inoculation de substances toxiques. — Elant donnés deux lapins de même poids, on inocule à l'un, dans la veine margi-
F16. 2. — Vésicule bilinure normale (face supérieure).
a, muqueuse : endothélium, chorion. — b, couche musculo-fibreuse. c, tissu hépatique.
nale de l'oreille, 10 milligrammes de sulfate de strychnine, dissous dans 1 cent. cube d’eau stérilisée. La mort est immédiale par convulsions et tétanisation généralisées, se produisant avant même que l'aiguille soit retirée.
Si l’on fait une injection semblable au second lapin, mais en
inoculant la solution dans la vésicule biliaire liée, on obtient des résultats qui, quoique se rapprochant beaucoup des précédents, en diffèrent toutefois par la longueur d'évolution. Là encore, l'animal meurt, mais les phénomènes morbides n’apparaissent pas avec l’instantanéité précédente : pendant les 10 premières minutes, aucun symptôme ne se manifeste; puis, ce laps de temps écoulé, quelques convulsions apparaissent, donnant le signal du drame qui se déroula en quelques minutes.
Aïnsi, en injection intraveineuse : mort instantanée, foudroyante; en injection intravésiculaire : mort rapide en 1/4 d'heure environ. Dans le premier cas, le phénomène est immédiat, le poison arrivant directement, par l'intermédiaire du sang, en contact avec les centres nerveux. Dans le second cas, le phénomène se décompose en deux périodes : l’une pendant laquelle le toxique pénètre dans les capillaires sanguins vésiculaires, pour de là se répandre dans la circulation générale : première période, latente, sans symptômes réactionnels, dont la durée est de 10 minutes environ; deuxième période, dans laquelle le poison a envahi l'organisme, mais lentement, graduellement, de telle sorte que les symptômes
mettent un temps appréciable à se manifester.
Il. /noculation de corps microbiens. — On prend 2 lapins: l’un reçoit en injection intraveineuse 1 centimètre cube d’une culture charbonneuse en bouillon à 37 degrés, âgée de 8 jours; l'animal meurt en 24 à 36 heures généralement, avec les lésions caractéristiques du charbon. L'autre animal reçoit la même solution en même quantité dans la vésicule biliaire liée; il meurt également, mais avec un léger retard, après 48 à 52 heures.
Il résulte de ces faits que la paroi vésiculaire laisse passer ces différents corps en solution aqueuse, en bouillon, en eau peptonée , ete.
On voit, en outre, que les antigènes ne subissent pas de transformation appréciable dans leur passage à travers le foie,