Mise ea tète du III» volume de l'Ano.tomic descriptive
12ft BICHAT ANATOMISTE.
l'homme tout entier. Bichat avait eu une grande ambition, celle de donner une forme nouvelle, une forme à lui, à l'ensemble des études anatomiques et physiologiques ; et cette grande ambition , il l'a remplie.
Bichat a eu une physiologie propre, c'est-à-dire la physiologie des deux vies et des caractères particuliers de chacune ; il a eu une anatomie propre , Yanatomie générale ou l'anatomie des tissus; il a eu, de même , une anatomie descriptive qui n'est qu'à lui.
Avant Bichat, on divisait Yanalomie en ostéologie, rnyologie, splanchnologie , angéiologie, névrolof/ie, elc, c'est-à-dire qu'on séparait ce qui devait être réuni et qu'on réunissait ee qui devait être séparé : on séparait le cœur des vaisseaux, le cerveau des nerfs, etc.; on réunissait le cœur au cerveau, le cerveau à l'estomac, etc. Bichat divise les organes par les fonctions , et par là tout rentre dans l'ordre : le cerveau est étudié avec les nerfs pour l'étude des sensations ; le cœur avec les vaisseaux , pour l'étude de la circidation ; les muscles avec les os, pour l'étude de la mécanique animale, etc.; et de là les appareils des sensations, de la circulation , de la locomotion, etc. Toute Vanatomie descriptive de Bichat
est essenliellemenl une anatomie physiologique.
En second lieu, Bichat rattache V anatomie descriptive à Yanalomic générale; et c'est parla encore qu'il la fait nouvelle et se l'approprie.
A l'étude des tissus simples , objet de ï anatomie générale , il joint l'étude des combinaisons de ces tissus, c'est-à-dire des organes, objet de Y anatomie descriptive.
Les organes ne sont, en effet, comme je l'ai déjà dit, que certains assemblages de divers tissus. L'estomac est un assemblage des tissus muqueux, séreux et musculaire-; les bronches, un assemblage des tissus muqueux, séreux et flbro-cartilagineux; chaque muscle se compose du muscle proprement dit, de ses tendons, de ses gaines cellulaires, etc., etc. ; de plus, les artères, les veines, les vaisseaux absorbants, les nerfs entrent dans tous ces organes et en augmentent la complication.
Bichat rattache donc Y anatomie descriptive à Y anatomie générale; et il les rattache , l'une et l'autre , à la physiologie.
La physiologie a deux principaux objets : l'étude des fonctions et celle des propriétés. Pour l'étude des fonctions, c'est aux organes qu'il faut qu'elle s'adresse, c'est-à-dire à l'ana/owiie descriptive; mais, pour l'étude des propriétés, c'est aux tissus qu'il
faut qu'elle s'adresse, c'est-à-dire ù Yanalomie ntnérale.
« Quand nous étudions une fonction , dit trèsce bien Bicliat lui-même, il faut considérer d'une « manière générale l'organe composé qui l'exécute ; 0 mais, quand vous voulez connaître les propriétés « et la vie de cet organo , il faut absolument le dé- « composer el en isoler les divers tissus '. »
\J anatomic générale et Yanatomie descriptive ne sont donc que les deux moyens de la physiologie : l'une lui donne les organes, l'autre les tissus; partout la pbysiologie domine, et non-seulement la physiologie prise en général , la physiologie ordinaire, mais la physiologie nouvelle , la physiologie jeune et fraîche comme son auteur, la physiologie propre de Bichat.
Bichat a tout renouvelé et tout rajeuni ; el c'est par là qu'il a eu tant d'influence sur un siècle, luimême aussi tout nouveau, et où tout renaissait . Ajoutez qu'il avait le ton de ce siècle, qu'il en avait l'ardeur, la confiance , l'inspiration rénovatrice, qu'il n'avait puisée qu'à des sources récentes, et qui n'avaient pas encore eu le temps de passer et de s'user dans l'école, Bordeu, Haller, Buffon. Joi-
]. Anntomie générale, t. 1, p. lxxxv.
gnez à loiit cela enfin le génie le plus clair et l'éloquence la plus facile; et vous concevrez toute l'autorité qu'il devait prendre sur les esprits, et qu'en effet il a prise.