Ibid., p. 20i
cerveau, c'esl-à-dire dans l'organe le plus délicat et le plus complexe de l'économie animale, un stylet, un trois-quarls, un scapel ; et tantôt on observe un assoupissement, tantôt on n'observe rien, tantôt on observe des convulsions.
On enfonce un scapel, un stylet dans le cerveau; mais qu'a-t-on fait? quelle partie du cerveau a-t-on blessée? n'en a-t-on blessé qu'une? en a-t-on blessé plusieurs,eljusqu'à quel point chacune l'a-t-elleété ?
Comment un homme tel qu'Hallcr a-t-il pu croire qu'avec des expériences si peu réfléchies, si grossières, si complètement dépourvues de tout esprit de méthode, il ferait mieux que les autres ? lui qui ménage si peu les autres.
Des expériences, faites sans méthode, ne sont pas des expériences.
Mais laissons Haller, et venons à un physiologiste beaucoup plus récent.
« Après avoir trépané les deux pariétaux d'une (I poule, dit d'abord Rolando, j'emportai de chacun « des deux hémisphères du cerveau une grande « quantité de substance cendrée. L'animal parais- « sait souffrir un peu dès le principe; mais après « une vingtaine de minutes, il commençait à ma.ra cher, à boire et à mdiujer : il était néanmoins
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tt un peu étourdi et comme dans un état d'ivresse^.» Rolando dit encore ; « A mesure que j'attaquais « plus profondément les hémisplières d'un coq, « l'animal devenait stupide et restait plus calme. A « la tin, il s'assoupit : une heure après il se releva, « restant sur ses pieds immobile, et il n'y avait ni « bruit, ni aliments, ni eau, ni piqûre qui pussent « lui faire faire le plus petit mouvement^. »
Ainsi, dans un cas, la mutilation des hémisphères cérébraux produit V assoupissement et V immobilité, dans l'autre, elle produit Vivresse. Dans un cas, l'animal est stupide et câline durant la mutilation, et il paraît souffrir dans l'autre; dans l'un enfin, ni le bruit, ni les aliments, ni Veau, ne peuvent faire faire à l'animal le plus petit mouvement, et dans l'autre, l'animal boit et mange. Et l'on appelle cela des expériences !
« 11 peut arriver, dit Le Gallois, que des reptiles « continuent de gouverner leurs mouvements et « de marcher après avoir été décapités; mais, si on «y prend garde, on trouvera que, dans tous ces « cas, la décapitation n'a été que partielle, qu'elle
1. Voyez le Jowma/ de physiologie expérimentale : avril 1823.
2. Voyez le Journal de physiologie expérimentale : avril 1823.
« a été faite sur le crâne, et que la partie poslé- « rieure du cerveau est demeurée unie avec le « corps. Ce qui indique que c'est dans quelque en- (( droit de celle partie que réside la faculté qu'ont « les animaux de régler leurs mouvements. Pour « trouver quel est ccl endroit, il suffirait d'enlever « successivement les portions supérieures du cerveau « el de continuer cette opération jusqu'à ce qu'on « arrivât à faire perdre tout à coup à f animal la fa- « culte de marcher ' .»
Ce raisonnement paraît d'abord fort juste, el cependant il accuse, au fond, l'inintelligence la plus complète de ce qui constitue le nœud secret, le point vrai de la méthode expérimentale.
Il ne suffit pas d'enlever successivement toutes les parties jusqu'à ce qu'on arrive à une qui donne un certain efjel, parce qu'alors on a l'effet de celle-là, plus V effet de toutes les autres, qu'on a aussi enlevées. La vraie mélliode est de respecter toutes les autres parties, et de n'en toucher qu'une, el celle-là même, el celle-là seule, dont on cherche l'effet distinct, la fonction propre.
Voilà ce que fait ma méthode.
i. Expériences sur le principe de la vie, etc., p. VI. Paris,
j'ai commencé par me donner cette méthode; et c'est elle ensuite qui m'a donné tous les faits, déjà énumérés ', savoir : que le cerveau proprement du est le siège exclusif de l'intelligence, et le cervelet le siège exclusif du principe qui coordonne les mouvements de locomotion ; que la conservation d'un seul lobe cérébral suffit pour la conservation de l'intelligence entière; que la perle d'un seul lobe n'entraîne que la perte de la vision de l'œil du côté opposé au lobe enlevé; qu'il y a deux moyens de faire perdre la vision sans sortir de la masse cérébrale : l'un, l'ablation des tubercules bijumeaux, c'est la perte du se7is de la vue; l'autre, l'ablation des lobes cérébraux, c'est la perte de la perception de la vue ou de la vision ; qu'il y a, dans la moelle allongée, un point, lequel a une ligne à peine d'étendue, et auquel il faut pourtant que toutes les autres parties tiennent pour vivre, etc.
Or, pour peu qu'on y pense, on verra bientôt que tous ces faits, que je rappelle ici, sont des faits simples, faits simples qu'il a fallu démêler des Aiits complexes dans lesquels ils se trouvaient mêlés.
En physiologie, lorsqu'on se trompe, c'est pres-