‹ De la vie et de l'intteligenceChapitre 136 sur 163 · Voyez, ci-devant, p. 187 et suiv · texte numérisé non relu

Voyez, ci-devant, p. 187 et suiv

Ul BICHAT ANATOMISTE.

les dégageant, en les isolant les unes des autres, Bichat venait de fonder l'analyse anatomique.

lY. — De Bichat et de son anatomie générale.

Il y a, dans Téconomie animale, deux ordres de parties : les parties simples et les parties composées, les tissus et les organes, les tissus qui, par leur réunion, forment les organes, et les organes qui ne sont que le composé, l'assemblage de ces tissus, réunis deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, etc.

Avant Bichat, il n'y avait d'anatomie que celle des organes ; on ne parlait des tissus qu'à Toccasion des organes où ils se trouvent ; on ne considérait point ces tissus en eux-mêmes, et Yanatomie gênéraie n^existait pas.

Bichat a étudié chacun de ces tissus pris à part et séparé des autres; il Ta étudié dans sa structure, dans ses propriétés, dans sa forme, dans sa cousiitution chimique, et nous avons eu V anatomie générale.

Bichat porte le nombre de ces tissus, ou, comme il les appelle encore , de ces systèmes, à vingt et un : le cellulaire f le séreux, le musculaire de la vie organique, le musculaire de la vie animale, le neroeva de la vie organique, le iwrveux de la vie animale, etc;, etc;.

On a depuis accru ce nombre; on pourrait le réduire; Bichat a pu se tromper également, ou en ne distinguant pas assez ou en distinguant trop ; mais, quelques progrès que l'on ait déjà faits, ou même que l'on puisse faire encore, soit dans l'un, soit dans l'autre sens, ce sera toujours son analyse, ce sera sa méthode qui les aura fait faire.

Y. — De Bichat et de son anafomie descriptive.

On sait que Bichat n'a pu donner lui-même que les deux premiers volumes de son Anatomie descriptive. La mort le surprit comme il venait à peine de terminer le second. Le reste de l'ouvrage fut continué par deux de ses élèves : Buisson et Roux ; Buisson, à qui nous devons une excellente Notice « sur les travaux et la vie de son n^aître ; et Roux, que nous venons de perdre, que nous avons tous connu, et qui nous a laissé le souvenir d'un des plus habiles chirurgiens et de Tun des meilleurs hommes de notre temps.

II Anatomie descriptive a été le dernier ouvrage de Bichat; et c'est de là, c'est du point de vue où nous place ce dernier ouvrage que l'on peut voir

\, Mise en tète du IIl* volume de V Anatomie descriptive.

2i4 BIGHAT ANATOMISTE.

rhomme tout entier. Bichat avait eu une grande ambition, celle de donner une forme nouvelle, une forme à lui, à Tensembte des études anatomiques et physiologiques ; et celte grande ambition , il l'a remplie.

Bichat a eu une physiologie propre, c'est-à-dire la physiologie des deux vies et des caractères particuliers de chacune; il a eu une anatomie propre, Vaiiatomie générale ou l'anatomie des tissus; il a eu, de même, une aiiatomie descriptive qui n'est qu'à lui.

Avant Bichat, on divisait Yanatomie en ostéologîe, myologie^ splanchnologie ^ angèiologie ^ nèvrologie, etc. , c'est-à-dire qu'on séparait ce qui devait être réuni et qu'on réunissait ce qui devait être séparé : on séparait le cœur des vaisseaux, le cerveau des nerfs, etc.; on réunissait le cœur au cerveau, le cerveau à l'estomac, etc. Bichat divise les organes par les fonctions , et par là tout rentre dans Tordre : le cerveau est étudié avec les nerfs pour l'étude des sensations; le cœur avec les vaisseaux, pour l'étude de la circulation ; les muscles avec les os, pour l'étude de la mécanique animale, etc.; et de là les appareils des sensations, de la circulation, de la locomotion , etc. Toute Yanatomie descriptive de Bichat

est essentiellement' une anatomie physiologique.

En second lieu, Bichat rattache V anatomie descriptive à V anatomie générale; et c'est par là encore qu'il la fait nouvelle (et se l'approprie.

A l'étude des tissus simples , objet de Y anatomie générale^ il joint Fétude des combinaisons de ces tissus^ c'est-à-dire des organes ^ objet de Y anatomie descriptive.

Les organes ne sont, en effet, comme je l'ai déjà dit, que certains assemblages de divers tissus. L'estomac est un assemblage des tissus muqueux, séreux et musculaire; les bronches, un assemblage des tissus muqueux , séreux et fibro-cartilagineux ; chaque muscle se compose du muscle proprement dit, de ses tendons, de ses gaines cellulaires, etc., etc.; de plus, les artères, les veines, les vaisseaux absorbants, les nerfs entrent dans tous ces organes et en augmentent la complication.

Bichat rattache donc Yanalomie descriptive à Y anatomie générale; et il les rattache, l'une et l'autre, à la physiologie.

La physiologie a deux principaux objets : l'étude des fonctions et celle des propriétés. Pour l'étude des fonctions, c'est aux organes qu'il faut qu'elle s'adresse, c'est-à-dire à Yanatomie descriptive; mais, pour l'étude des propriétés , c'est aux tissus qu'il

fi6 BTCHAT ANATOMISTE.

faut qu'elle s'adresse, c'est-à-dire à Vanatomie gênéraie.

c Quand nous étudions une fonction, dit tresse bien Bichat lui-même, il faut considérer d'une € manière générale l'organe composé qui l'exécute ; a mais, quand vous voulez connaître les propriétés c et la vie de cet organe, il faut absolument le dé- € composer et en isoler les divers tissus *. »

Vanatomie générale et Vanatomie descriptive ne sont donc que les deux moyens de la physiologie: l'une liii donne les organes^ l'autre les tissus; partout la physiologie domine, et non-seulement la physiologie prise en général, la physiologie ordinaire, mais la physiologie nouvelle, la physiologie jeune et fraîche comme son auteur, la physiologie propre de Bichat.

Bichat a tout renouvelé et tout rajeuni ; et c'est par là qu'il a eu tant d'influence sur un siècle, luimême aussi tout nouveau, et où tout renaissait. Ajoutez qu'il avait le ton de ce siècle, qu'il en avait l'ardeur, la confiance, Tinspiration rénovatrice, qu'il n'avait puisé qu'à des sources récentes, et qui n'avaient pas encore eu le temps de passer et de s'user dans l'école, Bordeu, HaJler, BufTou. Joi-

Page 1