‹ De la vie et de l'intteligenceChapitre 141 sur 163 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

tions, au passage de Descartes que je viens de citer; encore ne sais-je pas bien si, dans l'expression de certains chagrins, ce serait une foéprise que de porter sa main sur son front; et même ne suis-je pas bien sûr que dans un effort, un effort heureux de génie, on ne ressente pas quelque émotion, quelque trouble, du côté du cœur, a L'invention « dépend de la patience, disait Buffon : il faut voir, « regarder longtemps son sujet ; alors il se déroule « et se développe peu à peu ; vous sentez comme « un petit coup d'électricité qui vous frappe la tête « et en même temps, vous saisit le cœur; voilà le « moment du génie ! »

Mais il est temps d'examiner un peu plus à fond toute cette question si délicate, et jusqu'ici restée si obscure, du siège et de Vaction des passions.

Le cerveau *, ou, plus exactement, Tâme, l'esprit de l'homme, qui réside uniquement et exclusivement dans le cerveau, a trois grands pouvoirs : la raison^ la volonté et Vimagination.

Je ne parlerai point ici de Ja raison, principe supérieur et duquel les deux autres émanent, mais dont je n'ai pas besoin dans la discussion pré-

1. Le cerveau proprement dit {lobes ou hémisphères cérébraux), seule pc^rtie de l'encéphale qui soit le siège de Tintelligenco. Voyez la première partie de ce livre.

sente; je nie borne à la volonté ci hVwiagination.

Eh bien ! chacun de ces deux principes» chacun de ces deux pouvoirs â son domaine distinct , son domaine propf e, et sur lequel il exerce plus spécialement son empire : la volonté sur la vie animale, et Vimagination sur la vie organique.

Mon cerveau veut, ou, plus exactement, je veux par mon cerveau, et mon bras se meut, mes {ambes s*agitent, mon corps tout entier change de place : en conclurai-je que le siège de la volonté est dans mon bras, dans mes jambes ou dans mon corps?

Pareillement, mon cerveau, ou, plus exactement, mon imagination^ qui réside dans mon cerveau, est troublée par un événement pénible, par une nouvelle fâcheuse, et tout aussitôt mon cœur bat, ma digestion s'arrête : en dois-je conclure que le siège de Yimagination est dans le cœur ou dans l'estomac?

Assurément non; et ce serait trop raisonner comme Van Helmont, qui plaçait Tâme dans Festomac, parce que, disaît-il, «dès qu'on reçoit une a mauvaise nouvelle on perd l'appétit ^ »

1. « Il est constant que Tâme réside là où ses premières con- « ceptions se forment et où on sent ses premiers mouvements : « or est-il que c'est vers l'orifice supérieur de l'estomac qu'on « sent les premières agitations et impétuosités de l'àme;... car.

Mais ce n*est pas tout : de même qu*il y a dans mon cerveau deux pouvoirs, deux forces, deux principes innés, Yimagination et la volonté; de même que chacun de ces deux principes a son domaine limité et circonscrit, la volonté dans la vie animale, et Yimagination dans la vie organique; de même aussi il y a deux systèmes nerveux, spéciaux, distincts, et chacun de ces deux systèmes est soumis exclusivement à chacun de ces deux pouvoirs, le système nerveux cérébro-spinal à la volontéj et le système nerveux grand sympathique à Vimagination.

On est étonné, que dis-je, étonné? on çst confondu de voir un homme d'un esprit aussi judicieux que Bicbat placer la peur dans l'estomac, la colère dans le /oie, la bonté dans le cœur*, dans le cœur qui n'est qu*un muscle ! la joie dans les entrailles*, etc., etc.

Cependant il ne faudrait pas toujours s'en rap-

« si on reçoit quelque affligeante nouvelle^ on se sent à Tinstant « t)ppressé et conune frappé d'un coup de massue en cet endroit, « en sorte que, quand on serait prêt à se mettre à table avec im « grand appétit, on perd d'abord l'envie de boire et de manger, « ce qui montre évidemment que la nouvelle tombe directement (( au lieu où loge Tappétit, qui est Testomac... » (Œvvres de Van Helmont, traduites par J. Le Conte, p. 223. )

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