‹ De la vitalité de la race juive en EuropeChapitre 2 sur 2 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

J.-B. BAtLLIËRE; et FILS

LIBRAIRES DE l'ACABÉHIE IMP£niALE DE HÉDECINE,

Rue UiutefHiiUii, 19.

i^j/siiy

ANNàLES D'HTGIÊNE PUBLIQUE ET DB HËDECtNE LÉGALE, S*sti», 18SS,T. ZIT.

]onni«l rUigfi par : HH. Andial, Boudio, Brierre de BoUmont, Cbeval- Uer, Devergle, Fomiagrivei, Giultier de CUubrr, Guérard, Hicbel Ut;, HtUer, Pr. ds Pietra Santa, imbr. Tardîeu, Haï. Vernois. Avsc une Aai?M<ÏM Iriynowc fTimçait It Arangariiparll. le doclaur Beangrand. Publié dspoU ISn. tonil» troll ma)», pur cihiardaSEO pigaian* pluehai.

F11X DE l'àbonheheht jumoiL :

Pouf Parii ; 1 S fr. par an. — Four te» département* (fhifuto ) : SO (t'- Oit t'abomn» à Parit, élut J.-B. BuLUtu etFiLS, 19, me Rautelbuille.

La statistique, auxiliaire îndispensabte de la médecine sociale, a, comme toate science, one double tàcbe à remplirj constater les faits et les interpréter. Ici les feits se traduisent par des chifilvs, et, quel que soit l'effet compensateur des grands nombres, on ne saurait apporter trop de patience, de discernement et de précision à choisir, à grouper les éléments d'un calcul qui, fécondé par le raisonnement, produira, sous forme de conclusions, des erreurs ou des vérités. Dans cette seconde phase de l'élaboratioD statistique, avec quelle réserve et quelle prudence ne convient-il pas d'interroger les chiffres, de les discuter dans leur signification réelle comme dans leur authenticité? S'ils sont puisés à des sources douteuses et ma) contrôlés, si pour les rapprocher, il faut franchir de grands intervalles de temps et d'espace, s'ils ont une origine complexe et dissimulent dans leur apparente unité une incontestable variété d'influences objectives ou subjectives, ils peuvent conduire à des vues fausses ou hasardées et donner lieu à des controverses proloi^ées qui, malgré leur éclat, ne sont qu'une déperdition de force intellectuelle, et pour la scimce, plus souvent une cause d'attardement que de progrès.

6 MIGHBL LÉTT.

Énoncer ces risqtiCs et ké& âîfâéuttés attachés à la statistique, c'est expliquer comment elle a servi k la démonstration des thèses opposée^ et «f^st dire en même temps les qualités nécessaires au maniement de cette méthode. 11 ne suffit Ooitif dd dfipbuiller aTé< patienle el ^limitié les firO' duilï oe là lééoUe annuelle de docum^ts (officiels ; it é été nécessaire d'ensemencer et de cultiver avec une certaine foçon le terrain qui -les fournit, c'est-à-dire d'établir des cadres de notations, l'miiformité d'observations etd'inscriptions, divers degrés de contrôle local, une centralisation périodique, etc. Et quand il s'agit de vivifier par la pensée le chiffre sommaire, le dernier mot des immenses colonnes de nombres Buperposés, avec la rectitude naturelle de VcciprUr et li ri^otr logique qui est la oov^ltidd de ta fiCienct, il au sU une antre qui importé h la ginoéritj des MhlUoaa, ft'est â'êtr* étraa^r kta ^oléoliipns de dOiv tDtnet exempt db toute idée précdncBS) liitaot It M qti prt^ ofed» dfe l'iaspïratibn parsonmllv.

Et ^oilà Itt ménftrà que ^ul nâ satirait refuser i SI Legofl, 1« repFésËBtant Is [dds labdrreux tt le ^m ist^e de lA ■tatistiqiMha FràaBte Tout le monde eoimalt âujotU-dluii les pobUeStktnl pree^ii^ monumstibtlew qai sdrtalent itt* gnére dd bnread dont il était le modeste eh^, qui sAitÉot •t^^emfA'bui de la ditl^ién qu'il dirige avec tant Ûe eomp^tàBiee el 4s ferreUr aa ministère dé oanauniie et de 1'*^»!^ isulturei mais le nombre n'est peut'^tré pas gtand de» Uctettn qui ont tenilleté Weo qatli^e attoatioB les énoraiM voltnnes <te la statistique de la Franttë, as Itar et à mesuN ^ lew apparitton. Oa ; voit la gr^bition et l'ècteDûai pD^resaive des recherches qtL'ÎI a ûwtitQééa et po w sdi fiég avec persévéranee ; elle» ont pour point de Mpart 1^ iiea/li»r<a» d'hygidna sociale^ depttis le lappsrtdes naitvseiBceB aux déc^Sj la durée mofeiae de la vie liaa» lès temps antérieurs «( à l'époque présente, eta, jusqu'ft la

DE LA VIULITË DB U BAOB JUIVE EH SUROFE. 9

répartition géographiqfie des ÎDflnnitéB et des maladLei dans les dé)>aPteiiteBts (aliénés» goUreux, idi<^ MUidsmuets, etc.); elles conduisent h de» oomparaisoi)» d'un grand inAMt «ntre nos pajs de plames et dos pujs de montagnes, eotre nos zones eJiiMtérîçaes du naid et. du Bud, de l'est et de l'ouest de la Ftanoe, etc.

Quand H. l^Kcyt ajoute une oal^rie & cetiM dcad M eoiopose déjà. le faitille officielle, de statistique k remplir aMnoelIement dans chaque commune, dans chaque cantoa» dans chaque arrondissement de France, c'est une enqoUa nouveUe qu'il eommeueesans bruit et qui Eoandra^precqDe k échéance fixe, la solution cherchée d'un problëme de ^log^e humaine. Aiarà se pénniroot bientAt en ses nuiv les matériaux statistiques afEâi«Dta à celui des HHoifqiai «WBMiguins. GbeoÙB feisant, il ne perd pas de vue la divernté des élâmenis ethnoloptrues dont im mélangea» )» oroistmeats ou la juxtapositioB oot forvé la popuistoo actuelle de la Fruice, et l'ituâe qu'il linik de pubUcr sous 1» titre inscrit au haut de cet article^ e»i sam doute W prodEome d'one s^ie d'investigation» tendant i mettre et Iwniire h foad eaeerfl aseez in^t^ieux des qualités immanentea aux races.

Chaque race humaine a-IrelteeffectivetaenbDlitspiâdi)- Seitéi organique et dynamique, sun^oulée ou sous-jacente A toutes les propriétés de conatilulioD physique et de fonctionuemeot qui j^iparliemient à l'espèce, a-t-ellje ses aptitudes et ses iraeaonités, une immiBenee morinde qui procède plus de aoD origine que du milieu oii elle est tracée, «nacmune une mesure propce d« résistance vitale, une durée moyenne de vie et des chances de longévité différentes de celles d'autres races faisant partie du mômEi groupe social et politique? On ne peut indiquer ces questions, sans en soulever implicitement une autre qui les domine et les absorbe, celle de l'unité ou de la diversité primordiale des

8 HicssL LÉrr.

races humaines. Tandis que l'anthropologie en poursuit la solution par l'étude des détails de structure et de conformation, des nuances de coloradon et d'extériorité, des mélanges et des croisements, la statistique détermine la distribution des races sur le glohe, leurs migrations, leur accroissement ou leur déchet numérique, leur mortalité et les causes qui paraissent la produire, etc. Double enquête qui, si elle est conduite avec impartialité et dans la stricte limite des données d'une observation positive, ajoutera un puissant effortà ceux de la philologie comparée pour débrouiller le problème delà provenance humaine.

Le mémoire de M. Legoyt (1) est une sorte de monographie statistique de la race juive en Europe. Ne lui demandons pas pourquoi il s'est senti comme attiré vers ce sujet; outre qu'il offre au statisticien une matière biee délimitée et homogène dam tous ses éléments, c'est une fortune non excessive pour cette race qu'au milieu de tant d'hostilités opiniâtres et de dénigrements à voix haute ou basse, il se rencontre parfois un esprit droit qui écarte les préventions, et se livre, en ce qui la concerne, & une saine f appréciation des faits. « L'histoire des juii^, dit-il, est, sous plus d'un rapport, un des grands épisodes de la civilisation moderne. Leur lutte obstinée et définitivement victorieuse contre d'implacables persécutions, motivées à la fois par les haines religieuses et le désir de s'approprier leurs immenses richesses mobilières; — leur force d'expansion, d'irradiation, qui les a fait émigrer dans toutes les parties du monde connu; —la coDcentration entre leurs maios, dès les temps les plus reculés, d'une grande partie du commerce international, par letriple fait, d'abord, d'une admirable aptitude spéciale, puis de saines notions sur la puissance du crédit, alors que la thésaurisation, l'enfouis-

(1) Journal de la Sociélédf stfltiilique de Paris, numéros de juillet et d'août ISOb.

DE LA VITALITÉ DE LA &ACE lUlVS IN EuaOFE. 9

sèment improductif constituaient le seul moyea d'épai^e, enfin de leur exclusion, par la loi du pays qui consentait à les recevoir, de toutes les branches de l'activité humaine ; — le maintien intact de leur foi religieuse contre d'incessantes tentatives de prosélytisme, trop souvent armé du bras séculier ; — le maintien non moins persévérant, sur la terre de l'exil, des mœurs, des usages, des traditions de la patrie primitive ; — leur refus de se mêler aux races gui les entourent; — enfin une certaine vitalité énergique, supérieure à celle de ces races et que les recherohes anthropologiques modernes attribuent à ^ne sorte de fofce congénitale qui leur assurerait notamment le privilège de l'acclimatement sur tous les points du globe. — Tels sont les traits principaux sous lesquels se révèle à l'observateur, au philosophe, à l'historien, ce peuple étrange, vivace, véritablement arme pour la lutte et organisé pour le succès, qui rêve sans relâché, malgré d'interminables épreuves, de mystérieuses et hautes destinées, qui justifieraient enfin sa prétention d'avoir été et d'être encore le peuple de Dieu. » Nous faisons des réserves au sujet du privilège de la force congénitale qui se traduit par une vitalité plus énergique et procure le bénéfice de l'adaptation à tous les climats (cosmopolitisme). Déjà Larrey considérait le type sémitique (nations syro-arabes) comme le plus parfait et même comme le proto-type de l'organisatioa hamaine. Ne diraitron pas que pour le rameau juif de ce groupe ethnographique, l'excès est de droit dans l'éloge comme dans la critique ?

I. Répartition des juifs sur te globe, — Un esprit aussi éclairé que M. Legoyt ne s'arrête pas aux traditions légendaires, et, constatant le fait très-remarquable de la dissémination des Israélites, il n'y voit pas la marque d'un châtiment céleste ; il n'ignore pas que, longtemps avant

10 HtCDEt ifeVY.

l'apparitiottetlamort du Christ, îl existait des colonres juives & Aiexaiidne, & Rome, dans toute la partie alors connue de l'Asie? d'après Tait, auteur d'un mémoire sur la mortalité dés t'wa^s (descendants des Européens marié? à des fbaimes mfttgënes), les juifs figurent en tête des peuples qtri les premiers ont colonisé l'Inde. L'époque de leur 4tabl!3seBletrt en Cbine n'a pu encore être fixée; si l'on en croît un sinologue anglais, une province entière de cet empire est entièrement peuplée de juifs depois une haute antiquité.

l'Afrique doit en partie sa population îsraéllte aux émigrations d'&bpagne et de Portugal, au moins dans tes villes do ËttoraT de la Méditerranée ; mais d'oti provient l'élément Joif si Considérable en Abyssinle. celui qni sur l'Atlas vît mêlé aux Berbères, et, dans la prorondeur de l'Afrique, aux indigènes de Tofflbouclouî Le Maroc seul compte environ 3ùO 000 Israélites ; on trouvera dans le mémoire de M. LegOyt les évaluations plus ou moins Exactes auxquelles il s'arrête pour les divers Ëtats et localités de cette partie du monde; elles ne coïncident pas toutes avec celles qnl on! été publiées ailleurs. Des recensements officiels portent à 8& 000 le nombre des joifs en Algérie, contrée favorable h leur accroissement et ott ils sont appelés à se développer, à concourir puissamment à ta colonisation, si l'on parvient à Icf appliquer on plutdt i les restituer aux travaux agricoles qui ont été l'occupation de leurs ancêtres palestiniens; plus perméables ft la civilisation que les autres rameaux de la race sémitique, ils sont les auxiliaires intelligents du régime français qui ranime en eus le sentiment de la dignité humaine, si longtemps étouffé par la brutalité de la domination arabe ou turque.

Comment l'Océanie réussit-elle, théâtre de la plus récente etpérience d'acclimatation, aux Israélites émigrantsdel'Europe ? M. Legoyt se contente de noter leurs traces dans la

DE LA Vitaut£ ne la race idivk eh EtaOPE. 11 formation de ces lointaines colonies ; ils y ont piis pied ; l'aveoir y fera rsEsortif leur rdle et leur place ; siM. liegoyt avait eu le temps ée compulser les recueils spéciaox qui 8'adr«»sent aas Israélites de FrànCe, d'Angleterre et d'Allé^ magnflt, il J tturait rencontré quelques documents, le pTus souvHit tàoB forme épistolaire, oti sont indiquées l'existence st ta prospérité naissante de dîterdes communautés de es oùlte ea Anstralie.

L'Amdriqae est pour eux comme pouf d'ares })OpalatîoQS malaisées ou déclassées de Ift yitàtti Europe, bnëtétre deprddlteetion : 7$ 400 aui État^-Uàis et danâ l'Amérique du Sord [IfûTth AtnertcM Aeti'éto, avril tS45), et flotis croyons ce chiffre inférieur & la réalité. M. LegOyt s'appuie »^ UB recensement d'édifices religieux (1850) dont trente seulement sont attribués au culte israélite ; autant vaudrait estimer la population israélite de Paris d'après la contenance des deux temples actuels qu'elle possède; iUpea'' Vebt recevoir 2 à 3000 fidèteS, et le nombre de ceux-ci est évalué présentement de 20 k 3SO00 ; à âdié de ces temples^ rits^e antique est de nnlltiplier les oratoires, les assemblées de prièce à domicile ; la réunion de onze fidèle» mit&t à légaliser refi^usement la célébration de l'ofBce liturgique; c'est par ces réunions que débute toute cotonifl Juive en Europe Comme ailleurs, et elle s'en tient là longtemps avant de fonder un temple, susceptible d'dtre recensé. Si nous entrons dans ce détail, c'est pour montrer qlM la stattstiqnfl doit mi tenir compte. U y a des communautés juives prospères à la Jamaïque, à Saint-Thomas, que M. Legoyt n'a pas mentionnées. En 1639, David Nas» en avait fondé une à Cayenne : après U coo^ète française, Louis XIV l'en expulsa dévotement ; ell^ passa à Surinam ob elle subsiste encore.

En Europe, deux pays seulement sont fermés jusqu'à présent aux Israélites, l'Espagne et la Norvège, u ces deux

tS MICaEL LÉVÏ.

dernières citadelles de l'intolérance catholique et protestante » (Legoyt). Ni l'un ni l'autre n'ont moins de vices ni plus de prospérité ; M. Legoyt cite le livre de Georga 'B&TTOVi {The Bible in Spaitt), accueilli en Angleterre avec une grande sensation, et où il est établi sans réplique que l'él^ ment juif est encore aujourd'hui considérable dans la péninsule ibérique, et c'est l'opinion de cet auteur comme celle du docteur Garcia, l'un des bibliothécaires de notre * Académie de médecine, que le sang Israélite y est profondément mêlé à la population, sans distinction de classe.

Nous empruntons à M. Legoyt le tableau suivant, qui met sous les yeux du lecteur la distribution de la race Israélite dans les États de l'Europe :

Pâytt Spoquefl. Population totn's. Nombre de juifk pour

Allem^ne(l) 18S5 13830130 13155!> 105

Ai^leten^ 1S61 20 000222 ^5000(3} US

Autriche (3} 18B7 3A 616 466 lUSlil 33

Bel^ue IStfl A33719S 13!6 333

France ISGl 37386313(1)] 79661 46S

HolUiide(a} 1860 3293577 63127 53

Iriande 1861 577S973 '323 17910

Italie(6) (7) 9063091 23305 112

Poto^e 1858 1696 910 599870 7

Russie 1S58 59 300 258 1 135 781 13

Sciudlaifie (8). . . 1855 6 lOS 015 9 301 SOI

Suiise 1860 2B101S1 121S 595

Tarqme ? 15010000 360000 61

TotanietmofeiiDM. 316 SBl 986 3 693 132 58,80

(1) Moins la Prusse et l'Autricbe, quelques pTincipaotéi et les liUes libres. *

(2) ËTaluatioa.

(3) Après le traité de Zurich.

(1} AnneiioDS comprises.

(5) Hoiiu le Luiembourg.

(6) États romains. Toscane. Piémont.

(7) 1853 pour les États romains, 1851 pour la Toscane, 1858 pour le Piémont.

(8) Daaemurli avec les duchés et la Suède.

DB LA VITALITË OE U RACE JUIVE BN EUBOPE. M

A la simple inspection de ce tableau, on reconnaît que la densité de la population israélite ne se lie aucunement à la forme du gouvernement ni même au d^ré de civilisation ; les États les plus libéraux et les plus avancés sous tous les rapports, l'Angleterre, la France, la Belgique, ne comptent que 1 juif pour fififi, k6% et 383 habitants, tandis qu'il y en a 1 pour 7 habitants , en Pologne, pour 33 en Autriche, pour ù2 en Russie, pour 61 en Turquie. La Hollande qui en offre 1 pour 53 habitants, n'est qu'une exception apparente: c'est l'émigration espagnole et portugaise qui a jeté sur ces rivages le flot Israélite. La Suisse s'est préservée jusqu'en ces derniers temps contre l'immigration des juife, par un système d'exclusion civile et d'intolérance tracassière; le traité de commerce qu'elle a récemment conclu avec la France, va changer cette situation, et un avenir'prochain révélera aussi de ce cftté la puissance d'expansion de la race israélite. En y réfléchissant, nous nous expliquons en partie les inégalités de sa répartition dans les États européens: elle a surtout prospéré, fructifié là où elle a pu conserver son autonomie religieuse et civile sous la forme de communautés presque entièrement indépendantes de la société générale et de son gouvernement; il faut avoir vu de prés ces communautés pour en apprécier la force vitale, l'énergique cohésion, l'effet conservateur et tonique de leur discipline, qui s'exerce sur la vie privée, les habitudes et les mœurs comme sur les croyances et sur le culte; nulle part la solidarité n'est plus étroite, la charité plus active, la foi plus profonde et plus calme. Elles subsistent intactes en Turquie, en Pologne, en Russie, en Autriche; elles se sont conservées en Hollande; elles tendent à disparaître en France et dans les États oh la société civile a pour principe l'égalité devant la loi et la liberté de conscience, oîi les actes les plus essentiels de la vie des individus et des familles (naissances, mariages, dé-

eâsj sont l'objet d'un ooxfigiAtFemeDt nuimei^, A. cg point àe rue, que peut^oo {irésumer d'une exteosion progressive de toléraice et de libarté civile pour l'aveair d« Uiaoe Israélite? Certainem^Dt elle s'élàver» en moEaljti £t es dir gnité ; mais sa fécondité, eou accroissemeiat en seront peutr 6tre affectés d'une fa^po imprévue ; elle tendraauxalUaBpM mixtes, à la diSusjop de ses Cléments et par sui^ ji leur ' absorption dans la société générale d« pa]^ sfimblabl^ a» Emnent qui se dissémine et s'efface paj- l'tSat mbim 4qs coiobinaiaons qu'il provoque dans la masse totale ^-pror dults noweaux,

I^ contrée ide l'Europe ojb la statistique s'^erae sur la population JHJve arec le plua4e prédsionet,4epiiis4^;plus longuç période d'années, c'jsst la Prusse. D'apcés les doe^ ments analyses par M. Legoyt, depuis 1825 jusqu'à ISBJ {excepté la période de IMd à 1852), son accroissamenjt a totypure dépassé ceUii de la pofMjlâtion générale, 0tsaiAoot par l'eiïf^dant des naissances &ur les décès ; si elle a moins d'adultes, elle compte plus de vieillards. I^ rapport d^s deux sexes ^t de 103j,37 femmes povf lOO ;boiBiDe8, au lieu de 100,72 femm^ P'^uf tOO l^ommes dans la population ^é|i^l& 4^ comitHai&tm des professitHisafouf^àlaffAti^tiq^ prussienne des i;ésultals trës^significa^fs:

BofUltfria Pgpublian

,4KricuUui[^i«nlia^»£tÀ«ikMti;ù wriixd*- «S^S i^tilS

luduslrie, grande et petite 18,37 39,il

ComMToe 5Î,9S i,i3

DttmeitiulÀ. ^iS ^t]»

ProreBBioQs libérales et roactiooa [;anii|iu-

-Mle*.; 8,66 a,«

BflBticn at peattonMinet 4,iB ail*

Viiaot (U TessonrcM qui leur aontétraagèrts 1 -j^ , .~

Indigents et mendiBDW j "•" '"''*

J.es pr«tessioDs industdeUes si fiçtmm^ciales (7ft,M pcw 100) entraînent, on le voit, la gcftpde majorité d«6 Israélites.

DE Là -VITAUrft Dl U BACB JDITS EH XimOPB. 16

N Qe ft»H «'ex[AqiM, dit M. Legoft, par b .dtuatû» légale quileora élé^te longtempi, c'est-è-cUre par la défense de {loaaéder éas propnêtéE fÎDinciàre&, défesse qm snfasuts encortt dans me partie de l'AlleioiSBe, en Tanpiie, dans les prorinceB moldo-Talaqaes, ete. ; puis par Vibit précaire dans lequel ils odI Téen jw^'an Dommencammt àe co sièete, placés qu'ils édaiei^ «Dus le sowp d'une perpétuelle menaoe d'ex^idslon et de co&flac^ian. I>e là pour eox la Biécessilé de naobili^er leur ibttjute de manière à pouvoir s'expatrier h hiteftàfàù avec la moins de prCgn^ce possible ^OUf tux.>

n. Mouvement annuel de la populalion juive [mai'iages, naissanccs, décès). — Encore ici, M. Legoyl s'appuie principalement sur les travaux statistiques dont cette population a été l'objet en Prusse, sans omettre ceux qui ont été faîls en Autriche, en Saxe, à Francfort-sur-le-Mein ej, k Hambourg, cités oîi résident deux des plus importantes communautés de ce culte, en Algérie, en France, etc. Je relève ici deux faits qifi n'ont pas arrBté T'attention de notre éffiinent stafisticien; avec quelle facilité la race juive a passé, sous l'exigence de la loi chrétienne qui domine l'Europe, de la poljgaroie, autorisée par la "Mile, à la monogamie, qui est le principe delà famille occidentale! Jie célèbre Habbi Gersoi^ né à'Uetz, smnommé la lumière âe Texil et mort en 1070, est le premier qoi ait Tormellement proliîbé la polygamie dhez les juife fl'Ocddent, et il a prononcé l'anaÛième n contre cehri qui, ayacrt une femme, en prend encore une Tiutre II {1). M^Ens, comme le fait remarquer un savant Israélite, les statuts de'Ràbbitîerson n'ont pas été généralement adoptés, te tSemps de sa défense sous peine d'anatUéme ^St

modernes, dans la Bible, Irad. de S. Cabeu, Penlat., I. V, Deutexatmit. ParÎE, 183A, p. 49.

16 HICHSL LÉVT.

expiré depuis l'an 1S30 de l'ère vulgaire, et cependant la monogamie est entrée aussi profondément dans les mœurs des Israélites d'Occideat que dans celles de leurs concitoyens chrétiens. Cette réforme est donc l'œuvre de la loi civile; elle témoigne tout à la fois et de l'efficacité du milieu social sur la race Israélite et de son aptitude à s'y accommoder; se serait-elie accomplie aussi rapidement sur un autre élément de population sémitique, sur les Arabes transplantés en Europe? Ce qui se passe en Algérie parmi ces deux catégories d'indigènes sert de réponse à notre question. Notre civilisation a beaucoup moins de prise sur les Arabes que sur les Israélites; ceux-ci se transformeront à l'exemple de leurs coreligionnaires de France, ceux-là jamais. — En second lieu, nous sonimes frappé de la moindre fréquence des mariages chez les Israélites que chez les chrétiens, malgré tes impérieuses prescriptions du code rabbinique. Le verset de la Genèie, reproduisez et multipliez, le Talmud en a fait un devoir positif: «celui qui néglige ce précepte, dit-il, commet un homicide, et il est cause que Dieu abandomie Israël»; ailleurs «celui qui à l'âge de vingt ans ne veut pas prendre femme, doit y être contraint par voie de justice» . Tout ce qui tend à dimimter la famille est assimilé à l'homicide; le Talmnd, plus soucieux de l'avenir physique des familles que la loi civile en Europe, recommande de ne point épouser une femme défectueuse, et, comme elle, il exige le consentement de la femme : « La femme n'est consacrée (mariée) que par sa volonté; forcée, elle n'est point consacrée (1). » — Le meilleur ftge pour se marier, dit encore leTalmud, est celui de treize ans, le bon&ge dix-huit ans, et, quoique ce précepte ait été donné sous le climat de l'Asie, il ne laisse pas que d'être suivi approximativement par des familles très-orthodoxes en Europe, notamment en Pologne.

(1) Loe. cit., p. M.

abiCoOglc

A côté de ces prescriptions, si favorables aux mariag^es, la statistique contemporaine démontre qu'ils sont moins fréquents chez les juifs; les documents officiels de Prusse ont permis de constater que l'on a compté pour un mariage i

Amtéei. ËTUgélittu. CatliaJiqDee. iBnélitcs.

ISiO 113,08 113,61 itT,aa

lâtS 107,97 113,19 133,21

18t6 112,86 122,93 13i,Sd

Dans le comitat de Wieselburg, en Hongrie, le docteur Glatter (1) est arrivé, à l'aide des renseignements qu'il a recueillis, à cette même conclusion qu'ils se marient moins que les chrétiens. En Saxe, i mariage sur 113 israélites et 1 sur 103 chrétiens. En Toscane, pour l'année 1861, on compte 1 mariage sur 103 chrétiens, et 1 sur iki israélites. — Nous signalerons pourtant k M. Legoyt quelques causes d'erreurs, bien qu'elles ne nous paraissent point devoir modifier le résultat général. En Prusse, comme en Hongrie, le mariage entre israélites a été, en d'autres temps, l'objet de certaines restrictions légales qui tendaient à le rendre plus difficile et moins fréquent; dans telle ville d'Allemagne, le nombre de mariages annuels était fixé à l'avance, sans égard pour le chiffre de la population Israélite; dans telle autre, aucun homme de cette communion ne pouvait obtenir l'autorisation de se marier sans justifier de ses moyens d'existence. Dans maintes communautés Israélites d'outre- Rhin, la bénédiction religieuse suffisait aux nouveaux couples, et, faute d'un enregistrement civil des mariages, leur statistique a pu demeurer incomplète. Plus on se rapproche de l'époque actuelle, plus les chances d'inexactitude s'amoindrissent.

(1) Amt. iThyg. jntbl. et de méd. lég-, t. XXIll, 2' série, p. 223 et «uÎT.

mCBGL LÉVT. i

18 HIGHEL LÉVl.

Non-seulement les Israélites se marient moins, mais ils ont moios d'enfants, moins de mort-nés, moins de décès parmi les enfants qu'Us élèvent. D'après les documents de Prusse, le rapport des naissances k la population est chez eux de 29,97 pour l naissance, et cbez les chrétiens de 25,21.

Ils perdent moins d'enfants; de 1859 à 1861, on a trouvé en Prusse, pour 100 naissances, les proportions de mortalité qui suivent:

ÉvangélisUs 66,37

GatfaoUipieB 65,9A

PbilipoDieas 56,01

CaUioliqucE allemands 56,77

MemnaniteB 86,06

Juifc â8,il

Ils ont moins d'enfants naturels; les Tabellen fur ISfiS indiquent le nombre de naissances totales pour une naissance naturelle:

Années. ËTEng^Lùlea, Cathollquei, Jxù\t.

18S7 11,ÏS

ISAQ. 10,78

Ils ont beaucoup moins de mort-nés, c'esl-à-dire d'enfants qui succombent avant, pendant ou peu après l'accouchement; la proportion est pour eux de 1 sur 39,5 naissances, tandis qu'elle est de 1 environ sur 30 cbez les chrétiens (Hoffmann, période de 5825 à 1840). En 1849, M. Legoyt note 1 mert-né sur:

Juib.

— nabirelle».

Ailleurs qu'en Prusse, les documents statistiques sont

DE LA VITALITÉ DE LA BACE JtIVE EH EUROPE. 19

moins multipliés, moiascompréfaensifs; mais à Hamboui^ comme k Francfort, mais à Padoue comme en Toscane, en Saxe comme en Autriche, en France comme en Algérie (1), leur concordance sur les divers points que nous examinons est la même et ils aboutissent aux mêmes conclusions.

Comme le rapport des naissances & la population exprime la durée de la ne moyenne dans les groupes d'hommes stationnaires. on prévoit, d'après les ùdtsqui précèdent, que la vie moycone des Israélites doit dépasser celle de la population générale, et la différence à leur profit est d'environ 5 ans. Les relevés de l'état civil en Prusse ne leur imputent que 1,61 décès pour 100, tandis que pour l'ensemble du royaume létaux mortuaire est de 2,62 pour 100; d'oil il suit que la population s'accroît de 1,36 pour 100 chez les chrétiens et de 1,73 chez les juifs par an. L'effectif des lins exige pour son doublement une période de SI ans; celui des autres une période de ùO ans et demi. En 1649, la Prusse a compté 1 décès sur :

Évangélisles 34,35

Catholiques 30jl8

Juifs 40,60

M.Legoyta construit pour la France (de 1855 à 1859, cinq années) une table de mortalité avec les décès par Age des juifs et de l'ensemble de la population, d'oii il déduit les ccmclusions suivantes : 1° A la naissance, la vie moyenne de la population générale se montre supérieure à celle de la population juive (hommes] ; 2" à tous les autres âges l'avantage appartient à cette dernière; 3° quant aux femmes juives, leur vie moyenne n'atteint pas celle de i'ensemble de la population du même sexe jusqu'à l'âge de 60 ans; mais à partir de cette limite elle lui devient supérieure.

Dix années d'observation et de statistique à Furth ont ,

(1) Voyei le mémoire du H. Legoyt.

20 MICHEL tÉVT.

appris h M. Mayer (1) que la durée moyenne de ta vie est pour les chrétiens de 26 ans, et de 37 ans pour les Israélites, différence: 11 ans! Cet avantage ressort dès les premiers temps de la vie: de 1 à 5 ans, les derniers ne perdent que 10 pour 100, quand les premiers perdent lu. Cette durée plus longue de la vie se conserve pour les autres périodes jusqu'à 60 ans; au delà, le rapport change, et de 60 à 70 ans^ il meurt 9,8 sur 100 chrétiens, 12 sur 100 juifs; de 70 à 80 ans, il meurt 8,9 chrétiens, 9 sur 100 juifs; de 80 à 90 ans, %U chrétiens, 8,1 juifs. Ces derniers résultats, en apparence contradictoires avec quelques-uns de M. Legoyt, s'expliquent par cette circonstance que, passé 60 ans, il y a plus d'individus vivants du culte juif que des autres cultes. Chez les chrétiens, la moitié des sujets nés vivants a succombé à 30 ans, et chez les israélites à 50 ans seulement.

A Francfort, le docteur Neufville relève ces données:

Pour l'enGemble de U populatioo 37 ans 7 mois.

Ed particulier pour les chrétiens 36 — 11 —

En particulier pour les juifa â8 — 9 —

Dans les cinq premières années de la vie, il meurt sur 100 enfants 21,1 chrétiens et 12,9]uifs; parmi les premiers, :SS,1 vivent jusqu'à 50 ans, et 5ù parmi les seconds; 13,ti (les premiers atteignent 70 ans, et parmi les seconds, 27;û. Au total, le quart des chrétiens seulement parvient à l'âge Je 6 ans 11 mois, tandis que la même proportion de juifs arrive à l'âge de 28 ans 3 mois. La moitié des chrétiens a :<uccombé à 56 ans, la moitié des juifs vit jusqu'à 53 ans 1 mois. Au-dessus de 59 ans 10 mois, il ne reste plus en vie que le quart de la population chrétienne ; le quart de la population juive dépasse 71 ans.

(1) Voy. Ann. ifhyg. et de méd. %.. l. SXIII, 2" série, p. 227.

DE LA VITALITÉ DE LA EACE JUIVE EN EUROPE. '2i

Dans une table mortuaire ramenée à 1000 et qui embrasse une période de 2S aDoées (de 1833 à 1855), le docteur Glatter a comparé trois Taces avec ta race Israélite; il serait trop loQg de rapporter ici toutes les données statistiques qu'elle lui a fournies; bornons-nous & les résumer avec lui en quelques chiffres bien significatifs :

Vie mofeiiDi. Vie probïïlii.

AUemuids 38,aa 21,3D

Hongrois 23,11 10,10

Croales 33,10 1,80

Jw.ts 30,20 32,30

D'un autre tableau de M. Glatter, je déduis les rapports suivants de longévité entre ces quatre races pour 1000 individus décédés :

De 70 à 100 uu.

Allemands 86,7

HonKTois.t &t,d

Croates. 70,6

iaiti 130,9

En présence de ces révélations de la statistique et que l'observation générale a devancées en partie, il est permis de s'étonner que Halter, passant en reviie les faits de longévité suivant les races et les nationalités, n'ait pas même mentionné les israélites qui, à coup sûr, remplissent le mieus, par leur genre de vie, leurs habitudes et leur état moral, la plupart des conditions qu'il estime les plus efficaces pour la prolongation de la vie (1).

Le suicide apporte son contingent à la mortalité; il est plus rare chez les israélites. La statistique officielle donne pour 1 million d'habitants la proportion de suicides d'après les cultes :

(1) Elemenla phgiiol. eorporii humani, t. Vlll, ediljo sccunda, de, Lausanne, apnd J. H. Pott, 1778, liber SXX, sect. m.

22 MICHEL liVT.

Pari. Protutut». Catbotiqnu. Antrea vhitlkDi. JiiiCi,

Prasse 159.9 19,8 130,8 46,1

BlTièTe 13M A9>1 » 199,0

Wurleuberg 113,5 77,9 a S5,S

Autriche 79,5 51,3 bi,a 20,7

BoagHe 5A,ï 33,8 I2,S 17,C

TruuylvaDie 7^S 113,2 30^ 35,5

Ce n'est qu'en Bavière que le cbiffre des suicides augmente chez les juifs, au moins par rapport aux catholiques; mais la statistique de la Bavière, ne portant que sur de petits nombres, a moins de valeur, et M. Legoyt remarque que dans le Palatinat, où les juifs bavarois sont presque concentrés, ils ont moins de suicides que les catholiques. On a rattaché le suicide h l'aliénatioa mentale; l'exemide des Israélites semble démentir ce rapprochement, car avec le minimum des suicides, la statistique leur impute le maximum d'aliénés.

m. Criminalité. — Les statistiques judiciaires prussiennes, comme celles des autres pays, signalent chez les Israélites moins d'infractions pénales que chez les chrétiens ;

1S57. 1S68. iwi.

H.MU.»,«„.».^.|a.^;;;: \f, J» «J

IV. Afqtréeiation des rétultati statistiques gui précèdent. — Notre intention n'est pas de discuter ici l'hypothèse qu'ils ont fait nattre. Étant donnée une race qui, par voie d'immigration, s'est implantée et paraît aujourd'hui prospérer sous des climats très-divers et mfime opposés, lui attribuer mie faculté innée de cosmopolisme, ce n'est point résoudre le problème géographique qu'elle présente. On ne l'a pas suivie, observée dans ses itinéraires, dans les nombreuses divisions de son flot d'émigrants, dans les péripéties de leurs acclimatations lointaines; sait-on de quel prix elle a payé ses colonisations, ses établissements grands et petits; quelle a é|:é la mortalité des premières générations de juifs

DE LA VITAUTÊ DB LA RACE ItIVE EN EDBOFE. 23

qui ont abordé en Russie, dans les contrées intertropicales? Jusqu'à quel point le climat originaire les avait-il préparées au conflit des influences d'un milieu différent? Les récits des voyageurs, sans en excepter les plus récents, ne nous apprennent-ils point que la Palestine, la Syrie, ont leurs excès de chaleur et de froidure? Demandez à M. deSaulcy(l) dans quelles conditions météorologiques s'est opéré son retour de Jérusalem à Beyrouth, à notre petit corps expéditionnaire de Syrie, si ses bivouacs y ont été moins glacés en hiver que dans le Nord et l'Est de la France? L'impression séculaire de ces alternatives aiguSs de température d'une saison à l'autre peut-elle communiquer k la race qui les a subies dans ses ancêtres une certaine aptitude à en braver l'action prolongée? Il est d'observation que les méridionaux, les Corses, ont mieux supporté les rigueurs de la campî^e de Russie. Combien d'ailleurs tes chances de l'acclimatement varienlr^Ues suivant les conditions de vie et de régime, les soins de famille, la nature des travaux professionnels, l'état moral des immigrants I A tous ces points de vue, l'Israélite, emportant avec lui sa religion, sa famille, ses espérances d'avenirr sa tendresse pour les enfants, ses goâts de vie sédentaire, sa sobriété, sarépugnance pour les excès alcooliques, ne pouvait, ne peut encore se confondre avec les pseudo-colons, les aventuriers, les spéculateurs éphémères qni vont tenter d'autres climats. Ici, comme en d'autres points qui intéressent la race Israélite, il appartient à la critique de restreindre la part du merveilleux, de se passer d'interprétations qui substituent le mystère à la simple énonciation des faits.

La^dissémination des juifs a été la conséquence de la destruction de leur nationalité politique, de leurs déportations en masses, des excès de la conquête, etc. Leurs mi-

(1) Voyage ta terre sainte, i'yol. Puis, 18G5.

24 HICBEL LÉVY.

grations, ia mobilité de leurs établiâsements, leurs groupements aa loin, traduisent les difficultés qu'ils ont rencontrées; les maladies et la mortalité qui les ont frappés nous sont inconnues, et parlant, nous ignorons aussi les frais physiologiques de leurs acclimatements aujourd'hui consommés.

Toute autre branche de la race caucasique, toute autre fraction du groupe syro-arabe n'aurait-elle pu, sous la pression des mômes nécessités historiques, accomplir la même odyssée et se rompre à l'action des climats contraires? Question à résoudre.

Unbygiéniste aussi ingénieux que laborieux, M. Boudin, a beaucoup insisté sur le succès de la population juive en Algérie ; mais cette population descend en majeure partie des émigranls de Portugal et d'Espagne, comme les juifs du Maroc et de Timîs, comme ceux de Bordeaux, de Bayonne, de Marseille et d'Italie ; or, et ce fait n'a pas échappé à M. Boudin lui-même, les chrétiens espagnols, portugais, maltais, des Iles Baléares, etc., réussissent aussi dans leurs tentatives de colonisation en Algérie. Toutes ces races se ressemblent par leur aptitude à s'acclimater dans les pays chauds, et quant h l'expérimentation des climats de plus en plus septentrionaux, on sait qu'elle suscite moins de risques et moins d'épreuves de transition.

Quoi qu'il en soit, voilà une race qui compte moins de mariages, qui procrée moins d'enfants, qui sait mieux les conserver, qui a moins de mort-nés, plus de vieillards, moins de suicides, une durée plus longue de la vie moyenne : ces traits dont je n'entends pas atténuer la valeur, sont-ils les signes d'une supériorité congénitale d'organisation, d'une vii imita plus énergique, sont^ils exclusivement UD bénéfice de race ? Cela ne semble point démtmtré à M. Legoyt qui réclame, pour se prononcer, des rccberches sur la mortalité des juifs dans leur pays d'origine.

DE LA VITALITÉ DE LA KACE JtlIVB EN EHBOPE. 25

Une telle explication ne trouverait sa place qu'à défaut de celles qu'une induction naturelle et strictement basée sur les faits peut su^érer. Si les juifs se marient moins, c'est ^'apparemment ils ont un souci plus sérieux des exigences de l'avenir, ils apportent plus de prévoyance et de circonspection dans cet acte, et ceux qui ont vécu au milieu d'eux, n'y ont pas été témoins d'un aussi grand nombre d'unions conclues à la légère et dans des conditions de douloureuse pénurie, que parmi les classes ouvrières de la population chrétienne. Si leurs femmes ont moins de mort-nés, môme parmi les enfants naturels, c'est qu'elles se soignent plus sérieusement pendant leur grossesse et en préparent mieux le terme. Qui ne connaît leur sollicitude pour leurs enfants, la tendresse passionnée des soins qu'elles leur prodiguent, leur 'ardeur à les allaiter, leur vigilance à écarter d'eux les causes d'accident et de maladie? La plupart des statisticiens ne cherchent pas ailleurs l'explication de la moindre mortalité des enfants juifs dans les premiers temps. « En lutte continue avec les soucis de la vie, plus ou moins en butte aux préjugés hostiles des races étrangères qui l'entourent, le pauvre juif, ici comme partout (en Hongrie], trouve dans la famille sa grande, son unique consolation. » (Docteur Glatter, /. c.) La durée moyenne de la vie, plus grande chez les juifs, résulte de la moindre fécondité de leurs mariages et de la moindre mortalité de leurs enfants; elle a certainement d'autres causes encore, parmi lesquelles on ne manque pas d'alléguer leurs richesses. Il n'est pas inutile de noter ici qu'à côté d'une phalange de capitalistes, plus ou moins connus, l'immense majorité de la population Israélite en Europe se compose de familles d'une aisance médiocre ou douteuse, et d'indigents. Le paupérisme est une plaie vive chez elle et qui va s' élargissant dans bien des communautés. A Paris, plus delSOO familles tendent la main publiquement

36 HtCHEL LÉVY.

on en secret à la distribation des pains azymes de P&ques. H. Glatter, après avoir proclamé la supériorité vitale des juifô, ne manque pas de reconnaître que ceux de sa localité occupent une position sociale des plus modestes, petits marchands au détail, sans avances, sans économies, soumis à des influences bygiémques assez défavorables. D'après Bnrdach (f), « les juifs nous fournissent la preuve que la vie humaine acquiert plus de ténacité par la peine et les labeurs, pourvu que le travail ne soit pas de nature à briser le coaraf^ et & paralyser la spontanéité. La majorité, en effet, peut 6tre considérée comme pauvre sur presque tous les points de l'Allemagne, et cependant leur mortalité est moindre que celle des chrétiens (1 sur b6 juifs et 1 sur 26 cbréUens à Breslau]. La principale cause de cette différence est certainement dans ce fait, que les Israélites pauvres ne prennent pas soucide leur misère quin'ei^ourdit jamais leurs facultés. »

H. Legoyt constate avec surprise le nomhre considérable de juilis parvenus aux Ages extrêmes de la vie ; ce qui nous ramène b l'opinion de Haller : uUt ad causam longœvitatis I) propius accedamus, vivendum est cujus modi bomines ad » eos annos pervenerint, qui in £istos referentur. Si enim » ii aliquid commune habebunt quod idem in aliis non. » reperiator, qui ad eos annos non vivunt, valde erit pron habile id ipsum causam esse longœvitatis ; ■ à quoi i) ajoute péremptoirement : a Nunc longe plerique eorum u sobrii fuerunt, strictique victus. » Cette condition fondamentale de la longévité, personne ne l'observe plus coqstamment que les Israélites; chez eux la sobriété est traditionnelle, l'ivresse est rare ; l'ivrognerie n'existe pas. Dans leur jeunesse, ils ne connaissent presque pas le vin, autre condition de Haller pour vivre longtemps : u vinum enim

(1) Bnidacb, TraUiàephj/iiologit. Puis, 1837, i. \, p. SOS.

» medicamenti gcnus est » ; ua régime ]dus végétal qu'animal, dit encore ce maître, et la médiocrité : "habere ooania i> mediocria», etc. La piété filiale, vertu prédominante ui foyer Israélite, source toiyours vire d'abnégation et de dévouement, lyoute aux chances de vie de leurs parents.

C'est aussi h des causes natorelles que H. Legoyt attribue la. durée plus grande de la vie moyenne des Israélites, et il signale avec raison les suivantes :

1* Mariés à un Âge moins avancé que les cbréUens, ils jouissent plus longtemps de l'iofluence conservatrice du mariage, la statistique ayant démontré le détriment do célibat en ce qui concerne la durée de la vie.

20 La fécondité de leurs mariages étant mdndre, ils conservent mieux leurs enfants.

3** Jusqu'à présent ils n'exercent guère les professions qui comportent des travaux pénibles; ils s'attachent de préférence au commerce, à la banque, aux arts, aux sciences, aux lettres, aux fonctions publiques.

W Non-seulement leur sobriété est incontestable, mais les prohibitions alimentaires de la Bible profitent à leur hygiène.

50 Le sentiment de la famille, plus développé chez eux que chez les chrétiens, assure aux enfants, aux parents ^és et infirmes, une sollicitude plus active, aux nouveau-nés l'allaitement naturel , aux pauvres une assistance plus efficace. Leur charité n'a pas d'égale ; leur moralité est démontrée parles statistiques judiciaires; la fermeté et la sérénité d'esprit sont les traits les plus accentués de leur caractère et procèdent d'une foi profonde, d'une confiance inaltérable en la Providence.

Tels sont aussi les résultats auxquels est arrivé fiemouilli dans ses recherches publiées il y a longtemps (1) et telles

(1) Neuere Ergebnisae der SevOlkeruugs-Stalistik. Clm, 1842; ïoy. M. Léïy, Traité d'hygiène publique et privée, â* édition. Paris, 1862, t. Il, p. 820.

28 mcoKL livY.

aussi ses ioterpréUtions. Comme le doctear Glatter, comme M. Legoyt, il n'invoque point, pour expliquer la résistance vitale des juifs, ni un privilège mystérieux de race, ni le bénéfioe d'une aisance plus grande ; il reconnaît lui-mCme qu'on aurait tort de la supposer aux juifs.

L'enquête scientifique dont ils sont l'objet, date de loin et se continuera, parce qu'ils offrent aux études ethnologiques le sujet le plus bomogëne et le mieux défini. Les documents réunis par M. Legoytn'en sont pas le dernier mot, l'auteur lui-m6me ne les présente que comme un supplément de matériaux à discuter ; il n'impose point ses opinions, il se contente de les déduire naturellement des faits ou de les j relier, sans préjudice ni impédiment pour l'observation ultérieure. Cette manière de statistique n'est autre que le bon sens appliqué aux chiSï'es.

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