INTRODUCTION
Avant les travaux de Malgaigne et de Gosselin sur les hernies et la nature de leurs accidents, il régnait cette idée : que trois sortes de complications menaçaient une hernie : son engouement, son inflammation et l’étranglement de l’intestin. Et tous les traités successifs de patho” jogie chirurgicale s’étendaient abondamment sur la symptomatologie de ces accidents, renchérissant en détail les uns sur les autres, et insistant sur l’importance de leur différenciation clinique ; de cette différenciation découlait, en effet, le mode de conduite, assez contemplatif dans l’engouement, aussi antiphlogistique que possible. dans linflammalion et dans l’étranglement, variable suivant le tempérament du praticien : taxis ou intervention opératoire.
Engouement, inflammation herniaire et entérocèle étran-
glée, étaient presque au même titre, trois complications
entités, pour ainsi dire: La meilleure volonté des auteurs parvenait cependant assez difficilement à édifier, pour chacune, une allure clinique propre et caractéristique, Différant l’une de l’autre, non par la qualité, mais par l’intensité de leurs symptômes, l’appréciation clinique basée sur cette relativité devait nécessairement revêtir lindécision des phénon:ènes sur lesquels elle s’appuyait. Cela prêtait, il est vrai, à des discussions sans fin, mais - de ces discussions sans fondements, il ne sortait rien de clair que ceci: à part les cas où l’état dramatique du patient imposait le diagnostic d’étranglement herniaire et une intervention rapide, tout élait laissé au génie du chirurgien : le diagnostic à son flair, le traitement à son
audace.
Malgaigne, puis Gosselin firent cesser cet élat de choses ; leurs études et celles de leurs élèves montrèrent : que ce que les anciens avaient désigné sous le nom d’en- -gouement n’était, à de rares exceptions près, que des phénomènes d’étranglement peu serré ou d’épiplocèle enflammée; que la péritonite herniaire n’existe pasen tant qu’individualité pathologique et n’est que l’aboutissant commun à diverses causes. Ainsi l’engouement alla rejoindre l’étranglement et l’inflammation herniaire fut imégalement distribuée à toutes les causes dont elle se réclame aujourd’hui.
Et maintenant, dans nos traités classiques, nous voyons que l'engouement herniaire « n’est plus quère accepté que comme une théorie pathogénique capable d'expliquer la production de l’étranglement, que ce soit
J’étranglement gazeux (0° Biern, Gosselin) ou lengoue-
Et —
ment par les matières intestinales liquides (H. Lossen) auquel on fasse jouer ce rôle (1) », et nous voyons aussi que l’inflammation herniaire, le plus souvent, n’est que le retentissement sacculaire d'une phlegmasie ayant comme point de départ un organe hernié : épiplocèle enflammée, hernie de la trompe avec salpyngite et surout entérocèle étranglée et appendicite. Or, après l’entérocèle étranglée, la cause la plus fréquente comme la plus importante de la péritonite herniaire est l’appendicite : {a plus fréquente, cela ressort clairement du nombre considérable d'observations que nous avons pu recueillir, surtout sil’on considère que beaucoup de cas dece genre n’ont pas été publiés et que parmi ceux publiés un très grand nombre a certainement échappé à notre investigation : /a plus importante, puisque, comme on pourra le voir dans la suite, étranglement et appendicite herniaire ont très souvent la même allure clinique et présentent toujours la même gravité nécessitant un traitement identique et indiscutable : la kélotomie. D’autre part si l’on compare les anciennes observations d’engouement et d’inflammation à celles récentes d’appendicite herniaire, on verra qu’il n’y a quelquefois de différence que de degré d'intensité dans les symptômes et que le plus souvent les situations se peuvent exactement superposer. Îl est d’ailleurs très rationnel d'admettre que quelques-unes et même bon nombre d’appendicites herniaires peuvent se présenter sous une forme atténuée et
guérir à la manière de ces appendicites légères que l’on
1. Berger, Traité de chirurgie de Duplay et Reclus. T. VI, p. 98.