‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 19 sur 102 · GR F · texte numérisé non relu

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de ceux qu’ils avaient et qu’ils les aient laissés improductifs sur les étagères de leurs bibliothèques.

Quand, d’ailleurs, l’on songe au succès qu’eut la publication des œuvres partielles de Tacite, à l'intérêt dramatique et anecdotique qu’on y trouvait, et par suite au désir unanimement manifesté dans le monde lettré d’en connaître le reste, on s'explique encore moins que les religieux de Corvei, monastère célèbre pour ses travaux d’érudition, aient méconnu le trésor qu’ils possédaient, n’en aient pas su tirer parti. :

Mais les supérieurs des communautés avaient seuls qualité pour aliéner ou seulement même prêter des manuscrits ; et ils ne le faisaient ni facilement ni gratuitement. Ainsi, pour obtenir communication de quelques-uns de ces volumes dormant pêle-mêle dans la poussière du grenier du Mont-Cassin, Poggio a besoin d’être au mieux avec l'abbé; il lui faut même avoir l’appui du cardinal de Plaisance; et encore ne les lui prêtait-on que pour peu de tempst. Comment donc à Corvei aurait-on livré un rarissime ouvrage à un ignorant fureteur de bibliothèques?

D'autre part, rien ne permet de penser que, plus heureux que les autres, ce monastère possédait un Tacite. Ceci nous paraît d'autant moins probable que, dès le début, pour ainsi dire, des recherches de manuscrits anciens, Corvei était visé par tous ceux qui s’en occupaient.

Déjà Niccoli, nous l’avons vu, avait signalé à Poggio, pendant qu’il était à Londres, l'utilité qu’il y aurait à le visiter.

1 Epist., II, 37: Contuli meigitur in agrum Cassinatum... ibique fui cum cardinali Placentino diebus v1. — 39: Est mihi summa amicitia cum abbate Cassinenti ut non sit opus intercessore. Scribam tamen Cardinali ad servandam honestatem.— III, 2: Liber Montis Cassini repetitur a me. — 3 : Nunquid credis Abbatem decennio expectaturum fuisse ?

Même pour les manuscrits trouvés, disait-il, à Saint-Gall au fond d’une vieille tour, Poggio déclarait n’avoir pu prendre que des copies,

Mais celui-ci qui était bien fixé sur ce que pouvaient contenir

l fi. les bibliothèques de Suisse, d'Angleterre ou d'Allemagne: et (MA | notamment celle de Westphalie, ne se montra point disposé | | | à traverser le détroit et à supporter les fatigues et les dan- EU A | gers du voyage. Il répond à Niccoli{: « Pour ce qui est du il {à | monastère de Gorvei en Germanie, il n'y a point ce que tu

| souhaites. On t'a dit qu'il y avait beaucoup de livres ; je ne

| crois pas aux propos des imbéciles. »

| R Aussi devons-nous porter notre attention sur ce que nous } qu dit à ce sujet Béroalde dans son épître dédicatoire à Léon X, à placée en tête de son édition de Tacite.

jh Il ne pouvait, en effet, manquer de parler de leur décou- | verte; or, il faut le remarquer, il n’en fait honneur à aucun | fonctionnaire ou dignitaire de la cour pontificale: il ne dit

|| pas qui en a reçu le prix. Il ne nomme pas l’abbaye de

tit Corvei, et les termes dont il se sert sont loin de donner à | j penser qu'il s’agit de cet illustre monastère. 1] «Dés ton élévation, dit-il au pape ?, tu annonçais par la ri | voix du crieur public que tu donnerais de grandes récom: penses aux chercheurs de livres qui feraient sortir des lieux où ils sont cachés ceux que leur âge nous dérobe. Celle chasse alors fit trouver dans les forêts de Germanie ces cinq livres de Tacite qui depuis nombre de siècles y demeuraient cachés. Quand cette proie te fut apportée et que tu l’eus généreusement payée, tu ne voulus pas qu’elle demeurât enfermée dans une bibliothèque comme en une sépulture, mais, en vrai père de tous, tu as ordonné. qu’elle servit | 0 | à l'utilité publique. »

4 Epist. I, 10: Nam de monasterio Corbejo, quod est in Germania, non est

quod speres : dicitur multos esse in eo libros; non credo rumoribus stultorum.

D 1! ? Philippus Beroaldus Junior, Academiae romanae praepositus, Leoni X Pont, | Max. : (Quae venatio Cornelii Taciti hos primos quinque libros, qui per longum J sacculorum ambitum latuerant, in saltibus Germaniae invenit. »

LE MANUSCRIT DE LÉON x. 67

Le témoignage de Béroalde a une grande valeur; c’est celui d’un homme mêlé à l'affaire; il a de plus un caractère officiel : il est revêtu de l'approbation de Léon X.

Alciati était fort au courant de ce qui se produisait dans le mouvement littéraire de son époque; or, bien qu'il se fût trouvé à Milan en relation avec Arcimboldi, il ne savait pas autre chose que ce qu'avait dit Béroalde. Ughelli, dans sa notice sur cet archevêque, ne dit pas un mot de son rôle dans cette importante découverte; il ne laisse même pas supposer qu'attaché par le sang aux plus nobles familles de l'Italie, Arcimboldi ait pu être un simple receveur de dimes ou de contributions 2.

Enfin, au milieu même du xvure siècle, le savant abbé Méhus ignorait la légende de.la découverte du manuscrit à Corvei ou n’y ajoutait pas foi.

On ne saurait donc dire avec certitude d’où, comment, ni par qui le manuscrit a pu être apporté à Rome.

Le même mystère qui, comme nous l'avons constaté, plane sur les véritables circonstances qui ont amené la découverte des onze livres de Tacite par Poggio se représente pour les six premiers.

1In P. Cornelium Tacitum Annotationes Beati Rhenani, Alciati ac Beroaldi. Lugduni, apud Seb. Gryphium, 1542. And. Alciatus, juriscons. Galeacio vice-comiti v. c. Il se borne à dire, page 195 : « Priores quinque libros de barbaris redemptos. »

? Ughelli, Jtalia Sacra, t. IV, page 591. Il le qualifie d’illustre légat : («Joannis Angelus Arcimboldus..…. legationibus clarus. »

3 Lorenzo Mehus, Ambrosii Vita, page 47, en parle en ces termes vagues :

(Res tamen in irritum cessit usque ad Leonis Decimi aetatem, quo quidem Pontifice Cornelii Taciti libri V in Germania fuere inventi ipsique Pontifici oblati. »

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