TITRES
Quelles que soient toutefois les décisions des experts en écriture antique, quelle que soit la date qu'ils croient pouvoir attribuer avec certitude à un manuscrit, on ne saurait de l’examen de son exécution matérielle conclure que l’auteur de l’ouvrage est réellement celui qui-est indiqué par la suscription.
Dans le Second Médicis le commencement de l'ouvrage manquant, le nom de Tacite n’y pouvait figurer; il a été nécessairement mis sur la première page, hors du texte, par une main étrangère. Montfaucon! l'avait constaté.
Pour le Premier Médicis également les mots de P. Cornelii Taciti, pour indiquer l’auteur, ont été mis après coup. Et, comme on peut le voir par la photographie que nous en produisons, celui qui les a écrits n’a pas essayé de faire supposer qu'ils étaient de la même main que celle qui avait copié le texte.
C’est seulement à la fin des chapitres que le scribe a fait
1 B. de Montfaucon, op. cit., t. I, p. 374, B: In fronte Libri nova manu exara-
tum legitur : Cornelius Taeitus et Opera Apuleii, — Cf. B. Rhenanus, Annalium, inscriptionis reddita ratio, cité ci-dessus, p. 54.
suivre l'explicit du nom de l’auteur. Voici la reproduction exacte du commencement et de la fin de quelques-uns d'eux.
Observons à ce sujet que dans le Second Médicis l’auteur est appelé Cornelius Tacitus, tandis que dans le Premier il est désigné par P. Cornelius seulement. D’où vient cette différence? Se serait-elle produite si les copistes avaient eu des manuscrits authentiques sous leurs yeux?
Il faut encore remarquer que le Second Médicis ne porte aucun titre, il y est simplement dit: Cornelii Taciti Liber. Ï en fut ainsi pour la plupart des copies qui en ont été faites. Jean de Spire lui-même n’en donna pas non plus à la première édition imprimée qu’il fit paraitre.
Plusieurs copistes toutefois, avant Jean de Spire et la plupart des imprimeurs qui le suivirent, pensèrent qu’il était indispensable qu’un livre eût un titre pour indiquer le sujet qui y était traité. Ils se demandèrent en conséquence quel était celui que Tacite avait donné à son ouvrage.
Leur embarras fut alors grand. Les auteurs qui en avaient parlé le désignaient chacun d’une façon différente. Vopiscus le qualifiait d’Historia Augusta! ; Tertullien disait Historia; il en fut de même de Paul Orose, de Sidoine Apollinaire: Jornandes appelle Tacite? Annalium scriptor. Saint Jérôme dit qu’il avait écrit les Vitae Caesarum. N'ayant ainsi aucune indication précise, chaque éditeur en décida à son gré.
Le plus ordinairement le volume était intitulé3 : Cornelii Tacili Historiae Augustae libri. C'était aussi: Cornelii Taciti actionum diurnalium libri; ou bien: Actorum diurnalium, ou encore : Actorum diurnorum librit.
1 Vopiscus, Vita Tacili.
? Jornandis De origine actuque Getarum Liber. Edit. Panckoucke, page 216. On ignore toutefois où il aurait parlé de Memma, à l'extrémité de la Bretagne.
3 B. Rhenanus, Annalium Inscriptionis reddita ratio.
# Ce titre se voit aussi sur un manuscrit, Cf. B. de Montfaucon, op. cit., t. I, p. 44%, C : C. Taciti actorum diurnalium Libri.
Le manuscrit remis à Léon X n’avait pas non plus de titre. La rubrique en tête n’a que ces mots : Ab excessu divi Augusti, et les chapitres se terminent par la souscription : P. Corneli liber. Philippe Béroalde intitula son édition : Gornelii Taciti ab excessu divi Augusti Historiarum libri.
Rhenanus, après lui, ne trouvant aucun de ces titres à sa convenance, donna à l'ouvrage, dans son édition de 1533, celui de : Cornelii Taciti Annalium libri.
Les raisons qu’il invoque pour justifier sa détermination sont loin d’être probantes. Il s'appuie sur Jornandes, qui, nous venons de le dire, qualifiait Tacite de Annalium scriptor. Mais l'historien des Goths est le seul qui se serve de cette expression et nous ne voyons pourquoi son autorité lemporterait sur celle des autres auteurs qui, sauf saint Jérôme, parlent des Historiae de Tacite.
Les écrivains anciens ne se croyaient pas, il est vrai, tenus à la rigoureuse exactitude qu’on exige aujourd’hui à bon droit. Entre Annales d’ailleurs et Historiae y a-t:il une grande différence? Nous ne le croyons pas, et la dissertation d'Aulu-Gelle sur ce sujet ne nous la montre pointt. C'est sans doute au contraire parce que les deux termes étaient à peu près équivalents que l’on a cru pouvoir dire Annales pour Historiae.
I nous faut toutefois constater que les manuscrits qui auraient dû nous faire connaitre les véritables noms et prénoms de Tacite, le titre exact qu'il avait donné à son ouvrage, nous laissent dans le même embarras qu'avant leur mise au Jour.
1 Aulu-Gelle, Les Nuits attiques, liv. V, ch. xvin : In quid et quantum differat historia ab annalibus.
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