‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 51 sur 102 · ARE LE US · texte numérisé non relu

ARE LE US

Rae

oo

.nariis aut cohortibus civium Romanorum trecenos nummos viriltim dedit.

Dans la Vie des Césars :

TIBÈRE, 22 : Illatum deinde Augusti testamentum. Aucusre, 101 : Testamentum depositumque apud se, Virgines Vestales.… protulerunt.. Hacredes instituit primos Tiberium ex parte dimidia et sextante, Liviam ex parte tertia, quos et ferre nomen suum Jussit. Secundos Drusum Tiberii filium ex triente, et ex partibus reliquis Germanicum, liberosque cjus tres sexus virilis; tertio gradu, propinquos amicosque complures. Legavit populo romano quadrigenties, tribubus tricies quinquies sestertium, praetorianis militibus singula millia nummorum, cohortibus urbanis quinge-

nos, legionariis trecentos nummos.… Reliqua legata varie dedit.

Nous pouvons faire les mêmes observations au sujet des funérailles.

On lit dans les Annales :

1, 8: Tum consultatum de honoribus, ex quis qui maxime insignes visi, ut porta triumphali duceretur funus... censuere.

Dans la Vie des Césars :

AUGUSTE, 100 : Senatus in funere ornando et in memoria honoranda eo studio certatim progressus est, ut, inter alia complura, censuerint quidam funus porta triumphali ducendum.

On ne trouve point dans Dion Cassius les descriptions obscènes que l’on voit dans les Annales. C’est généralement de Suétone que l’auteur les emprunte.

On lit dans les Annales :

VI, 4 (Tiberius) : Saxa rursum et solitudinem maris repetiit, pudore scelerum et libidinum; quibus adeo indomitis exarserat, ut, more reglo, pubem ingenuam stupris pollueret. Nec formam tantuin et decora corpora, sed in his modestam pueritiam, in aliis ima-

gines majorum, incitamentum cupidinis habebat : tuncque primum

+ ignota ante vocabula reperta sunt sellariorum et spintriarum,

ex foeditate loci ac multiplici patientia. Praepositique servi, qui quaererent, pertraherent, dona in promptos, minas adversum abnuentes, et, si retinerent propinquus aut parens, vim raptus suaque ipsi libita, velut in captos exercebant.

Dans la Vie des Césars :

TIBÈRE, 43 : Secessu vero capreensi eliam sellaria excogitavit, sedem arcanum libidinum in quam undique conquisili puellarum et exoletorum greges, monstruosique concubitus repertores quos spintrias appellabat, triplici serie connexi invicem incestarent se coram ipso, ut adspectu deficientes libidines excitarent. Cubicula plurifariam disposita tabellis ac sigillis lascivissimarum picturarum et figurarum adornavit.

Les emprunts faits à Suétone se retrouvent également dans les Histoires.

Ainsi après avoir parlé de la cupidité des amis qui entouraient Galba, amicorum cupidilatis, l'auteur ajoute, I, 2 :

Potentia principatus divisa in T. Vinium consulem et Cornelium Laconem praetorii praefectum, nec minor gratia Zcelo Galbae liberto quem. annulis donatum equestri nomine Martianum vocitabant.

On lit dans Suétone, Galba, 14:

Regebatur trium arbitrio :.… Hi erant Titus Vinius legatus ejus in Hispania, cupiditatis immensae; Cornelius Laco ex assessore praefectus praetorii, arrogantia socordiaque intolerabilis; libertus Icelus, paulo ante annulis aureis et Martiani cognomine ornatus.

Dans le même chapitre des Histoires il est dit, au sujet de la disgrâce d’Othon et de son envoi en Lusitanie par Néron :

In provinciam Lusitaniam specie legalionis deposuit.

On lit dans Suétone, Ofhon, 3 :

Deposilus est per causam legationis in Lusilaniam.

ne 7 +

PR NaN AE F-

À propos des jeux quinquennaux établis par Néron, on lit dans Suétone, Néron, 12:

Instituit et quinquennale certamen primus omnium Romae,

more gr&eco.

Et dans les Annales, XIV, 20 :

Nerone quartum, Cornelio Cosso coss. quinquennale ludicrum Romae institutum est ad morem Graeci certaminis.

Alors même que sur certains faits 1l s’écarte dans les détails ou les amplifie, on peut constater des similitudes d'expressions qui ne paraissent pas attribuables au hasard.

Ainsi, quand il s’agit du bruit qui avait couru que Néron avait été voir et examiner le cadavre de sa mère, Suétone s'exprime ainsi, Néron, 34:

Adduntur his atrociora, sed incertis auctoribus ; ad visendum inter-

fectae cadaver accurisse, contrectasse membra, alia vituperasse, alia laudasse.

Et on lit dans les Annales, XIV, 9:

Aspexerit ne matrem inanimem Nero et formam corporis ejus laudaverit, sunt qui tradiderint, sunt qui abnuant.

Au sujet de l’incendie de Rome, il est dit, Néron, 38 :

Nam Nero quasi offensus deformitate veterum aedificiorum et angustiis fleæurisque vicorum, incendit urbem.

Et dans les Annales, XV, 38 :

Et obnoxia Urbe arctis itineribus huc et illuc flexis atque enormibus vicis, qualis vetus Roma fuit.

Suétone avait fait du palais d’or une description qu'il était difficile de prendre pour réelle. Le moindre bon sens indiquait qu’on en pouvait rabattre beaucoup et demeurer

encore dans la féerie. C’est ce que fait notre auteur. Mais h on reconnait qu'il a eu la Vie des Césars sous les yeux. il On y lit, Néron, 51:

Item stagnum maris instar, circumseptum aedificiis ad urbium speciem ; rura insuper arvis atque vinetis et pascuis silvisque varia eum multitudine omnis generis pecudum ac ferarum. In caeteris partibus cuncta auro lita, distincta gemmis unionumque conchis erant.

Et dans les Annales, XV, 42 :

(Nero) exstruxitque domum in qua haud perinde gemmae et aurum miraculo essent, solita pridem et luxu vulgata, quam arva et 4 stagna et in modum solitudinum hinc silvae.

Il serait aisé de multiplier ces exemples; les recueillir À West qu'une œuvre d'attention et de patience.

FLAVIUS JOSÈPHE il

On rencontre dans les Annales et dans les Histoires un certain nombre de détails sur les tétrarques de la Palestine, les produits du pays, sa topographie, le lac Asphaltite, qui sont évidemment empruntés de Josèphe. Quelques faits | même relatifs à l’histoire intérieure de Rome, qui ne se | trouvent point rapportés par Dion ni par Suétone, ont été tirés des Antiquités judaïques.

Toutefois, au sujet du peuple juif et de ses légendes, le | pseudo-Tacite ne pouvait oublier qu'il en devait parler avec le dédain d’un fier Romain; de là, certaines divergences. | Après avoir raconté le détournement que quelques Juifs avaient fait de sommes qui leur avaient été remises pour le temple de Jérusalem, Josèphe ditt:

Tibère ordonna qu’on chassât de Rome tous les Juifs. Les consuls

1 Antiquités judaiques, liv. XVIII, ch. 6, $ 9.

CARE Le 2e a PQ 2e

en choisirent 4,000 qu’ils firent enrôler et qu’ils envoyèrent en Sardaigne ; ils en firent châtier plusieurs autres qui, par la crainte de se trouver dans la nécessité de transgresser leur loi, ne voulaient pas

prendre le parti des armes. »

Imbu de l’idée généralement admise de son temps, que les juifs et les chrétiens avaient élé persécutés par les Romains à cause de leurs croyances religieuses, l’auteur des Annales à cru devoir modifier la cause d’expulsion indiquée par Josèphe; il suit toutefois son autorité et écrit! :

On s’occupa aussi de purger l'Italie des superstitions égyptiennes et juives. En vertu d’un décret du Sénat, 4,000 affranchis souillés de ces impiétés, et en âge de porter les armes, furent envoyés en Sardaigne pour y réprimer les brigandages, et s'ils succombaient à linsalubrité du climat, leur perte était peu de chose. On ordonna aux autres de quitter l'Italie si, dans un temps fixé, ils n’avaient pas abjuré leur culte impie.

Mais c’est surtout dans les affaires d'Orient que Josëphe a été mis à contribution par l’auteur des Annales. Dion et Suétone en parlent peu. Ge qu'ils en disent est plein d’obscurité; Joséphe est incontestablement plus clair. Les intimes relations qui n'avaient cessé d'exister entre les Juifs et les Parthes?, dont les dynasties macédoniennes et après eux les Romains furent les ennemis communs, l'avaient mis à même d’être mieux renseigné.

On lit dans les Annales? :

«Sous le consulat de $.S. Taurus et L. Libon, des soulèvements éclatèrent dans les royaumes de l’Orient et les provinces romaines. Ils commencèrent chez les Parthes, qui, ayant demandé et recu de Rome un roi, le méprisaient comme étranger, quoiqu'il fût de la

1 Annules, IT, 85.

? Josèphe, Antiquités judaïques, liv. XVIII, ch. 4; liv. XX, ch. 2, 8. Guerre des Juifs, liv. I, ch. 12, — Cf. nos Études d'histoire religieuse, page 72. 8 Annales, I, I, 9, 8.

race des Arsacides. Ce roi était Vonon, que Phraate avait donné en

otage à Augusle; car Phraate, bien qu’il eût chassé les armées romaines et leurs généraux, n’en avait pas moins prodigué à Auguste tous les témoignages de respect et, pour resserrer l'amitié, il avait envoyé à Rome une partie de ses enfants, moins par crainte des Romains, il est vrai, que par défiance de ses sujets.

» Après la mort de Phraate et des rois qui suivirent, des ambassadeurs, pour faire cesser les massacres des guerres civiles, vinrent à Rome, de la part des grands du royaume, demander Vonon, le plus âgé des enfants de Phraate. Auguste se crut honoré de cette démarche et renvoya le jeune prince comblé de présents. Les Barbares l’accueillirent avec joie comme on accueille ordinairement les nouveaux maitres, mais bientôt la honte les prit. Les Parthes vinrent à penser qu'ils avaient dégénéré ; en demandant à un autre monde un roi infecté des maximes de leurs ennemis... Vonon lui-même les irritait par son infidélité aux traditions des ancètres.…

» Par ces motifs on appelle Artaban, descendant des Arsacides, élevé chez les Dahes. Battu dans une première rencontre, Artaban répare cet échec et s'empare du trône. Vonon, vaincu, demanda un asile aux Arméniens, alors sans maître et flottant entre la fortune des Parthes et celle des Romains... Ils firent un roi de Vonon qui s'était réfugié chez eux. Mais Artaban le menaçait; l'Arménie ne pouvait lui prêter qu’un faible appui, et si nous lui donnions Passistance de nos forces, il fallait engager la guerre avec les Parthes, Le gouverneur de la Syrie, Creticus Silanus, attira donc Vonon dans la province et le retint prisonnier, ne lui laissant d’un roi que le faste et le nom. »

Écoutons maintenant Josèphe t :

« Phraate, roi des Parthes, mourut en même temps par la trahison de son fils Phraatace, ainsi que je vais le raconter... Les Parthes, voyant en celui-ci un incestueux et un parricide, se soulevèrent contre lui et le firent périr avant qu'il eût affermi son odieuse usurpation.

» La noblesse parthe... offrit alors la couronne à Orode qui était issu du sang des Arsacides, car il n’était pas permis aux Parthes de

1 Antiquités judaiques, Liv. XVIIT, ch. 2, $ 4.

SAR Le 228 Pa JAM PPS

prendre pour rois des princes nés d’une autre famille. Mais le peuple

était prévenu contre Orode qu’il soupçonnait de cruaulé et qui était, en effet, d’un caractère dur et intraitable. On conspira contre lui; il fut tué, disent quelques-uns, dans un repas et au milieu d'une grande fête; selon d’autres, ce fut dans une partie de chasse et c’est le sentiment le plus général. Au reste, il est constant que les Parthes ne quittent jamais leurs épées.

» Les grands du royaume conçurent alors le dessein d'élever au trône un des enfants de Phraate, qui étaient en otage à Rome, et députèrent à cet effet des ambassadeurs à Tibère. Le prince leur envoya Vonon, qui eut l’avantage d’être préféré à ses frères et jugé le plus digne du suprême honneur par le suffrage des deux plus grands empires du monde, celui des Romains et celui des Parthes, Mais ces barbares, naturellement inconstants et sans foi, changèrent bientôt de sentiment. Ils se crurent déshonorés par la nécessité d’obéir à un roi qui avait été esclave chez des étrangers. Ils regardaient comme tels et donnaient ce nom ignominieux à tout homme qui avait été livré en otage. Ce n’était point, disaient-ils, par les droits de la victoire que les Romains leur avaient donné Vonon pour roi, mais à la suite d’un honteux traité de paix.

» Ils appelèrent en conséquence au trône Artaban, roi des Mèdes, qui était de la famille des Arsacides. Celui-ci accepta la couronne qu'on lui offrait et marcha à la tête d’une armée pour en prendre possession. Vonon, auquel le peuple s’était d’abord attaché, fut à sa rencontre et lui livra bataille. Artaban l'ayant perdue fut contraint de se réfugier dans les montagnes de la Médie. Mais il prit bientôt sa revanche. Il mit sur pied une nouvelle armée; il attaqua Vonon, le défit et l’obligea à se rétirer avec peu de suite à Séleucie. Les fuyards épouvantés tombèrent sous les coups du vainqueur; il en fit un grand carnage et passa avec ses troupes à Ctésiphon. Ce fut ainsi qu'il demeura maître du royaume des Parthes.

» Vonon se retira en Arménie dont il songea à se rendre maitre. Il envoya dans cette vue des députés à Rome pour demander du secours. Mais Tibère, qui le soupçonnait de lâcheté et qui ne voulait pas irriter les Parthes qui menaçaient de déclarer la guerre à Pempire, refusa de lui en envoyer. $e voyant sans ressource et sans espérance de se rétablir, car les peuples des environs du mont Niphate et

les plus grands seigneurs d'Arménie s'étaient mis du parti d’Artabane, Vonon prit la décision de se réfugier vers Silanhs, qui commandait en Syrie. Silanus le reçut et le retint près de lui en considération de ce qu'il avait été élevé à Rome. »

On peut faire d’autres rapprochements de ce genre. Au sujet des présages qui annonçaient la ruine prochaine de Jérusalem, on lit dans les Histoires, V, 13 :

Il s'était manifesté des prodiges; mais ce peuple superstitieux, ennemi des pratiques religieuses, eût regardé comme un crime de les conjurer par des sacrifices ou des vœux. On vit dans le ciel des soldats qui s’entre-choquaient, des armes étincelantes. Des feux allumés tout à coup dans les nuages illuminèrent le temple. Les portes du sanctuaire s’ouvrirent d’elles-mêmes; on entendit une voix plus fortè que la voix d’un homme dire : Que les dieux s’en aillent! et en même temps se produisit un grand mouvement causé par leur départ. Ce füt là pour quelques-uns un sujet de crainte; mais le plus grand nombre était persuadé que, d’après les anciens livres des prétres, l'Orient devait, à cette mème époque, devenir puissant et que la Judée dominerait le monde. Cette prophétie s’appliquait à Vespasien et à Titus; mais la nation juive, l’interprétant comme toujours au gré de ses désirs, y voyait le présage de sa grandeur; le malheur même ne pouvait la ramener à la vérité.

Il est dit dans la Guerre des Juifs, V, 1v, 1:

On vit dans tout le pays, lorsque le soleil se couchait, des chariots pleins de gens armés courir à travers les nues... Vers la neuvième heure de la nuit, une lumière si éclatante couvrit pendant une demiheure le temple et l’autel qu’on crut être en plein jour... La porte d’airain du portique oriental d'Israël, qui était d’une pesanteur si énorme qu’à peine vingt hômmes pouvaient la fermer le soir, s’ouvrit tout à coup d’ellemême... Les prêtres étant la nuit dans le Saint pour accomplir leurs fonctions sacrées entendirent la voix de gens qui disaient : Sortons d'ici... Le principal motif qui détermina les Juifs à faire la guerre aux Romains fut l’ambiguité d’un oracle qu'on trouve dans nos saintes écritures, par lequel il était prédit

es ge

EP

que vers ces temps il sortirait du sein de leur contrée un homme qui commanderais à toute la terre. Ils crurent que ce maitre du monde serait un homme de leur nation; plusieurs, même des plus sages et des plus éclairés d’entre eux, y furent trompés; car cet oracle annonçait manifestement la grandeur future de Vespasien qui était dans la Judée lorsqu'il fut élevé à l'empire.

On doit encore remarquer que, tout en suivant Josèphe, l’auteur des Annales avait évalement Suétone sous les yeux. Le texte est ainsi conçu :

Pluribus persuasio inerat antiquis sacerdotum literis contineri eo ipso tempore fore ut valesceret Oriens profectique Judaea rerum potirentur.

Or on lit dans la Vie de Vespasien, 4:

Percrebuerat Oriente toto vetus et constans opinio, esse in fatis ut eo tempore Judaea profecti rerum potirentur.

Au lieu de in fatis, les Annales portent, on le voit, anliquis sacerdotum literis, comme l'écrit Josèphe‘, et pour le reste de la phrase il y.a complète similitude d'expressions avec Suétone.

Page 1