‹ de lesprit des loisChapitre 114 sur 168 · LIVRE XXXI, CHAWTM XVI. i l6f · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI, CHAWTM XVI. i l6f

soit à celui qui joignent à la royauté une grande puissance. Pour lors l'autorité du maire fut jointe à l'autorité royale. Dans le mélange de ces deux autorités, il se fit une espèce de conciliation. Le maire avoit été électif , et le roi héréditaire : là couronne , au commencement de la seconde race, fut élective, pareeque le peuple choisit; elle fut; héréditaire, pareequ'il choisit toujours dans la même famille '1

Le père Lé Gointe, malgré la foi de tous les monuments*, nie * que le pape ait autorisé ce grand changement : une de se* raisons est qu'il auroit fait une injustice. Et- il est admirable de voir un historien juger de ce que les hommes ont fait par ce qu'ils' aur oient dû faire. Avee cette manière de raisonner, il n'y auroit plus d'histoire.

Quoi qu'il en soit, il est certain que^ dès le moment de la victoire du duc Pépin , sa famille fut régnante, et que celle dés Mérovingiens ne le fut plus. Quand son petit-fils Pépin fut couronné

1 Voyez le testament de Charlemagne, et le partage que Louis-' Ie-DéJjoniiaire fit à sei enfants dans rassemblée des états tenue à Quierzy, rapportée par Goldast : Quem populus eligere velit, ut patri suo succédât in regni hœreditate. * L'anonyme, sur l'an j$*; et chron. GentuL sur l'an yS4- 1 Fabella quœ post Pippini mortem excogitata est , ssquitati ae sanctitati Zacharias papas plurimum adversatur... Annales ecclésiaàticmes des François, t. il, p. 3 19.

l6* DE L ESPRIT DES LOIS.

roi, ce ne fut qu'une cérémonie de plus et un fantôme d& moins : il n'acquit rien par là, que les ornements royaux ; il n'y eut rien de changé dans la nation.

J'ai dit ceci pour fixer le moment de la révolutipn , afin qu'on ne se trompe pas en regardant comme une révolution ce qui n'étoit qu'une conséquence de la révolution.

Quand Hugues Capet fut couronné roi au commencement de la troisième race, il y eut un plus grand changement , parceque l'état passa de l'anarchie à un gouvernement quelconque :

ma^s, quand Pépin prit la couronne, on passa d'un gouvernement au même gouvernement.

Quand Pépin fut couronné roi, il ne fit que changer de nom; mais quand Hugues Capet fut couronhé roi, la chose changea, parcequ'un grand fief uni à la couronpe fit cesser l'anarchie.

Quand Pépin fut couronné roi , le titre de roi fut uni au plus graqd office ; quand Hugues Capet fut couronné, le titre de roi fut uni au plus grand fief.

LtTBB XXXI, CHAPITRE XVII.

r64 de l'esprit des lois.

cette assemblée : mais on trouve ce qui s'y passa dans l'auteur de l'ancienne collection historique mise au jour par Canisius ', et celui des annales de Metz , comme l'a remarqué ' M. Baluze. Et j'y vois deux choses en quelque façon contraires, qu'il fit le partage du consentement des grands , et -ensuite qu'il le fit par un droit paternel» Cela prouve ce que j'ai dit, que lé droit du peuple , dans cette race , étoit d'élire dans la famille : c'était, à proprement parler, plutôt un droit d'exclure qu'un droit d'élire.

Cette espèce de droit d'élection se trouve confirmée par les monuments de la seconde race. Tel est ce capitulaire de là division de l'empire que Charlemagne foit entre ses trois enfants, où, après avoir formé leur partage, il dit ' que , « si un des « troU frères a un fils tel que le peuple veuille « l'élire pour qu'il succède au royaume de son <r père, se? oncles y consentiront. »

Cette même disposition se trouve dans le partage que Louis4e-Débonnaire fit entre ses trois enfants * Pépin , Louis et Charles , l'an 837 , dans Rassemblée d'Aix-la-Chapelle, et encore dans un

* .T. il, Lectionis antiqùae.

* Édit. des capit. t. i, p. 188.

* Dans le capitulaire i de l'an 806, édition de Baluse, page 439» article 5.

4 Dans Goldast , Constitutions impériales, t. 11, p. 19.

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