‹ de lesprit des loisChapitre 120 sur 168 · LIVRE XXXI , CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI , CHAPITRE XX

solennelles qu'il avoit faites à son père le jour de son couronnement \

Après la mort de l'impératrice Hirmengarde , dont il avoit trois enfants, il épousa Judith ; il en eut un fils ; et bientôt , mêlant les complaisances d'un vieux mari avec toutes les foiblesses d'un vieux roi } il mit un désordre dans sa famille , qui entraîna la chute delà monarchie.

Il changea sans cesse les partages qu'il avoit faits à ses enfants. Cependant ces partages avoient été confirmés tour à tour par ses serments , ceux de ses enfants, et ceux des seigneurs. C'étoit vouloir tenter la fidélité de ses sujets; c'étoit chercher à me ttre de la confusion , des scrupules, et des équivoques , dans l'obéissance; c'étoit confondre les droits divers des princes , dans un temps surtout où , les forteresses étant rares , le premier rempart de l'autorité étoit la foi promise et la foi reçue.

Les enfants de l'empereur, pour maintenir leurs partages , sollicitèrent le clergé et lui donnèrent des droits inouis jusqu'alors» Ces droits étoient spécieux; on faisoit entrer le clergé en garantie d'une chose qu'on avoit voulu qu'il àu-

1 n lui ordonna d'avoir pour ses sœurs , ses frères et ses neveux, une clémence sans bornes , indeficientem misericordlam. Tégari , dam le recueil de Duchesne, 1. 11, p. 376.

1 7 a * DE L ESPRIT DES LOIS.

torisât. Àgobard * représenta à Louis-le-Débonnaire qu'il avoit envoyé Lothaire à Rome, pour le faire déclarer empereur; qu'il % < avoit fait des partages à ses enfants , après avoir consulté le ciel par troi$' jours déjeunes et de prières. Que pourvoit faire un prince superstitieux, attaqué d'ailleurs par la superstition même ? On sent quel échec l'autorité souveraine reçut deux fois par la prison de ce prince et sa pénitence publique. On avoit voulu dégrader le roi, on dégrada la royauté.

On a d'abord de la peine à comprendre comment un prince qui avoit plusieurs bonnes qualités, qui ne manquoit pas de lumières* qui aimoi t naturellement le bien, et, pour tout dire enfin, le fils de Charlemagne, pût avoir des ennemis si nombreux', si violents, si irréconciliables, si ardents à l'offenser, si insolents dans son humiliation , si déterminés à le perdre : et ils Fauroient perdu deux fois sans retour, si ses enfants, dans le fond plus honnêtes gens qu'eux, eussent pu suivre un projet et convenir de quelque chose.

1 Voyez ses lettres. ,

* Voyez le procès-verbal de sa dégradation, dans le recueil de Duchesne, L 11, p. 33 1. Voyez aussi sa vie écrite par Tégan. Tauto enim odio laborabat , ut tœderet eos vita ipsius , dit l'auteur incertain ,' dans Duchesne, t. h, p. 307.

i^4 *> E l'esprit des lois.

mêmes. Il y a de très-bonnes lois faites mal à propos. Les évêques , accoutumés dans ces tempslà à aller à la guerre contre les Sarrasins et lès Saxons ', étoient bien éloignés de l'esprit monastique. D'un atftre côté, ayant perdu toute sorte de confiance pour sa noblesse , il éleva des gens de néant % il la priva de ses emplois 5 , la renvoya du palais , appela des étrangers. Il s'étoit séparé de ces deux corps , il en fut abandonné.

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