‹ De Lyon à Trévoux par la Croix-Rousse et SathonayChapitre 6 sur 26 · LE VALLON DQ PETIT- MOULIN · texte numérisé non relu

LE VALLON DQ PETIT- MOULIN

A ceux qui, peu désireux de séjourner à Fontaines, préfèrent le silence des champs, nous donnerons le conseil d'explorer les vallons qui coupent capricieusement la ligne des collines.

Qu'ils no.us suivent d'abord dans le vallon du Petit-Moulin, où l'on voit épars, çà et là, au milieu des vergers et sur les bords du ruisseau, des fermes, des maisons ^bourgeoises, .deux vieilles gentilhommières avec tours et pigeonniers, et le château du Buisson, placé sur le flanc du coteau appelé la Petite-Cerdagne.

Les habitants ne manqueront pas de vous signaler, parmi ces maisons, celle où s'écoula une partie de l'enfance d'un Lyonnais, devenu célèbre sous le nom de Soliman-Pacha.

Le colonel Sève, fils d'un modeste marchand

de Lyon, fuyant la réaction royaliste de 1816, trouva un asile en Egypte, où il organisa, à l'européenne, les troupes du vice-roi. Méhémet-Ali dut à ses talents la victoire de Nézib et la conquête de la Syrie. Il est mort, comblé de richesses et d'honneurs.

On de nos collègues, M. Aimé Vingtrinier, a composé l'histoire de cet homme illustre.

Elle est encore à l'état manuscrit; il nous a été donné d'en lire quelques chapitres. Nous espérons voir bientôt cet ouvrage livré à l'impression.

Passant sous le beau viaduc du Petit-Moulin, que nous décrirons tout à l'heure, remontant le ruisseau et enjambant les rigoles qui lui empruntent l'eau qu'elles conduisent dans les prés et sous les roues des moulins, nous dépassons le village de Saint-Martin. Par des chemins agrestes, au milieu de haies touffues, tout en laissant à gauche, sur la hauteur, le hameau de Trévoret, nous arrivons à Notre-Dame ou Cailloux, dont les habitations ont une apparence de bien-être rustique qui réjouit la vue. L'église, non moins rustique, accuse une construction de différentes époques; un mo-

deste clocher, la seule partie ancienne, ne dépasse pas la cime des arbres qui l'entourent. En face de l'église est le presbytère ; à côté le vieux cimetière.

Dans ce champ du repos, on voit, entre autres, deux pierres commémoratives sous lesquelles reposent le comte Gabriel-Henri- Aymon deVirieu, mort en 1 841, et son épouse, la comtesse Victoire- Joachime-Emma Méallet de Fargues, nièce de M. Fay de Sathonay, décédée en 1845.

Le comte de Virieu était le fils d'Aymon de Virieu qui défendit Lyon en 1793, sous le général comte Perrin de Précy, et qui ' fut tué de l'éclat d'un caisson, le 10 octobre, dans le vallon de Roche-Cardon, à la montée de la Dargoire, pendant la désastreuse retraite des Lyonnais. Il était très lié avec Lamartine, son condisciple au collège de Belley, et qui vint plusieurs fois au château de Cailloux visiter son meilleur ami sur la terre...

La carrière de M. de Virieu a été courte. Les événements de i83o la brisèrent au moment où elle s'agrandissait devant lui. Après avoir débuté par les armes, il remplit différentes

missions au Brésil, en Allemagne, à Turin, et fut investi des fonctions de secrétaire d'ambassade au congrès de Laybach.

D'autres amis de M. de Virieu venaient aussi le visiter à Cailloux. Nous ne citerons que deux célébrités lyonnaises : Etienne Mulsant, savant naturaliste et bibliothécaire regretté de la ville de Lyon, avait aussi été son camarade d'étude à Belley ; Jean-Marie Audin, auteur des histoires de Luther, de Calvin, de Léon X et de Henri VIII.

Le comte et la comtesse de Virieu furent les bienfaiteurs du pays, la providence des malheureux. A la suite de l'inondation de 1840 qui ravagea le littoral de la Saône, ils recueillirent dans leur château de Sathonay les habitants qui se trouvaient sans pain et sans asile, et réduits à la dernière misère.

La plupart de ces renseignements qui rappellent le souvenir de Lamartine nous ont été fournis par Victor Durand-Reynaud, notre vieil et bon ami.

Le château de Cailloux est une agréable habitation, au milieu de jardins et d'un parc magnifique, une ombreuse et belle allée de

tilleuls séculaires y donne accès du centre du village.

A Cailloux, commence le ruisseau. Pour obviera l'insuffisance de ses eaux, qui souvent forçait les moulins à chômer, les meuniers songèrent à recourir au Vouzon, qui coule dans le vallon de Rochetaillée, latéral à celui de Fontaines. Il s'agissait d'ouvrir un tunnel à travers la colline qui sépare les deux vallons. Ce tunnel a une longueur de mille mètres environ; il débouche au milieu de la commune de Cailloux. On y voit une pierre portant une inscription avec la date de i83j, et les noms de ses auteurs.

Tout auprès, un nouveau bâtiment qui contient la mairie et l'école, s'élève sur une petite place complantée d'arbres et rafraîchie par les eaux du ruisselet.

GARE DE ROCHETAILLEE

11,871 m. o5 de la Croix-Rousse.

peu de distance de la gare de Fontaines, la voie ferrée s'engage sur le viaduc du Petit-Moulin, jeté à travers

le vallon.

Ce viaduc est composé de deux arches-culées en maçonnerie, de 12 mètres de portée, d'une travée métallique de 20 mètres, de quatre autres travées métalliques de 36 mètres chacune et indépendantes les unes des autres, en raison de la courbe de 35o mètres de rayon, et de deux autres arches-culées de même nature et de même dimension que les deux premières.

Les travées métalliques sont supportées par des piles construites en pierre et d'une hauteur de 24 mètres au-dessus du ruisseau.

A trois cents mètres plus loin, le railway pénètre dans une tranchée aux parois d'un bel argile plastique, au-dessous d'une élégante passerelle en fer ; 'û débouche sur un cin-

quième viaduc qui relie les deux collines entre lesquelles est creusé le profond ravin du Vouzon, ruisseau qui prend naissance dans le marais des Echets. C'est le viaduc de Rochetaillée.

Gomme le précédent, il est partie en maçonnerie, partie en fer. Il se compose de quatre arches en pierre de 12 mètres d'ouverture, de deux travées métalliques de 42 mètres de portée, et d'une autre de 5o mètres. Sa hauteur est de 19 m. j3 et sa longueur de 182.

La gare est de l'autre côté du viaduc, au pied d'un mamelon isolé, qui sert, pour ainsi dire, de piédestal à une simple maison bourgeoise, assise sur les robustes substructions d'une forteresse féodale. De cette forteresse, il reste encore quelques pans de murailles, une tourelle couverte de lierre, et, au sommet d'une poype, la base d'une grosse tour arrondie, sur le terreplein de laquelle on remarque un arbre d'une fort belle venue. C'est le sujet d'un très beau tableau.

La vue se déploie en éventail sur le cours de la Saône et le bassin de Saint-Romain et de Couzon. Dans ce bassin, * des vignes et une

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