‹ De M. Fabio Quintiliano [microform], L. Annaei Senecae judiceChapitre 104 sur 236 · Barth., Œuvres diverses, I, xxxvii · texte numérisé non relu

Barth., Œuvres diverses, I, xxxvii

4. Les mardis et les mercredis, Gros de Boze (1680-1733), secrétaire perpétuel, réunissait àdinerdes membres de diverses Académies, entre autres Réaumur, Sallier, Gédoyn, La Bletterie, du Resnel, Duclos, Louis Racine, de Foncemagne, Caylus, Barthélémy. 11 s'était fait adjoindre ce dernier au

ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLLS-

au moins dès 1745, sinon avant, avait été frappé do ce savoir précoce, de cette intelligence lumineuse; il sentait quel fruit Ton pouvait retirer d'une telle compagnie. L'abbé n'était pas ce qu'il devint depuis, le savant de la maison Choiseul, Toracle de l'Académie, le familier de toutes les puissances; encore peu connu, peu protégé, il mit sans doute quel([ue coquetterie à séduire Caylus : Caylus se laissa faire. Chacun avait son idée, laquelle n'était peutêtre pas absolument désintéressée. Telle fut l'origine de leurs rap[M)rts. Le Recueil fut entre eux un lien considérable. Caylus a su, quoi qu'on ait dit, reconnaître les services de 15arthélemy par ses fréquentes et loyales déclaralions. Mais il importe de marquer que cette liaison ne fut ni une amitié comme celle de Caylus et de Mariette, ni même un attachement dévoué comme celui de Cavlus et de Paciaudi. Tout se borna à un échange de bons j)rocédés et de services. Chacun, lors môme qu'il parait se donner, ne se livre pas. l^arthélemy traite le comte avec des égards qui excluent Tintimité; ses plaisanteries mêmes, toujours charmantes, parfois piquantes, ne sont jamais familières. Au fond, on sent qu'il fait ses réserves : ses hommages vont |dutot au rang du comte qu'à sa science. Quant à Caylus, il se sent vaguement jugé ' : cet homme qui « en sait tro}) long pour lui » le traite en personnage, non en confrère ; en grand seigneur, non en savant. Caylus lui doit beaucoui), et s'acquitte de son mieux envers lui : mais il n'est pas sans inquiétude pour l'avenir. En attendant, ils travaillent de concert, tous deux animés d'un sentiment

Cahinet des nuMiaiUos, dès 1745. — Barthélemv, arrivé à Paris depuis dix-liuil mois seulement, avait alors trente-deux ans. {lUst. du Cah. des meddiUes. par Marion du Mersan, 1838, p. 159.)

1. Barthélémy à Paciaudi : « Je ris de bon Cd'ur toutes les fois que vous vous adressez à lui pour avoir son sentiment sur des inscriptions et autres choses semblables : il est vrai pourtant que vous lui devez des égards pour ses attentions, et qu'après tout cela l'amuse. » (Dans la Corr. de Layliis |>ar Ch. Nisard, lettres de Barthélemv, XIII, 18 décembre 1758.)

CAYLUS ANTIQUAIRE

qui les rapproche plus que tout le reste, l'amour désintéressé de la science, le dévouement le plus absolu k la Compagnie dont ils sont membres, la foi dans ses destinées.

Nulle part ce sentiment n'éclate mieux que dans les lettres adressées d'Italie par Barthélémy à Caylus, et que Sérieys a publiées sous le titre de Voijaye en Italie \ On sait les circonstances de ce voyage. Barthélémy, adjoint dès 1745 au gardien des médailles, de IJoze, fut, à la mort de celui-ci, en 1753, désigné pour lui succéder. Quelque bien préparé qu'il fût pour cette tâche, il voulut s'en rendre plus digne, et entreprit, aussi bien pour l'enrichissement du cabinet que pour sa propre instruction, le voyage d'Italie ^ Le moment était bien choisi. Après de Brosses, après l'expédition artistique de Marigny avec Cochin, Soufflot et Le Blanc, Barthélémy devait trouver toutes portes ouvertes, ne chercher qu'à coup sur, et faire profiter la science française en profitant lui-même. Les premières fouilles d'IIerculanum, où il put jeter les yeux, complétaient cet enseignement en lui permettant de pressentir une antiquité nouvelle. Aussi ce voyage, sans faire précisément époque dans l'histoire de l'archéologie, fut-il un événement. D'ailleurs Barthélémy, accueilli par le pape Benoît XIY, par les cardinaux, par les académies et les savants comme une puissance, et non sans raison, avait pleins pouvoirs, quoique sans mandat officiel. Ce u long abbé » a la main partout : à Rome, à Naples, à Venise, à Parme. Il visite, complimente, juge les hommes et les travaux d'un mot, d'un coup d'œil, avec une urbanité aisée, une bonne grâce qui n'excluent ni la fermeté, ni l'adresse. Il achète, troque, échange des médailles pour le Cabinet; des livres pour la

1. Voijage en Italie de l'abbé Barthélémy, par Sérieys, 2*= édition, 1802. — Le manuscrit de Barthélémy, prêt pour l'impression, a été retrouvé à la Bibliothèque de la Sorbonne par M. Charles Henry.

2. Voir, ]>our les détails, Essai sur la vie de Barthélémy, par le duc de Nivernois, dans les Œuvres diverses de Barthélemv, XCII et suiv.

ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLUS-

Bibliothèque; des objets d'art pour Jes curieux ses amis. Il emporte et répand avec lui le bon renom de la France : il popularise nos hommes, nos découvertes. Dans ses bagages sont des répétitions de la Mi?ierve de Vien peinte à Tencaustique : au lendemain de son invention, Caylus, sage administrateur de sa renommée, n'a garde de laisser échapper occasion si belle. Mais surtout, mais avant tout, Jiarthélemy travaille pour l'Académie des inscriptions^ dont il semble être l'homme de confiance. Il agit à la façon d'une éminence italienne, signalant les mérites, proposant ses candidats, poussant doucement à l'élection des plus capables et des plus dévoués ', rapportant toutes ses actions enfin à ce centre commun qui est désormais pour lui, comme pour Caylus, sa famille scientifique, l'Académie! Ce n'est pas ici le lieu de s'étendre longuement sur ces lettres d'Italie. S'il y avait là pourtant matière à digression, la figure sympathique de l'auteur, l'esprit charmant qui anime sa relation, nous excuseraient de reste. Non seulement à l'Académie des inscriptions, où son esprit délié, pénétrant, propre à tout, le tirait de pair, mais en Italie même, sur la terre classique des antiquités et des antiquaires, Barthélémy, par sa finesse et son goût, nous apparaît comme un Grec égaré parmi des Romains.' Il ne disserte pas, il éclaire; il ne dogmatise pas, il sent ^ Son intuition merveilleuse n'est égalée que par sa facilité. Aucun air d'elTort; la profondeur chez lui s'enveloppe de grâce, et, dans ses plus grandes découvertes, il surprend moins encore qu'il charme. Et quelle attrayante compa-

1. A propos d'une sotte élection : u J'étoutTe à cette pensée ». - Sur la candidature de Paçiaudi : . On travaille pour elle (l'Académie), quand on fait de pareUs choix ., etc. (Voyaoe en Italie, 1. XXX, XLVII.) - 1 lit ainsi nommer Gon, Ma/.zocchi, Paçiaudi, etc.

2. « Ce ionj; abbé a une tète bien faite et capable de tout; il a un esprit peroml, une combinaison merveilleuse de connaissances, et à cela

I joint un bon cu'ur, une honnêteté à toute épreuve envers ses amis. . (Paciaudi a Caylus, L. XLI.)

CAYLUS ANTIQUAIRE. 97

gnie! Il sait badiner sans railler, piquer sans blesser. Dès les premières lettres, des traits, des portraits, des scènes, sont pris et rapportés en courant, avec le naturel et le mouvement de la vie. L'émotion personnelle se montre aussi ingénument que le reste. Et l'on voit avec lui cette Rome qui r « accable », ce peuple de savants complimenteurs et paresseux, ces marchands vantards et voleurs chez qui « tout est stuj)e?idissimo,jimiii'k leurs prétentions », cette colonie d'artistes et d'amateurs français groupée à Rome autour du comte de Stainville, bref l'Italie des délicats et des extravagants, des Albani et des Baïardi, où l'archéologie fait fureur, où l'occupation d'un Barthélémy et d'un Venuti, le soir, est d'accompagner à son cours d'antiquités la femme de l'ambasseur de France, la jeune comtesse de Stainville, « la plus aimable, la plus honnête petite créature qui soit jamais sortie d'un œuf de fée ' ». Vraiment, plus on lit Barthélémy, plus on s'en éprend, et l'on s'étonne, devant un si agréable sujet d'étude, que personne n'ait songé h le faire revivre autrement qu'en médaillon ^

Ce fut l'époque où les relations enti^e Barthélémy et Caylus approchèrent le plus de l'intimité. Les lettres d'Italie sont pleines d'un amical laisser aller : c'était la pente ordinaire de l'abbé, qui, à distance, laisse courir sa plume avec une sorte d'épanchement. Caylus, dont nous n'avons pas les lettres, dut être de son côté un correspondant très attentif. Nous savons qu'il n'aimait pas être en reste de procédés, et liarthélemy le remercie quelque part « de lui écrire tous les jours quelque chose ». Caylus marque ainsi de son mieux sa gratitude. Elle pouvait être grande en elTet. Car, si Caylus attendait beaucoup du

l. Walpole.

^^•hmi!'t!r'r' '■'""'"' \"' ^'^- - ^'' '•="'•«' '"« Barthélémy à J-aua.i.li sont données pour la première fois par M. Cli. Nisard (oi> ci^^

Les Goneourt en avaient pnblié de conrls fragments dans l' Vppendice de leurs l'oilraits iiHbnes du XVIll' siècle. ans i .iiipenuice de

MWn>iitTiii>*i** f II ~ 1 1

ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLUS

voyage d'Italie pour son instruction, il reçut plus encore. Barthélémy lui cherche non seulement des antiquités, mais un antiquaire à son usage; — non seulement il lui facilite les voies pour ses achats, mais, pour tout dire d'un mot, il lui trouve le correspondant dévoué des neuf dernières années, — le père Paciaudi.

Le moment, pour Caylus, était décisif. C'est celui de sa plus grande activité. 11 a pris rang à l'Académie parmi les plus chercheurs. Nul n'a plus soulevé, sinon résolu de prohlèmes, tenté, sinon frayé de voies nouvelles. Si l'on excepte l'épigraphie, où il n'entendit jamais grandchose, et la céramographie, alors connue [)ar de rares et médiocres échantillons , nul n'a plus fouillé, retourné en tous sens le champ de l'archéologie. Architecture, sculpture, peinture, toreutique, glyptique, restitutions de monuments, de procédés disparus, tels sont les sujets dont il s'est emparé simultanément, avec sa fougue ordinaire. Plus de trente mémoires ou communications sont déjà venus grossir le recueil de l'Académie, sans parler du reste. Il a restitué le tombeau de Mausole et le théâtre de Curion, retrouvé la peinture encaustique. Il a fondé un prix annuel i)Our le meilleur mémoire sur un sujet d'archéologie. Il a été chargé trois fois de la lecture en séance publique. Il a fait lui-même les honneurs de son Cabinet à l'Académie par des communications qui ont décidé celle-ci, sur le rapport de deux commissaires, de Boze et Sallier, à prendre en quelque sorte le Recueil d'antiquités sous son patronage '. En même temps il fait profiter les artistes de ses études sur les textes, et s'avance

i. Proch-verbal ni$. (séance du 18 février l"o2). — Séance du 11 août, rapport de la commission : « Ils ont dit que, l'ayant lu et examiné avec toute l'attention qu'il mérite, ils l'avaient jugé très capable de faire honneur à l'auteur et à l'Académie. En conséquence de ce rapport et de leur approbation par écrit remise sur-le-champ à M. le secrétaire perpétuel, la Compagnie a cédé son droit de privilège à M. le comte de Caylus. » Le 1" volume fut présenté par Caylus le 11 novembre 1152.

CAYLUS ANTIQUAIRE. tjg

ainsi sur deux voies parallèles : les Taô/eaux d' Homère et de Vu^gile sont distribués en 1756. Il commence aussià s'occuper de la province ; il connaît les principales collections, les endroits à fouiller et à sonder. On sent que son influence grandit tous les jours au sein de la Compagnie : c'est tout un réseau d'études qu'il embrasse, toute une brigade de travailleurs qu'il dirige , élèves chez lui , amateurs au dehors. Là, comme ailleurs, il devient centre : par le zèle l'in-éniosité, la dépense, il passe au premier rang. Il a la main dans les élections. Il fait nommer correspondant le collectionneur Cary , de Marseille ^ ; sur la recommandation de Barthélémy, il présentera et fera agréer Paciaudi. — Une fois entré dans ces travaux, il n'en sortira plus Sa vie elle-même change insensiblement. Ses occupations gravitent autour de son Cabinet et de l'Académie, vont de sa table d'expériences au Cabinet du roi. Dès 17oo, il fait h celui-ci une première donation, et comme un premier versement d'antiques ^ Une fois l'objet décrit, dessiné, expliqué, il n'y lient plus et court à d'autres. Il a donc fait place nette chez lui, vidé ses vitrines de tout ce qui s y accumule depuis vingt-cinq ans. Il ne demande qu'à recom"mencer. Encore faut-il le pouvoir. Et c'est ici qu'apparaît l'immensité du service rendu par Paciaudi. Où Paris ne peut plus, l'Italie donnera; où Mariette, l'ami fidèle, où Le Beau, le confrère et le commensal du vendredi, sont impuissants, Paciaudi pourvoira.

C'est donc à point nommé que Barthélémy lia deux hommes qui devaient si bien s'entendre, si bien se servir l'un l'autre, et l'un de l'autre. La correspondance, dès lors engagée avec empressement par l'Italien, avec quelque méfiance par le Franç<ais ^ ne se ralentit pas un instant

Page 1