‹ De M. Fabio Quintiliano [microform], L. Annaei Senecae judiceChapitre 192 sur 236 · Corr., 1. III · texte numérisé non relu

Corr., 1. III

plexe et délicate entre toutes; car, si la méthode parle en quelque sorte aux sens, l'objet lui-même, c'est-à-dire sa forme, ne parle qu'à l'esprit : l'opérateur devra donc se distinguer par le goût non moins que par l'adresse, sans quoi il portera des jugements faux sur des résultats vrais, et il y aura constant désaccord entre ces trois instruments dont l'harmonie parfaite peut seule former l'antiquaire, la main, l'œil et l'esprit.

Au cours du long interrogatoire qu'il fait subir aux monuments, Caylus est mis sur la piste de mainte découverte. Les problèmes d'art qu'il aimait à poursuivre dans les textes, il devait les rencontrer aussi nombreux dans les monuments. S'ils sont aussi piquants, aussi instructifs (jue ceux des mémoires, en revanche ils ne donnent lieu à aucune observation nouvelle *. Pour cette raison, nous ne reviendrons pas sur un genre de travaux dont nous avons parlé précédemment. Mieux vaut signaler tout de suite les questions sur lesquelles Caylus tire de sa méthode des résultats absolument nouveaux.

La première question qu'il résout est celle de l'authenticité des monuments. Délicat entre tous à cause de la prodigieuse habileté des faussaires, et non moins capital pour la démonstration de la méthode, ce point est louché par Caylus avec une grande sûreté. D'ordinaire, l'examen attentif de l'objet lui suffit : son rare coup d'œil lui en dit plus que les rapports circonstanciés des experts. Mais celuici semble-t-il suspect? Il le soumet à une série de manipulations qui déjouent la plus habile supercherie. Tel se dis-

1. Caylus étudie ainsi le verve sous ses difTérentes formes avec Majault (I, 203 et suiv. ; II, 355-363); ou l'or et Vargent en composition avec le verre (III, 193 20o), etc.; avec Majault encore, les moules de terre (IV, 343-354); avec Roux, la composition des anciens miroirs (V, 174-176), etc., etc. Il serait superflu d'allonger cette liste. On a déjà dit à ce sujet l'essentiel dans le chapitre précédent.

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ESSAT SUR LE COMTE DE CAYLl'S.

sont dans le bain où on l'a plon-é; tel autre, éprouvé par la sonde ou le feu, se dépouille des allrihuls postiches dont l'avait paré un malin brocanteur. Un petit monument é-vplien montre ainsi des parlies de plomb a^ec des i)arties de cuivre sous le noir de fumée dont on Ta patiné *. Les vernis noirs recouvrent souvent quelcjne imposture, et Caylus ne s'y lie ^«uère. D'habitude, les objets reprenmmt, (piand on les en a débarrassés, un vert-de-gris naturel \ D'autres fois, cesl ce vert-de-gris lui-même qu'on imite par des préparations dont la découverte n'est pas sans danger. Ainsi du sphinx décrit au premier volume, présent de Maurepas à Caylus. Une croûte épaisse le recouvrait. Cavlus le fait passer au feu : le fondeur s'évanouit, à moitié asphyxié parles va[)eurs, des oiseaux en cage meurent étoutles. Enlîn l'objet reprend une belle couleur verte, et Caylus l'olfre à son tour sous son nouvel aspect à Maurepas, qui en fait rorru'ment de son bureau ^ Cràce à ces précautions, Caylus a été ranti([uaire le moins trompé de son temps, et il a indi(pie aux autres le moyen de se garder des supercheries. Mérite non méprisalde : c'est hien assez des erreurs que l>»'iit suggérer l'étude d'un monument authentique, sans que la mauvaise hd des faussaires en accroisse le nombre. L'authenticité d'un objet établie, les caractères intrinsèipies ne sont pas moins bien étudiés. D'abord la matière : est-ce le cuivre, le fer, le bronze, la terre, i! importe d'en connaître la qualité, la dureté, le grain, le poids, d'entrer dans le secret de la fabrication, de décrire celle-ci ou de la restituer. La (|ueslion i\\v^e po,jrra être ainsi souvent [)osée, parfois résolue, (iràce à celle-ci, on sera frappé de l'analogie de certains procédés chez divers peuples. De là des questions, des suppositions. Un grand nombre d'ob-

jets de même nature trouvés dans un même endroit fera croire à une fabrication indigène. Si riiistoire n'en parle pas, nouveau champ pour l'hypothèse. Comment se fait-il, par exemple, que l'on trouve au nord de la France des poteries absolument semblables à celles que l'on fabrique à Nîmes? Car Nîmes fabrique, voici des moules authentiques avec leurs marques particulières '. — Les ditïérenccs prêtent aussi bien à l'interprétation que les ressemblances. A force de comparer, de l'approcher, on dislingue des groupes, qui parlent à l'imagination. Tantôt c'est le pourquoi des choses ({ue l'on cherche et tantôt c'est le comment. Un j)oint de numismatique est éclairci par la découverte d'un coin, grâce auquel Caylus frappe des monnaies en tout semblaldes à celles que l'on frappait seize cents ans auparavant -. Plus notables encore sont les pages où (Caylus décrit avec brièveté, mais avec précision, la technique des vases peints ^ Ceux qu'il possède sont à la vérité d'un art médiocre et peu comparable à ceux que d'Iïancarville, dans son fastueux ouvrage *, prend plaisir à nous décrire. Cependant ce dernier ne nous apprend rien de nouveau sur leur fabrication, et son dédain pour cette portion de l'uîuvre de Caylus est tout à fait déplacé. Hatons-nous d'ajouter qu'il sait lui rendre ailleurs la justice qui lui est due ^

A[uès la matière, la forme. Elle suffit souvent, dit Caylus, à révéler l'usage de l'objet. D'où la nécessité de la décrire avec la dernière exactitude, d'en interpréter tous les

\. /îecî^e//, II,3oO et suiv. Caylus revient souvent sur celle question dans ses lettres à Séguier. {Mss. inédits de la Bibl. d'Avignon.)

2. Uec.^ 1, 28i-2*Jl. Sur la composition de certaines monnaies gauloises, voir le rapport de M. de Que vannes, essayeur général des monnaies de France, l. VI, 331.

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