‹ De M. Fabio Quintiliano [microform], L. Annaei Senecae judiceChapitre 57 sur 236 · Mém., III, loo-loG · texte numérisé non relu

Mém., III, loo-loG

6 ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLUS

que, durant sa dévotion janséniste, tout semble rapprocher Mme de Caylus de l'oncle de ses enfants : après, nous voyons clairement que tout l'en détache. La même correspondance , qui laisse deviner riiarmonie des ])remiers jours, accusa vivement les tiraillements des derniers \

L'époque intermédiaire fut la plus dangereuse h passer. C'était au lendemain de la mort de son mari (fui 1704). La veuve du menin de Monseigneur était réduite à l'état le plus précaire : sans charge, exclue de la cour, à peine pourvue d'une pension de six mille livres, elle n'avait pour l'établissement de ses fds * que le titre tous les jours plus discrédité de nièce de la favorite. Elle était encore jeune, et plus belle, plus spirituelle que jamais. Veuve à trente et un ans, quel usage allait-elle faire de sa liberté? Elle était femme à braver l'opinion, et l'avait prouvé '\ La moindre imprudence pouvait la perdre, et avec elle ruiner ses enfants. Un miracle de sagesse seul devait sauver la fortune chancelante de la famille. On pouvait craindre pour elle : mais elle sentit le danger. Dès lors, elle mit à reconquérir les positions perdues la prévoyance d'une mère et la diplomatie d'un vieux courtisan. Mme de Maintenon, dans cette crise, ne lui épargna pas l'appui de ses conseils judicieux, et non moins sévères. Qu'on en juge :

a A Saint-Gir, ce 30 décembre l"0o.

« Je suis ravie, ma chère niepce, de vous avoir fait plaisir. J'avois hésité entre vos enfants et vous, parce que c'est eux qui sont présentement plus mal dans leurs affaires que vous. Mais j'ai comté sur votre vertu et sur votre ten-

i. Lettres à Mme de Maintenon, dans l'édition précitée.

2. Mme «le Cayliis avait eu cinq enfants. Trois étaient morts en bas âge.

3. On sait qu'une liaison trop publique avec Villeroy était la raison principale de sa disgrâce.

SA JEUNESSE. 7

dresse qui me font espérer que vous serés toujours une bonne mère, et que vous ne serés pas assez folle pour vous remarier. Vives en paix, ma chère niepce, ne reprenés point le monde; choisisses un certain nombre d'amies pour quelque société. Voies peu d'hommes, et que ce peu soient honettes gens. Vives à la vieille mode; aies toujours une fille qui travaille dans vostre chambre quand vous estes avec un homme. Meffiés-vous des plus sages, deffiés-vous de vous-mesme; croyés une personne qui a de l'expérience et qui vous aime. Vous estes encore jeune et belle; au nom de Dieu, ne vous commettes point et ne commettes pas les autres. Occupés-vous de vos enfants; serves Dieu sans [extase] *, ne méprisés personne, ne vous enteslés de rien; suives la voye commune. Ne vous eslevés point; soies simple, et pardonnes à ma tendresse cette petite instruction *. »

Voilà, dira-t-on, une « tendresse » qui s'exprime assez rudement. Une telle leçon suppose deux fortes âmes, l'une pour la donner, l'autre pour la recevoir. Au surplus, la gravité des circonstances pouvait autoriser cette hauteur de ton, et l'imprudente Caylus, au temps orgueilleux de ses triomphes, l'avait entendue résonner plus d'une fois. Avec un peu d'humilité chrétienne, elle pouvait à la rigueur se reconnaître dans cette sorte de portrait à contre-épreuve tracé par un censeur austère. La mercuriale produisit-elle l'effet attendu? ou même n'était-elle déjà plus nécessaire? En tout cas la charmante veuve ne paraît plus tentée d'au-

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