L. LVII
ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLUS-
heures, tout part; je demeure seule dans ma solitude. J'ai retenu une fois Mme de Barneval et M. d'Auxerre, plus pour mon fils que pour moi : il est si assidu à me tenir compaii^nie, je crois ([u'il lui est si bon qu'il s'en fasse une habitude, que j'ai grand soin (ju'il ne s'ennuie pas trop\ » Crainte superflue : prévoir, c'est prévenir. Et les jours coulent, exempts désormais d'amertume, sinon tout à fait de déceptions : « Yoilà où j'en suis, avec beaucoup d'autres choses peu agréables; mais je suis contente de mes enfants, et fort tranquille chez moi ». Et enfin, comme pour se résumer : « Je suis contente de mon fils aîné : c'est un honnête homme et un aimable ami^ ».
On voit ainsi se former, à la faveur d'une aide et d'une sympathie réciproques, le lien particulièrement doux et fort qui unit ce fils homme déjà à cette mère encore jeune, en qui l'affection la plus solide se relevait encore de grâce et de charme. Il n'est pas indifférent d'autre part, pour comprendre le caractère complexe et en général mal connu du comte, de voir dans quel militu il s'est formé, quel air il a respiré, de quel esprit il s'est imbu de bonne heure. Cet humble logement du Luxembourg, avec ses chasselas grimpants aux fenêtres, ses écuries vides et son petit entresol encombré, a vu déhler assez de grandeurs déchues pour donner h penser an philosophe. A l'arrivée de son fils, Mme de Caylus conserve encore la plupart de ses relations. Pour ce qui la regarde, « elle ne craint ni ne cherche la solitude ». Mais on vient volontiers à elle, et au début elle trouve même que l'on vient trop; plus tard, elle s'en accommodera, et parlera volontiers de « sa cabale » et de « ses maréchaux ». Ce n'est pas un salon qui se tient chez elle; encore moins une coterie. Son appartement est un lieu de rencontre où, au hasard des événements, passent et repas-