‹ De M. Fabio Quintiliano [microform], L. Annaei Senecae judiceChapitre 84 sur 236 · L. Pérey et G. Maugras, Jeunesse de Mme d'Epinay · texte numérisé non relu

L. Pérey et G. Maugras, Jeunesse de Mme d'Epinay

ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLUS

CAYLUS ET LA SOCIÉTÉ DE SON TEMPS

Lure ne laissait pas d'être divertissant. Mais, d'autre part, ces nouveaux venus pouvaient être gênants, maladroits, user de familiarité, ou s'en faire un moyen de parvenir. Aussi ne fraternisait-on guère qu'en mauvais lieu. La flatterie même ne savait dérider le masque impassible que Caylus se fait avec eux. Cet aristocrate en gros souliers a d'ailleurs, pour les écrivains de profession, un dédain qui sent tout à fait son grand siècle. Voltaire s'étant un jour avisé de le louer dans le Temple du Goût, il manifeste hautement son mécontentement. Voltaire s'en émeut; il craint de n'avoir ni assez bien, ni assez longuement loué. En plat courtisan, il compose tout un (jualrain nouveau (pi il insère dans l'édition suivante ', et qu'il soumet, — il faut voir de quel air déconfit! — à l'approbation de Caylus. On devine comment il est reçu. La réponse du comte est d'une tranquille et froide ironie; le dédain n'y est pas si enveloppé de politesse qu'on ne le sente pourtant à fleur de peau : « Un homme simple, retiré de toute afl'aire, n'aime point que le public parle de lui ». Si Voltaire veut

1. Cette anecdote n'a jamais été très exactement racontée, même par M. Moland et M. Raunié. C'est bien la V' édition du Temph du Goût (ciiez Hiérome Print-All, 1T33) qui contient le vers unique :

Chuntez, Brassac ; gravez, Caylus ;

c'est bien la seconde ou la r,vnptession iV Amsterdam, 1737 [Édilion véritable donnée par l'auteur, dit le titre), qui porte le quatrain (lui vient en seconde rédaction :

Cailus, tous les arts vous chérissent.

Il (le dieu du Goût) conduit tes brillants desseins,

Et les Haphaëls s'applaudissent

De se voir graves p;ir les mains.

M. Moland {Volt., VHI, 599, et XXlll, 302) et M. Raunié {Chansonnier hist., VI, 57) disent le contraire. Il est vrai »iue l'aflirmation de Sérieys les a induits en erreur. {Lettres inédites de Henri IV et de plusieurs personnaqes, etc. de Voltaire, du comte de Caylus, etc. 1802.) 11 est probable que, malgré la promesse de Voltaire à Cavlus, on ne put mettre un carton à l'édition d'Amsterdam. — En tout cas, tout disparaît en 1748. — Mais combien n'est-il pas plus pitjuant de voir cpie Voltaire n'a pas procédé par restrictions successives? 11 écrit par politesse un vers prévenant; par courtisanerie, il enfle ce vers en ([uatrain amphigourique; par dépit, il supprime le tout.

absolument le louer, il préfère « rester comme il était »; il décliue en tout cas des éloges nouveaux dont l'exagération n'est pas sans donner prise au ridicule « et que ni mort ni vivant n'a jusqu'ici mérités ». Au reste, ce serait l'obliger complètement que de « tout supprimer ». C'est ce que Voltaire se décide à faire, non pas tout de suite, mais plus tard, quand le bruit des cbansons auxquelles cette cruelle petite aventure donna naissance fut un peu apaisé \ Ne croit-on pas entendre quelque Alceste de haut étage dire à l'imprudent qui se croyait adroit :

Résistez à vos tentations :

Dérobez au public nos occupations?

Voltaire n'oubliera jamais qu'on a refusé son encens.

Si Caylus se défiait des gens de lettres (et non sans raison, comme on le verra plus loin), il se montrait bien plus liant avec les artistes. Admirablement préparé à les

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