LE VOLTAIRIEN
Le VOLTAIRIEN. — Hum ! vous ne m'aviez pas prévenu qu'il y avait tant de prêtres dans ce pays-là.
Moi. — Qu'eft-ce que cela vous fait ?
Le VOLTAIRIEN. — Vous savez que je ne peux pas sentir ces oiseaux. G'eft plus fort que moi.
— Allons, bon ! un capucin qui vient à droite'. Prenons vite à gauche.
Moi. — Mais cela nous dérange de notre itinéraire.
Le VOLTAIRIEN. — Oh! un simple crochet.
- Moi. — Voilà cinq ou six crochets que vous nous faites faire. Je ne reconnais plus mon chemin.
Le voltairien. — Pourquoi diable aussi pleutil des calûtins? Gela m'enrage de voir ces fainéants en robe noire ! Eft-ce que tous ces bras ne seraient pas mieux employés à cultiver la terre, je vous le demande?
Moi. — On a écrit sur ce sujet.
Le voltairien. — Yous ne savez que railler, vous. Vous êtes bien heureux. (Tressaillant.) Un autre maintenant! Là-bas, en face de nous. Qu'eft-ce que c'eft que celui-là, un carme ou un cordelier?
Moi. — Un dominicain.
Le voltairien. — Comme il ferait un beau carabinier ! Retournons sur nos pas.
Moi. — Ah non! cette fois; non! non!
Le voltairien. — Alors je. vais Texorciser avec quatre vers de la Pucelle.
Moi. *- Voyons, Chagornac, ne nous compromettez pas.
Le voltairien. ~ Au moins j avez- vous un morceau de fer sur vous, une clef, n'importe quoi? Fouillez dans vos poches, fouillez promptement; le voilà qui approche.
Moi. — Je n'ai que ma lime à ongles.
Le voLtAiRiEN. — Donnez. Il ne faut jamais manquer de toucher Un morceau de fer lorsqu'un curé passe auprès de Voua; cela éloigne le mauvais sort*
Moi. — Ah ! enfin, voici la cathédrale!
Le voltairien, bondissant. — Eft-ce que vous allez entrer là-dedans?
Moi, — Puisque nous avons fait le voyage tout exprès... Et vous?
Le voltairien. — Moi ! mettre le pied dans le temple de la superftition & du fanatisme!
Jamais!
Moi. — On ne vous force pas à vous confesser; vous regarderez les vitraux.
Le voltairien, -— ^ Jamais! Je vous attendrai dehors, en fumant un cigare.