SOIRÉE AU THÉATRE APOLLO
J'avais au fond des veux rapporté de Florence Une image, — de marbre, et la blanche apparence Souvent en s’animant, avait ressuscité,
Pour moi, les temps pervers de la grande Cité,
Le marbre ayant l’orgueil de s'appeler Julie.
Je songeais ce soir même, en la salle remplie,
Au monde qu'en soleil ce buste impérial
Eclairait, centre, ainsi qu'en un système astral.
Et la salle parfois s’écroulait, grande ouverte
Sur le passé; j'aimais à voir la ville inerte S'emplir du peuple ancien qu’évoquait mon effort, Et le passé vivant faisait le présent mort.
Mais prodige! de l'ombre, en sa luxuriance
Jeune encore et décente, une femme s’avance
Vers le bord d’une loge, et, — je l’ai reconnu, — C’est le marbre aux traits doux, c’est le marbre au front nu Aimé de Marcellus, Julie avant Tibère.
Et maintenant la salle entièrement s’éclaire,
Et je comprends Ovide, et que du Panthéon
Un gendre à l’empereur ait cru faible le don.
Rome, 2 décembre 1865,