SOIRS À ROME
J'ai gravi bien souvent, jusqu’au plus haut palier, En avant de Santa-Trinita, escalier
D'ou l’on découvre, avec ses poëmes de pierre, Toute Rome, du mont Pincio jusqu’à Saint-Pierre.
Quelquefois je montais à l'heure où le soleil
Se fait de l'occident un pavillon vermeil,
Et, prodiguant le feu dans les tons qu'il mélange, Détache sur fond d’or l’œuvre de Michel-Ange. Lorsque je m'interroge encor, je ne sais plus
Ce qui levaiten moi de sentiments confus
Quand la nuit lentement chargeait le Janicule Et que je m’attachais au fuyant crépuscule, Sentant que j'assistais de même au long déclin De Rome, astre où s’est clos le cycle sybillin ; Mais il me semble encor voir, en symbole, naître L'étoile, et l'œil humain luire en chaque fenêtre, Et je me souviens bien que, les veux dans le ciel, Je regardais noircir le bleu dôme éternel.
Abbeville, 1868.