AUTOMNE
(PICARDIE
Les feuilles, ces tentures vertes, Laissant les branches découvertes, Ne sont plus que tapis mouvants; Dans les pares plus de voix alertes ; A travers les forèts désertes Décembre a déchainé les vents.
La vue au plus loin égarée Cherche la plaine bigarrée
Et s’attriste au deuil gris des champs.
L'âme se teint de la contrée
Où plus jamais n’est rencontrée
La cigale, la vie en chants.
Miroir vide ! Plus rien n’y passe, Ni l'éclair qui luit dans l’espace.
Ni la fleur qui luit dans les bles; Ni le buisson où s'embarrasse
La ronce mème qui l’embrasse A bras tors, à nœuds redoublés ;
Ni la haie où la blanche épine, Comme une robe d’alépine
Sur un petit cœur très-peurenx, Défend contre toute rapine
Le nid de crins et d'herbe fine Où pondent les couples heureux.
Forêt de Crécv, 1853.