LE CANAL
Les veux tout pleins eñcor du Nil et du Delta,
Nous venions de fouier la terre du dieu Ptah
Et Gizeh, et, sortis des antiques merveilles,
Nous en touchions déjà qui dépassent les vieilles. Nos rameurs soulevaient l’eau qui bientôt joindra Le bleu Poseidôn aux mers vertes d’Indra, Et,songeant aux temps morts, à Thèbe, à Tyr,à Rome, Comme à l’infatigable activité de l’homme,
Nous comprimes qu'il a, cet homme ouvrier-roi, Pour titre souverain de grandeur et pour loi
Le devoir que, d’échec en succès, Dieu seconde, Le devoir sans repos de façonner le monde
Et, quoique ayant plus haut la fin digne de lui, De faire ici-bas vaincre hier par aujourd’hui;
De hâter, sans faillir aux longues espérances,
Le plus qu’il peut, le bris des fers, les délivrances, Et de rendre à ses fils nés pour d’autres travaux Une part de l’Éden reverdi hors des maux;
De lancer en avant vers des jours plus prospères Ce rêve que tournaient vers le passé nos pères Et de ne jamais prendre en dédain cette part
De l’espace où son âme a le point du départ, Cette terre qui tient son enfance en tutelle, Ayant charge d’un jour de sa vie immortelle,
Port-Saïd, 5 septembre 1868.