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Pas de fibule à la chemise. 6. Pas de gibecière

64 Dl* MOSCOU AUX MONTS TATRAS.

dont on puisse dire .qafuRfi seule race les possède d'une feçonexclusive. Les caractères les plus accusés ne permettent de différencier une race que par suite de leur fréquence. 11 n'y a pas que chez les Mongols et chez les Chinois qu'on trouve des yeux obliques; mais c'est chez ces peuples qu'on rencontre le plus grand nombre d'individus possédant de tels yeux, et par suite de sa fréquence, ce caractère acquiert, au point de vue des classifications, une grande importance. De même pour toute autre particularité, le prognathisme ou la saillie des pommettes, par exemple. De tels signes ne sont l'apanage exclusif d'aucun peuple, puisque en réalité on rencontre chez tous des individus qui les possèdent. Leur fréquence seule est l'apanage de certaines races.

Gomme conclusion de ce chapitre, nous pouvons dire que les différences anthropologiques constatées entre les Podhalains et leurs voisins, notamment le développement de leur crâne, la constance de leur brachycéphàlie, la fréquence des cheveux noirs et des nez aquilins, l'existence d'un type physionomique spécial sont aussi grandes que celles constatées entre les races européennes que la science se croit le mieux fondée à séparer, les Celtes et les Juifs, par exemple. Nous nous croyons donc également fondé, en ne nous basant même que sur les caractères anthropologiques et en laissant de côté les différences psychologiques à considérer les Pçdhalains des Tatràs comme constituait une race spéciale différant nettement de toutes les races envitonnantes.

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DR MOSCOU AVX MONTS TATRAS. 85

g 7. Cteflimeat I» **ee actuelle ta Podhale a pu me former.

Facteurs divers qui ont pu concourir à la formation d'une race nouvelle dans le Podhale. — Influence du milieu et de la sélection. — Conditions dans lesquelles les influences de milieu peuvent agir. ' — Elles

. n'agissent pas sur des races chez lesquelles l'hérédité a fixé les caractères, mais seulement sur des agglomérations d'individus possédant des aptitudes héréditaires différentes. — En quoi les ancêtres des Po'dhalains se sont trouvés dans ces conditions. — Résultat de l'isolement prolongé des Podhalains et de leurs croisements exclusifs entre eux. — Comment il est possible de déterminer l'origine de quelquesuns des peuples qui ont contribué à former les Podhalains. — Mécanisme probable de la formation de la race actuelle.

Le fait que les montagnards du Podhale constituent une race nettement différente de toutes les races voisines étant démontré, il nous reste à rechercher quelles sont les conditions de milieu, de croisement, d'immigration, qui ont pu lui donner naissance.

Parmi les iufljieaces que je viens d'énumérer chacune sans doute a eu sa part et d'une façon directe ou dé" tournée : le milieu surtout a eu la sienne. Nous avons déjà montré en quoi le milieu où vivent les Podhalains, leur régime alimentaire, leur genre de vie, diffèrent de ce qu'ils sont dans les populations voisine?. Nous avons notamment vu que l'infécondité du sol obligeait les habitants à se livrer à des industries variées exigeant toutes les ressources de leur activité : que cependant les conditions d'existence étaient si difficiles et JLe climat si rigoureux, que la plupart des enfants succombaient, et que ceux seulement possc*** saurs d'une constitution très vigoureuse pouvaient résister* Dans des conditions pareilles» tous les êtres faibles, chétifs, incapables, que les institutions philanthropiques de nos civilisations occidentales empochent s^uies 4e disparaître, sont fatalement condamnés k ffuccember. Une sélection semblable, répétée pendant des siècles sur les enfants et sur les adultes, devait contribuer à former, par la lento

accumulation des qualités acquises à chaque génération, la race vigoureuse et intelligente que nous ayons observée. C'est en partie par un mécanisme analogue qu'on pourrait expliquer sans doute la formation de l'Anglo-Américain actuel. Dans cette lutte contre la nature qu'entreprenaient les premiers pionniers américains, il fallait vaincre ou périr. Seuls les plus vigoureux, les plus intelligents, les plus capables, pouvaient triompher et léguer à des descendants les qualités qui les avaient fait vaincre.

Le milieu et la sélection seraient donc, à mon avis du moins, des facteurs importants de la formation de la race vivant actuellement au pied des Tatras. Mais il ne faut pas oublier que le milieu ne peut agir que dans certaines conditions spéciales, très souvent méconnues. Si le milieu est un facteur puissant, l'hérédité, qui représente des aptitudes accumulées pendant un passé d'une immense longueur, est un facteur bien plus puissant encore. De nombreux exemples historiques prouvent que, quandjjinejrace es t anci enne, les caractères fixés par l'hérédité sont tellementjitabtej M désormais sans action sur

elfe, et gue cette race périt plutôt que de se transformer. (Test ainsi que sous toutes les latitudes, les fils d'Israël conservent leur type invariable; c'est ainsi encore que le sol brûlant de l'Egypte a été impuissant, malgré son énergie à transformer les races trop vieilles qui l'ont successivement envahi, et qui toutes y ont trouvé leur tombeau. L'hérédité seule est assez puissante pour lutter contre l'hérédité, et c'est pourquoi les milieux ne peuvent guère agir que sur des races nouvelles, c'est-à-dire sur des races résultant de croisements entre peuples différents, possédant des aptitudes héréditaires différentes. Dans des conditions semblables, les influences si lourdes du passé se trouvant annulées ou dissociées par des influences héréditaires d'un poids égal, le milieu n'a plus alors à lutter contre elles et peut librement agir.

La population du Podhale s'est-elle trouvée dans ces conditions où les milieux peuvent agir puissamment ? Estelle en un mot le produit de croisements à une époque antérieure entre éléments fort différents ? 11 me paraît évident qu'il a dû en être ainsi. Aujourd'hui que cette population est assez nombreuse pour se suffire, elle ne se croise plus avec d'autres, et, à force de se mélanger de plus en plus avec elle-même et de subir l'action des mêmes milieux, elle tend à devenir homogène. Mais à une époque antérieure, alors que les régions escarpées et si difficilement accessibles des Tatras servaient d'abris à tous les aventuriers des contrées voisines qui, pour des raisons diverses, avaient besoin d'un refuge, tous ces individus d'origines si différentes devaient forcément se mélanger sans cesse. On reconnaîtra que des éléments bien variés ont dû être en présence en se rappelant combien sont diverses les nationalités qui entourent les Tatras, et combien nombreux les peuples qui ont envahi cette partie de l'Europe depuis les primitifs Aryens et depuis les hordes d'Attila.

Pour compléter l'étude qui précède, il faudrait déterminer les éléments qui ont pu contribuer autrefois à la formation de la race actuelle. Bien que la solution d'un tel problème ne soit peut-être pas insurmontable, je ne la crois pas actuellement possible, car il n'existe aucun document historique nous permettant de savoir de quelle façon le peuplement des villages s'est effectué.

Mais, à défaut de documents historiques, les ressources combinées de l'anthropologie, de la linguistique et delà psychologie nous permettent de fonder des conjonctures peu éloignées sans doute de la vérité sur les éléments qui ont contribué à former la population actuelle du Podhale.

Le nojajLjiEtncipal des Podhalains a été selon toute vraisemblance formé de Polonais. Ils s'y rattachent par plusieurs caractïfèr'^ycTioiogiques et parlent du reste leur langue:

À ce noyau primitif de Polonais se seraient mélangés les populations si variées dont je parlais plus haut. Parmi celles qui ont dû jouer on rôle important, on peut je crois mentionner tout d'abord les Slovaques. Slovaques et Podhalains forment aujourd'hui, comme je Tai dit, deux peuples nettement séparés ne se croisant plus, mais il me paraît évident qu'il n'a pu en être toujours ainsi. J'en trouve la preuve dans ce fait, que Ton rencontre quelquefois dans le Podhale, notamment dans le village de Koscielisko, un des plus rapprochés précisément de la frontière hongroise, des individus à haute taille, assez semblables aux Slovaques, et qui contrastent par cette stature élevée avec leurs compatriotes à petite taille : ce sont sans doute des influences ataviques qui font reparaître dans la race actuelle des formes aneestrales, que des croisements avec dès éléments nouveaux tendent de plus en plus à faire disparaître.

La probabilité de l'influence du sang slovaque à une époque plus ou moins lointaine est confirmée encore par les indications linguistiques. La langue parlée dans le Podhale est le polonais, m ais l'infl uence du Slovaque y est prouvée par l'altération de certains mots, notamment par l'abandon 3es voyelles nasales, et l'emploi de signes phonétiques propres à la dernière de ces langues : tel est par exemple l'emploi fréquent de la lettre H au lieu de la lettre 6; par exemple: hruby au lieu de gruby S la voyelle a remplacée par la voyelle e comme dans czerny, la vojelle o remplacée par a ou e comme en slovaque (zlatoaenka, etc.). Le verbe être est soufrent conjugué à la façon slovaque par exemple ja $em (je suis) au lieu de ja jestem, ty sy (tues) au lieu de ty jetiei. Enfin un certain nombre de mots comme czesta

Je dois cette précieuse information à M. le professeur Ropernicki. Il a bien voulu me la communiquer sur la lecture de mes épreuves pour confirmer mon hypothèse, qu'il partage entièrement, de l'influence à une époque antérieure dont il n'existe, du reste, aucun témoignage historique, du mélange des Podhalains avec les Slovaques. ;

(chemin)* bran frontière, etc<> «ont purement slovaques, . La psychologie nous offre également de précieuses ressources dans ce travail de reconstitution si difficile. Les Podhalains, avons-nous dit, sont lettrés, musiciens, poètes etjortfceiïgieux. Le milieu, — surtout urfmilieu aussi rigoureux que celui du Podhale, — ne crée guère de telles qualités. Il est donc probable que l'hérédité seule peut les avoir produites : or, parmi les races qui entourent le Podhale, il n'y a guère que les Ruthènes possédant ces aptitudes. Elles s'associent chez eux à une nature assez capricieuse, à une absence d'énergie, d'activité et de persévérance qui sont l'opposé des qualités que possèdent les Podhalains; mais ces qualités contraires possédées par les Podhalaius ont pu être acquises par les conditions d'existence que nous avons signalées ; c'est donc à l'influence du sang ruthène que nous serions disposé à attribuer les premières.

En ce qui concerne l'existence du type physionomique à face allongée, et surtout à nez aquilin, il faudrait aller le chercher, je crois, daûs des régions de l'Europe, situées au sud des Tatras, et à une distance déjà bien éloignée de ces montagnes; mais, faute de documents pour justifier cette hypothèse, je «ne bornerai à la mentionner.

Quant au développement si remarquable du crâne chez les Podhalains, il ne nous semble pas le résultat d'aucune influence ances traie, mais bien la conséquence forcée de l'exercice continuel de l'intelligence et de l'activité des Podhalains. C'est un fait élémentaire en physiologie, que les organes exercés se développent; moins que tout autre le cerveau ne saurait échapper à cette loi.

Je n'insisterai pas davantage sur les conjonctures relatives à l'origine des éléments qui ont pu contribuer autrefois h former les Podhalains actuels. Tout incomplètes qu'elles puissent être, elles suffisent à montrer quelle lumière les méthodes scientifiques actuelles peuvent jeter sur les ori-

gines d'un peuple, alors que la tradition et l'histoire se taisent entièrement sur elles. Le seul fait que je veuille retenir, parce qu'il me semble bien démontré, est la formation actuelle au pied des Tatras d'une race nouvelle très différente de celles qui ont contribué à la former. L'existence de cette race repose sur des faits d'observation précis, et je pense qu'elle sera considérée comme prouvée par la lecture de ce travail Quant au mécanisme de sa formation, je ne le présente que comme une hypothèse, mais comme une hypothèse qui s'appuie sur des indices si nombreux, qu'elle doit avoir une bien grande part de vérité pour elle. C'est en résumant le mécanisme de cette formation que je terminerai ce travail.

Dans un passé plus ou moins lointain, la race qui peuple actuellement le Podhale était formée par un mélange d'individus provenant de peuples fort différents. En s'isolant de plus en plus, en ne s'unissant qu'avec elle-même, en subissant toujours l'action des mêmes milieux et d'une même sélection, la primitive agglomération est devenue de plus en plus homogène et a fini par devenir une race dont l'homogénéité pourra s'accroître encore, mais qui possède déjà des caractères héréditaires communs permettant de la différencier nettement de toutes les races environnantes. Des faits semblables sont d'une observation très rare et d'une importance anthropologique très grande. S'ils pouvaient contribuer à jeter quelques lueurs sur le problème si difficile de la formation des races, je ne regretterais pas le long travail que cette étude m'a demandé.

PARIS. •*- IMPRIMAIS ÉMILK MARTIN*!, RUI MltNOM, 1

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