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STATION. — CHATEAUROUX

15 VU. de Neuvy-Pailloux.— 142 kil. d'Orléans.— 263 kil. de Paris. - i!7 kil.

de Limoges.

Hôtels : — De France; — Sainte-Catherine ; — de la Promenade. Omnibus avec bagages, 60 centimes. — Bureau télégraphique à la préfecture.

! Châteauroux, chef-lieu du département de l'Indre (16170 h.) s'étale le long de la rive gauche de l'Indre dans une belle et

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vaste plaine, aux mouvements légèrement onduleux, et tour à tour verdoyante ou sablonneuse, selon que l'on s'écarte delà rivière. La gare a été établie à TE. dans l'angle formé parles routes de Montluçon et de Guéret, qui longent la ville au nord et au sud, tandis que l'Indre tournoie et circule par vingt misse lets au travers des prairies de l'occident, entre le faubourg Saint-Christophe et Déols ou Bourg-Dieu qui n'est lui-môme qu'un faubourg.

L'aspect de la ville, de ce côté, offre un caractère particulier de grandeur qui trompe et impose, à voir devant soi le vieux château Raoul, la préfecture, au-dessous la vieille ville, encadrée d'eaux et de verdure, et, tout au-dessus, la masse noire du clocher de Saint-Martial.

Châteauroux était, il y a trente ans, comme la plupart des villes berrichonnes, un pôle-môle de vieux logis et d'échoppes de pierre, de terge ou de bois, où le commerce du bon vieux temps, comme on dit, trouvait ses aises, où l'esprit plus exigeant de la civilisation moderne fait chaque jour une trouée pour laisser pénétrer librement les mœurs et les idées nouvelles. Les rues se sont élargies et éclairées; de confortables habitations ont pris presque partout la place des vieux ouvroirs délaissés. Quelques curieux logis y ont péri qu'il faisait bon regarder, entre autres cette maison Adam, que l'on voyait dans toutes les villes, et qui est ici tombée récemment et des dernières.

La rue dite de Vlndre, qui borde les prairies et une partie de la ville au couchant, résiste encore à se transformer. Un grand nombre de logis y rappellent le xvr 3 siècle, et portent la trace d'écussons effacés. Elevée au xi* siècle sur les prés du seigneur, pour le logement des fabricants de draps, elle jouissait du privilège de constituer à elle seule une baronnie et de suivre la coutume du comté de Blois, tandis que la coutume du Berry régnait dans le reste de la cité. Pour rappeler féodalement la concession seigneuriale et tenir lieu des servitudes volontairement abandonnées, une cérémonie, qu'on appelait le Pot aux Roses, s'y célébra jusqu'en 1793. La dernière veuve remariée dans la rue devait chaque année, le mardi de la Pentecôte, se présenter à la porte du château, portant sur la tôte un pot tout enrubanné et garni de roses. Après les compliments d'usage, le sei-

gneur le brisait sur la tête de l'épousée qu'il embrassait ensuite, s'il y trouvait goût. Cet usage a péri sans laisser sans doute d'autre regret aux tenancières; en revanche les fabriques, lés filatures, les tanneries, qui se sont multipliées, animent les rives ombragées du fleuve et toute la campagne a voisinante. La manufacture dite du Parc, immense groupe de bâtiments installé à l'extrémité nord delà ville, sur le bord de l'Indre, entre les

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routes de Blois et de Toulouse, est à elle seule un centre qui t sous la direction de M. Muret de Bort, a pris une importance du premier ordre pour la fabrication des draperies communes, tout en fournissant des étoffes de prix qui ont de l'analogie avec celles d'Elbeuf. La fondation en remonte déjà à plus d'un siècle. C'est en 1731 qu'un arrêt du Conseil concéda le château royal du Parc et ses dépendances à un fabricant de Lodève, Jean Vaillé, pour 25 années pendant lesquelles une subvention

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annuelle de 3000 livres lai- était assurée plus 7500 livres pendant les 8 premières années, sans compter de nombreux privilèges. Il n'en était pas moins ruiné en 1755, quand il abandonna l'entreprise, que reprit un instant louis de La Rue, fabricant d'Elbeuf, et, après lui, en 1765, Leblanc de Marnaval, fermier des forges royales de Claviares, à qui sa concession accordait le château en pleine propriété.

Cet établissement sans rival appartient aujourd'hui à M. Balzan, propriétaire aussi de la manufacture voisine dite de Valençay. La grande manufacture occupe 14 à 1600 ouvriers; et, peu à peu; concentre presque toute l'activité d'une douzaine d'établissements secondaires, qui se sont longtemps maintenus, mais qui n'emploient plus qu'un nombre insignifiant de métiers.

Une manufacture d'indiennes, concédée en 1757 à une association anglaise, malgré de fortes subventions et les sacrifices de la ville, put à peine supporter les premiers tumultes de la Révolution. Deux brasseries, des tuileries, des moulins à farine, un parc de construction d'équipages militaires contribuent à entretenir un certain foyer d'industrie locale ; et le commerce, outre les laines, les grains et des pierres lithographiques estimées, expédie encore plusieurs milliers de moutons à la boucherie parisienne.

Sur la gauche et près de la gare, s'élève la manufacture impériale de tabacs, belle construction moderne (1859-1860), où 100 surveillants dirigeaient, en 1866, 1000 ouvriers, dont 800 femmes. Chaque ouvrière, par journée de dix heures, peut fabriquer à la main 1000 cigares de 5 centimes. Le tabac à priser se fait au moyen de machines. Les ateliers sont ouverts tous les jours aux étrangers»

Vis-à-vis, se bâtit lentement la cathédrale nouvelle, dont les membres écartelés se hérissent à droite de la voie, tout à l'entrée de la ville, comme un faisceau de tours démantelées. Commencés depuis vingt ans, longtemps délaissés, les travaux attendent, pour être repris, les bénéfices d'une loterie de billets à 25 centimes. L'église Saint-Martial, que cette cathédrale inachevée doit remplacer, n'est qu'une simple nef sans chapelles, au-dessus de laquelle s'étage une lourde tour carrée, percée d'une large fenêtre ogivale à colonnettes, que couronnent un toit à pans inclinés et

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une girouette. Quelques autels se font place dans les évi déments des fenêtres, ornées d'odieuses statues indignes d'étalages

fnrQinc ' lui aiuo.

L'église Saint-Christophe, dans le faubourg de ce nom, est un édifice gothique moderne (il a été reconstruit en 1846) de conception originale et presque bizarre. Le porche, récemment refait, s'ouvre entre deux murs nus ou à peine décorés que termine une double découpure à angle aigu avec deux fenêtres ogivales. L'intérieur, tout en moellons et en plâtres, offre une étroite nef à voûte gothique très-élancée, mais d'apparence à justifier les appréhensions de la population et le nom de Craquelin qu'elle donne à l'église. Des colonnes engagées dans un pilier massif forment un faisceau où se réunit la retombée des voûtes peintes en bleu. Deux galeries latérales plus basses font le tour "de l'église et du chœur. Une jolie chapelle absidale avec vitraux, exhaussée de 10 marches, recouvre une crypte dont la porte s'ouvre entre les deux rampes. A droite et à gauche le transsept est indiqué par deux chapelles, dont une contient un Calvaire d'un assez beau style et un tableau. En revanche un Christ inqualifiable s'étale au milieu de la nef.

En tête du vieux pont qu'il faut traverser pour rentrer en ville, * une petite chapelle de Saint-Marc, élevée au xv 6 siècle pour une destination inconnue, baigne dans l'eau sa charmante porte à ogive fleurie, dont l'arc en pointe élance ses branches festonnées entre deux jets de pierre épanouis.

L'église des Gordeliers ou Saint-André, principale paroisse de Châteauroux, n'offre de remarquable qu'un autel en marbre surmonté d'un baldaquin en bois sculpté que soutiennent 6 colonnes torses avec couronnement. Le chœur est éclairé par une verrière en partie moderne.

L'église des Capucins , sous le vocable de Notre-Dame , ancienne chapelle du couvent occupé aujourd'hui par une des trois casernes, n'a d'ancien que sa nef basse, couverte en bois, où descend un escalier de cinq marches. Il y a une vingtaine d'années, on y a ajouté une sorte de portail av.ec deux ailes, plâtre et tuffeau, nu, vide et déjà tout délabré. Une belle verrière, de Lobin, de Tours, représente l'apparition de la Vierge à saint Fran-

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çois d'Assises rapportant les stigmates. A gauche, des vitres bleuâtres éclairent théâtralement la chapelle de la Vierge. Une copie de Lebrun, une autre de Raphaël ont quelque valeur.

Tout près, s'étale l'architecture excentrique des PP. Rêdemptoristes. Il est peu de villes en France, croyons-nous, où le mauvais goût néo-catholique s'affiche avec autant de naïveté que dans la capitale du pays berrichon.

( L'antique château Raoul, qui a donné son nom à Ghâteauroux, s'élève encore sur une petite colline, au bord de l'Indre ; mais, réparé à maintes reprises, il garde à peine quelques vestiges de ses anciennes et hautes murailles et de son solide donjon. L'édifice tel quel ne remonte d'ailleurs qu'au xv 6 siècle. Les deux ailes en sont reliées par une jolie tourelle à toit pointu, à fenêtres finement ciselées, dont les balcons surtout sont fouillés de découpures d'une exquise délicatesse. La porte, précédée de quelques marches, est une œuvre coquette du style ogival fleuri. C'est dans ce réduit qu'est morte, après vingt-trois ans de captivité, la veuve délaissée du grand Condé, Claire-Clémence de Maillé- Brézé.

Une partie des bâtiments renferme les bureaux de l'administra- • tion départementale et les archives. Dans le même enclos de verdure la préfecture, construite en 1823, édifice assez vulgaire à un seul étage avec péristyle àbalcon et fronton sculpté, fait face d'une part sur une large pelouse entourée d'un beau jardin, de l'autre sur les maisons de la vieille ville, la vallée et les belles forêts de Saint-Marc et de Châteauroux.

À quelques mètres de là une grosse tour, garnie de ses mâchicoulis et d'une élégante girouette, et accostée d'un tourillon, est tout ce qui reste de l'ancien château Balzan du Parc. Cette tour doit être exhaussée.

La mairie est située au centre de la ville. L'intérieur, insuffisant pour les divers services, vient d'être remanié. On y airstallé la bibliothèque (6000 volumes), aujourd'hui à peu près inabordable. Dans une des salles, une armoire vitrée contient, entre autres legs de pieux souvenir , le sabre que portait Bonaparte à la bataille d'Aboukir, donné à la ville par le général Bertrand. Dans la cour, des débris antiques, provenant des fouilles de Saint-

Mareel et d'Argenton, un beau chapiteau, une tête à demi brisée, attendent l'installation du musée composé en ce moment d'une modeste collection de médailles, d'un admirable émail de Petitot, représentant Mlle de La Vallière, et d'un unique tableau, le Mauvais riche, donné par l'Empereur. Une précieuse collection d'objets algériens s'accroît tous les jours des dons d'un ingénieur, enfant de la ville, qui tient à cœur de n'y être pas oublié.

Le théâtre n'est qu'une grande et insignifiante maison à deux étages surmonté d'un fronton nu, sur une place plantée d'arbres, à l'extrémité de laquelle, se trouve à droite la poste aux lettres.

On connaîtra, sans désir d'y revenir, tout ce que peut montrer Châteauroux, ville vulgaire et maussade, après le pèlerinage obligé à la maison du général Bertrand, bâtiment moderne et sans caractère, dont le centre forme rotonde sur le jardin. Le général est l'orgueil du pays. Né le 28 mars 1773, dans une chambre du château Raoul, il servait comme garde national dans la journée du 10 août 1792 et y défendit le roi. Il entra dans le génie dès les premiers jours de la République et suivit Bonaparte en Égypte, puis se distingua à Austerlitz, à Friedland, dans les campagnes de Wagram et de Russie. De retour à Paris, par ordre, en 1814, il fit la campagne de France, accompagna l'Empereur à l'Ile d'Elbe, après la défaite et l'abdication, servit comme aide-major de l'armée à Waterloo, et de nouveau repartit avec le vaincu pour Sainte-Hélène, d'où il ne revint que dégagé par la mort de son maître. Après 1830, le département de l'Indre l'envoya à la Chambre des députés, où ses convictions libérales eurent maintes occasions de s'affirmer, en réclamant surtout sans relâche la liberté illimitée de la presse. Il mourut à Châteauroux môme, le 31 janvier 1844, laissant une mémoire vénérée et un type véritablement populaire de constance et de loyauté.

La statue du général Bertrand par Rude a été inaugurée le 4 juin 1854 au haut d'une petite éminence, d'où l'on découvre le vallon, à l'extrémité de la place Sainte-Hélène. Le général est représenté débarquant sur la terre de France et rapportant l'épée et le testament de Napoléon. Tout à côté un promenoir, bordé d'allées ombreuses, attend la reconstruction d'une gracieuse fontaine, dont le modèle y a figuré longtemps. 'C'est encore

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pourtant le rendez-vous préféré, les jours de fôte et par les plus chaudes soirées d'été, de la société élégante de Châteauroux.

Châteauroux doit son origine et jusqu'à son nom au seigneur d'une petite bourgade voisine, aujourd'hui simple faubourg, mais depuis les temps les plus anciens et pendant tout le moyen âge centre d'une principauté importante, dont relevaient près de 1700 fiefs. Raoul dit le Large, seigneur de Déols, céda, vers le «milieu du x e siècle, aux moines de Gluny, le château de ses pères avec les habitants et les terres qui en dépendaient, et se retira sur la rive gauche de l'Indre où venait de s'élever par ses ordres une puissante forteresse, qui de son nom s'appela château Raoul ou Châteauroux. Autour de ce haut manoir féodal, sorte de triangle irrégulier, présentantsur la rivière un front de 120 toises et portant sur une motte élevée, à l'angle occidental, un formidable donjon, vinrent se grouper d'eux-mêmes les hôtes et les maisons, qui vers le xi« siècle formaient déjà une ville, mais dont l'histoire reste effacée longtemps par celle de l'abbaye voisine. Eudes l'ancien, fils de Raoul, prit part à la croisade de 1027 en compagnie de Richard, abbé de Déols. En 1088, un premier incendie faillit anéantir la cité nouvelle. La seigneurie, vassale des ducs de Guyenne, devint vassale des rois d'Angleterre, lorsque Éléonore, héritière de ce duché, l'apporta pour dot à Henri II. La rivalité de Philippe Auguste et de Richard Cœur de Lion livraient depuis trop longtemps le pays au pillage, quand un traité (1189) remit sans conteste la ville au roi de France, qui la restitua à André de Chauvigny, tige de la maison célèbre, dont le cri de guerre disait : c Chauvigny ! Chauvigny ! chevaliers pleuvent. » De Chauvigny, accompagna les deux rois à la croisade de 1190, et ne quitta Richard qu'en Autriche avec ordre d'aller protester auprès du pape contre son emprisonnement et la défection des sujets anglais. C'est Guillaume de Chauvigny, son fils, qui accorda en 1208 à Châteauroux sa charte de commerce, titre perdu, mais dont l'importance est suffisamment attestée par l'opiniâtreté que mirent les bourgeois à l'obtenir comme à le conserver. Il fut plus tard encore le compagnon de saint Louis, dans sa désastreuse expédition d'Afrique.

Pendant la grande guerre anglaise, la population de la ville de

Châteauroux, qui ne pouvait s'y défendre , se réfugia dans le château, et, sourde aux plus terribles menaces, se prépara à l'assaut. Mais le roi Édouard, sans le tenter, leva le camp pour aller chercher le roi Jean à Poitiers, où il devait retrouver encore en face de lui le seigneur de Châteauroux, André et l'élite de ses vassaux, qui se firent fièrement tuer aux côtés du roi de France (1356).

C'est en faveur d'André III, dernier du nom de Chauvigny, que Charles VIII érigea la baronnie en comté (H97). La seigneurie de Châteauroux, par l'héritage de sa tante Henriette, échut à Hardouin de Maillé de Latour-Landry et à Françoise d'Aumont, qui s'en partagèrent la féodalité, et il fallut deux érections nouvelles du titre de comté, l'une par Charles IX en 1573 au profit du maréchal d'Aumont, l'autre par Henri III au profit de François de Maillé. Henri, prince de Condé, acquit l'une et l'autre part de l'antique domaine en 1612 et 1613, moyennant 335 000 livres, et se constitua dès lors cette province presque royale, où dès 1613 il trouvait refuge à sa première rébellion contre la cour, et d'où il allait organiser bientôt une guerre ouverte. Sa soumission lui fit obtenir en 1616 l'érection en duché-pairie du marquisat de Châteauroux, des baronnies de la rue d'Indre , de la Châtre, SaimvChartier et de Déols, groupe puissant de plus de 2000 fiefe chargés de 50 000 écus de rente. Néanmoins la Fronde n'y put ' soulever que quelques mouvements sans portée, qu'étouffèrent aupremier coup les royalistes campés à Déols.

La terre de Châteauroux fut vendue en 1736 par Charles de Bourbon à Louis XV, qui en gratifia, comme on sait, Marie-Anne de Nesle, son arrogante maîtresse. La mort de la favorite en avait rendu la propriété au domaine, longtemps avant la Révolution.

A 1500 mètres au nord (15 minutes), sur la route d'Issoudun, dans une presqu'île formée par les eaux de l'Indre et de l'Angolin, le petit bourg de Bourg-Dieu conserve à peine le nom de l'antique cité de Déols, autrefois capitale du bas Berry et de la principauté déoloise. Une magnifique avenue y conduit de Châteauroux, laissant à. gauche la statue du général Bertrand, puis, dès l'entrée du chemin, le lycée, dont la chapelle en style gothique, mais sans ornement, ouvre sur la route même, — tout à

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côté, et presque y attenant; la pompe à feu, qui alimente d'eau les fontaines de la ville, — tout au bout, à droite, une élégante brasserie entourée de pittoresques jardins. Un beau pont de pierre franchit l'Indre un peu en avant du bourg, que précède un joli promenoir planté de marronniers. De là apparaît une partie du cours sinueux des deux rivières, et surtout l'admirable clocher de l'église abbatiale de- Déols, qui n'avait d'égale, à cinquante lieues à la ronde, que la cathédrale de Bourges.

Cette magnifique église restait debout presque entière en 1830, quand on en vendit les ruines pour matériaux de construction. Ce qui en subsiste aujourd'hui est de la plus grande beauté, et comprend le collatéral nord, presque intact, un vaste pan de mur, et, dominant le tout, encore parfaitement respectée par le temps et par les démolisseurs, une massive tour carrée du xi« siècle, à deux étages, le premier, entrecoupé de fausses colonnades, le deuxième, d'une série de colonnettes accouplées,. évidées seulement d'un seul côté, qui supportent une plate-forme flanquée de quatre clochetons suspendus aux angles d'un clocher pointu. L'intérieur est décoré aussi d'admirables moulures.

Un orphelinat avec école et asile, qui occupe une partie des bâtiments de l'abbaye, avait recueilli dans sa cour de précieux fragments des murs détruits, un Christ bénissant entre les attributs consacrés des quatre Évangélistes, des chapileaux formés d'animaux fantastiques et de sirènes, des voussures à clous et à dents de scie. La meilleure partie de ces débris a été emportée à Châteauroux ou dispersée. Dans un petit jardinet attenant, une belle porte romane abritait une statue et ne conserve aujourd'hui que les traces, plus qu'à demi efracées et à peine reconnaissablés , d'une inscription moderne qui relatait l'historique des ruines. La route d'issouduri passe sur l'emplacement même du chœur, sous lequel une tradition place un vaste prolongement de voûtes souterraines où sourdent des fontaiues espacées dans des bassins de pierre. — (Pour visiter l'intérieur du clocher, s'adresser au maire, dans l'épicerie, à gauche, à l'entrée de la rue.)

Près de la place du Palais, la petite éalise paroissiale de Sainl- Ètienne n'offre, dans sa construction môme, rien d'intéressant. C'est un édifice rectangulaire, du xu« siècle, voûté en bois, à

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trois nefs, chacune de trois travées ogivales. Une petite chapelle latérale de gauche garde seulement les débris de la statue, réputée miraculeuse, d'une Vierge à face bouffie et grossièrement enluminée. On ne voit que le masque de la Vierge et celui de l'enfant Jésus ; le reste, s'il existe, est caché sous le plus ridicule accoutrement de gaze rose qu'un marguillier puisse imaginer. A côté, surVautel, un tableau du xvir» siècle représente le miracle,- origine de ce culte local, et qu'une inscription raconte :

Miles, ut amplexœ videt inter brachia natum

Virginis effigiem, mox frémit ore furens; Tumque petit saxo natum itque ex marmore sanguis ;

Nec mora ; dum laedit, corruit exanimis.

« Un chevalier, voyant cette image de la Vierge qui tient son enfant dans ses bras, entre en fureur et jette une pierre à l'enfant. Le marbre se met à saigner; — mais l'insulteur tombe mort à ses pieds. »

Mais la véritable curiosité de cette église , c'est sa crypte étroite, où il faut descendre par un petit escalier pratiqué derrière l'autel de la chapelle de droite et que ferme une porte en fer à claire-voie. Les artistes et les archéologues ne manquent pas d'y visiter le tombeau de saint Ludre, fils de Léocadius, mort tout enfant dans la robe blanche des néophytes. Grégoire de Tours, son parent, en décrit les magnificences, et saint Germain y vint prier, comme le font encore aux grands jours les pèlerins. C'est aujourd'hui le monument le plus vénérable, par son antiquité, des premiers siècles chrétiens en Berry. La face antérieure seulement est couverte de sculptures. Les bas-reliefs représentent des scènes de chasse. Au centre , un cavalier tient tète à un lion; la bête a terrassé un chien et un serviteur, qui la frappe encore de Tépieu, pendant qu'un autre cavalier l'attaque au sabre; à droite, une chasse au cerf; à gauche, un sanglier, qui s'entrave dans des filets. Le style accuse une main gallo-romaine; c'est l'art païen au service d'un païen. Les sculptures de la frise, brisée en partie, accusent un art très-inférieur, mais relevant d'une inspiration différente et certainement chrétienne. Au centre, deux petits génies ailés portent un tartouche qui est resté vide ; de chaque côté figurent des scènes inexpliquées, souvenirs pro-

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bables de miracles. Une large ouverture pratiquée dans le socle du tombeau permet d'en voir l'intérieur et môme de s'y introduire, et les fervents, qui le peuvent, n'y manquent guère, dans la conviction de sortir guéris des maladies qui les y ont amenés.

En janvier 1862, des fouilles, exécutées par M. l'abbé Chaignon, ont fait découvrir à l'improviste, sur la gauche du chœur, un second caveau, symétrique avec celui où se voit le tombeau de saint Ludre. On y a trouvé des fragments d'un sarcophage vide en pierre de taille avec des cercueils d'enfants, des encadrements de moulures, un couvercle, une frise sculptée de volutes et de roses alternées. On descendait à cette crypte par un escalier pratiqué dans la paroi gauche des fondations de l'église. — (S'adresser pour v isiter la crypte, à Colin, sacristain et menuisier, à gauche, sur la grande route.)

Il ne reste plus, des anciennes fortifications de Déols, qu'une porte dite de VHorloge, à arceau d'ogive couronné de mâchicoulis, entre deux tours rondes et basses à toits aigus, en travers de la principale rue.

Déols (Vicus Dolensis), aujourd'hui Bourg-Dieu, prétendait tirer son origine de la résidence de Léocade, sénateur romain, dont le palais servit à Bourges de primitive église. C'est Lusorius ou saint Ludre, son fils, qui a son tombeau à Saint-Étienne. Une donation de Charlemagne constitua la puissance de ce fief, et les seigneurs en figurent, dès le ix* siècle, au rang des premiers feudataires du bas Berry. Le 2 septembre 917, dans une assemblée solennelle tenue à Bourges, et où assistaient le duc Guillaume, l'archevêque de Bourges et trois évôques, Ebbon le Noble, prince de Déols, fonda, sur la rive droite de l'Indre, un couvent de moines de Saint-Benoit d'Aniane, dont il institua pour abbé le fameux Bernon, abbé de Cluny et père de presque tous les monastères de l'Aquitaine. Quelque temps après, sa réputation de piété attirait auprès de lui les moines réfugiés de Saint-Gildas de Ruis et de Locmenech. Ebbon les accueillit sur ses terres et leur concéda, dans une forêt qui touchait à Déols, une ancienne église et deux ermitages abandonnés. Ils y installèrent une modeste abbaye avec les reliques et sous l'invocation de saint

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Gildas, à l'ombre de leur ambitieuse et toute-puissante voisine (922). Ebbon, vainqueur des Normands à deux reprises, périt en les poursuivant près de Ghâtillon- sur-Indre (935). Son fils, Raoul, non content d'assurer aux moines de Déols, par ses largesses, une vie de luxe et d'opulence , leur abandonna son propre château, pour aller fonder Cbàteauroux.

En 968, le pape Jean XIII affranchit l'abbaye de toute dépendance. En 1 107, Pascal II s'y arrêta, et, dix ans plus tard (1117), Robert d'Arbrissel, déjà défaillant, y prononçait son dernier sermon. Le pape Alexandre III y passa aussi l'hiver de 1163 et y reçut les humbles hommages du roi d'Angleterre, Henri II.

Déols était alors la capitale du Berry et d'une principauté qui s'étendait des rives du Cher à celles de l'Angolin et de la Gartempe. Son histoire politique participe des misères et des vicissitudes qui assaillent les châteaux voisins et le bas Berry. Incendiée en 1152, elle fut assiégée en 1187 par Philippe Auguste, surprise en 1202 par les Anglais. Sa charte d'affranchissement, datée de 1222, imposait à tout père de famille une redevance annuelle de 20 sous. Mais les richesses et les pratiques plus que mondaines de son abbaye, la mamelle de Saint-Pierre, comme on l'appelait, y entretenaient surtout un foyer d'animation et souvent de scandale. En 1469, l'évôque Jacques- Cœur, fils du célèbre financier, ayant prétendu y faire sa visite pastorale, se vit assailli par le frère de l'abbé et nombre de moines et de séculiers armés de bâtons, qui tombèrent à grands coups sur le porteur de la croix épiscopale et la lui enlevèrent. Henri de Bourbon, prince deCondé, devenu seigneur de GhâteaUroux, s'autorisa du relâchement des mœurs monastiques pour obtenir du pape Grégoire XV une bulle (janvier 1622) qui supprimait l'abbaye et en réunissait au duché les biens et les revenus. Le prince était tenu, comme compensation religieuse, de fonder convenablement un chapitre, et fit honneur tant bien que mal à ses engagements en livrant aux nouveaux chanoines pour résidences les casemates de son château.

LUANT. — LOTHIERS. — LA BRENNE. 141

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