‹ De Paris à BordeauxChapitre 18 sur 165 · V STATION. - SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

V STATION. - SAINT-MICHEL

5 kil. d'Épinay. — 29 kil. de Pari». — 92 kil. d'Orléans.

On trouve à cette station des voitures de correspondance pour Marcoussis, — trois départs par jour, 6 kil. en 45 m. (gratis), — et pour Montlhéry par Linas , — trois départs par jour, 3 kil. en 20 m. (gratis).

Saint-Michel n'a rien d'intéressant; mais de ce village de 64 S habitants, où la compagnie d'Orléans a établi de vastes ateliers, on peut aller visiter cette tour de Montlhéry, dont les murs, qui ne se dérobent pas à la vue , quoi qu'en ait dit Boileau :

Sur la cime d'un mont s'allongent dans la nue,

Et, présentant de loin leur objet ennuyeux ,

Du passant qui les fuit semblent suivre les yeux.

Après avoir franchi l'Orge au moulin de Groteau, on monte en 30 minutes environ à* Montlhéry, en laissant à droite le beau château de Lormoy 1 dont les grands arbres excitent l'admiration des promeneurs.

Montlhéry est une petite ville de 2800 habitants environ avec Linas, située sur la route de terre de Paris à Orléans, entre Longjumeau et Arpajon, et sur les pentes de la colline que couronne le vieux château auquel elle doit sa célébrité. « Est-ce Montlhéry qu'il faut dire ou Mont-le-Héry ? se demandait La Fontaine en 4663. C'est Montlhéry quand le vers est trop long, et Mont-le-Héry quand il est trop court. » Quelle qu'ait été son origine, la seigneurie de Montlhéry fut donnée, en 991 , par Hugues Gapet, à Théobald ou Thibaud, surnommé File-Étoupe, qui bâtit sur cette colline une forteresse redoutable. Cette forteresse n'avait pas moins de cinq enceintes et de trois terrasses élevéés l'une audessus de l'autre. On n'y arrivait qu'après avoir ouvert cinq portes. Aussi, sous un successeur de File-Étoupe, devint-elle un vrai repaire de brigands. Le plus fameux de ces bandits, Guy de Trousselle, s'était même rendu si redoutable que , pour tirer

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Montlhéry de ses mains et en faire une propriété royale , le roi de France, Philippe I", n'hésita point à contracter une alliance avec lui , en lui donnant pour gendre son fils naturel Philippe. Ce fut alors que, confiant à Louis, son fils légitime, la garde d'un château si chèrement payé, Philippe I rf prononça ces paroles rapportées par Suger :

c Mon fils , garde bien cette tour qui m'a causé tant de peines et de tourments; car, par la perfidie et la méchanceté de son seigneur, j'ai passé ma vie entière à me défendre contre lui, et je suis arrivé à un état de vieillesse sans avoir pu obtenir de lui ni paix ni repos. »

de Philippe I", disputa la possession de Montlhéry à son frère légitime Louis le Gros. Une guerre éclata, et le roi finit par se dessaisir de Montlhéry en faveur de Milon de Braie , vicomte de Troyes. Celui-ci avait pour cousin Hugues de Grécy, qui affichait aussi des prétentions sur cette seigneurie , et les soutenait les armes à la main. Hugues surprend Milon dans une embuscade, le saisit , le fait garrotter, le conduit prisonnier de château en

château jusqu'à Montlhéry, dont il s'empare; et là; pendant line Huit , il le précipite par une fenêtre , après l'avoir étranglé de ses propres mains. Le bruit de ce forfait se répand et soulève partout la plus vive indignation. Hugues est cité devant la cour dé son suzerain, Amaury de Montfort, pour répondre de sa conduite et se purger par le combat de Dieu de l'accusation portée contre lui. Il se présente au jour dit : le roi de France, le roi d'Angleterre , une foule de barons et de chevaliers siègent autour du champ clos. Hugues s'est avancé d'abord avec assurance; mais tout à coup il se trouble, pâlit, déclare qu'il ne peut accepter le combat; puis il fait l'aveu de son crime, abândonne au roi de France la forteresse de Montlhéry, et va dans un monastère cacher sous une robe de moine sa honte et ses remords.

Devenus définitivement maîtres de cette importante seigneurie, les rois de France s'occupèrent d'ajouter de nouvelles fortifications au château et de fonder dans la ville des établissements utiles ou religieux. Saint Louis et sa mère, fuyant devant une insurrection des principaux seigneurs du royaume, se réfugièrent dans le château et s'y tinrent renfermés jusqu'à leur délivrance par le comte Thibaut de Champagne, qui avait été d'abord au nombre des révoltés. En 1360, le roi d'Angleterre s'y établit pendant que ses troupes tenaient la campagne presque jusqu'aux portes de Paris. Sous Charles VI, il fut occupé tantôt par les Armagnacs, tantôt par les troupes du Dauphin, qui pillèrent ou rançonnèrent également les malheureux habitants du bourg. Enfin, dans les premières années du règne de Louis XI, il donna son nom à l'une des plus étranges batailles dont l'histoire ait gardé le souvenir,

La noblesse féodale venait de s'insurger contre la royauté qui s'apprêtait à la détruire ou du moins à diminuer son pouvoir. Les principaux seigneurs du royaume avaient formé la ligue du bien public, et marchaient sur Paris. Louis XI dévoila publiquement leurs véritables projets. « Si j'avais voulu , dit-il , augmenter leurs pensions et leur permettre de fouler leurs vassaux comme parle passé, ils n'auraient jamais pensé au bien public ; » puis il prit avec autant d'activité que de sagesse toutes les mesures nécessaires pour les empêcher de réussir. Heureusement

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pour lui il y eut peu d'ensemble dans l'attaque des confédérés. Les princes de Bourbon et d'Armagnac furent forcés de conclure une trêve ; le comte de Charolais , — ce Ûls du duc de Bourgogne qui devint plus tard si célèbre sous le nom de Charles le Téméraire, — ne put s'emparer de Paris ni par ruse , ni par trahison , ni par force. Le roi s'était d'abord avancé dans le Berry contre le duc de Bourbon ; il revint à marches forcées au secours de sa bonne ville qui se trouvait menacée. Le comte de Charolais marcha de son côté à sa rencontre , espérant d'ailleurs se joindre au duc de Bretagne qui se faisait attendre. Les deux armées se rencontrèrent près de Montlhéry. Ni le roi ni le comte ne voulaient risquer une bataille ; mais le sénéchal de Brezé , qui commandait l 'avant-garde de l'armée royale, et qui se vantait d'avoir donné sa parole aux seigneurs et son corps au roi, dit : « Je les mettrai aujourd'hui si près l'un de l'autre, qu'il sera bien habile qui pourra les démêler. » En effet, il engagea le combat malgré l'ordre formel du roi, et il fut tué un des premiers sans qu'on sût pour^qui il se battait. Le mouvement donné , il fallut suivre ; le roi et le comte de Charolais chargèrent; mais ils restèrent bientôt presque seuls sur le champ de bataille. Les deux armées s'enfuirent. « Du costé du roy , dit Philippe de Commines , fut un homme d'Estat qui s'enfuit jusques à Lusignan, sans repaistre, et, du costé du comte, un autre homme de bien, jusqu'au Quesnoy-le-Comte. Ces deux n'avaient garde de se mordre l'un l'autre. * Qui avait vaincu? on n'eût pu le dire. Louis XI se retira sur Corbeil , et- le comte de Charolais occupa le champ de bataille. Peu de temps après , Louis XI, pour dissoudre la ligue , conclut le traité de Conflans , le plus humiliant que jamais roi de France eût souscrit avec ses sujets , et « par lequel , dit Commines, les princes butinèrent le monarque et le mirent au pillage ; chacun emporta sa pièce. » Le roi accorda aux confédérés toutes leurs demandes , bien résolu , à l'avance, de ne pas exécuter le traité. Jamais^ a dit avec raison un historien , la féodalité n'avait remporté une si grande victoire; elle se trouvait, pour ainsi dire, reconstituée, et Louis XI n'était plus, comme Louis VI, que le suzerain de ses vassaux.

Détruit en partie par les guerres de religion , le château de

Montlhéry devint peu à peu une carrière où les habitants de la ville voisine venaient chercher les pierres dont ils avaient besoin c pour se clore de murailles. » Le 45 septembre 4603, un .sieur de Bellejambe obtint des lettres patentes qui l'autorisaient à exploiter les murs du château , pour en tirer des pierres et les employer à la construction de sa maison de Bellejambe , située à l'ouest et à une demi-lieue de Montlhéry ; mais ces lettres patentes portent ces mots : « sans qu'il puisse toucher à la tour du donjon. »

Les ruines de Montlhéry ont encore un aspect imposant : elles se composent des débris de quatre tours qui fortifiaient la plateforme , de portions de murailles , et de la tour du donjon presque entièrement conservée. Ce donjon , décrit dans un procès-verbal que la chambre du trésor fit dresser en 4547 , était construit en « pierres grossières, de seize pieds en carré. Par dedans oeuvre, les murs ont neuf pieds par bas, six, cinq, quatre par haut d'épaisseur. Les premier et deuxième étages de ladite tour ou donjon sont voûtés en dedans, et dans le premier étage est un moulin à bras; trois enrayures de charpente par le haut; le comble de charpenterie couvert en ardoises et en plomb, et garni de mardelles et allées au pourtour. » La tour de ce donjon a encore aujourd'hui 32 mètres d'élévation ; une tourelle un peu moins haute y est accolée; elle renferme l'escalier. Une autre tour, moins bien conservée, ne s'élève pas à plus de 40 mètres au-dessus du sol. Quelques travaux ont été faits pour empêcher une plus grande dégradation de ces intéressants débris , et pour permettre aux curieux de les visiter sans danger. Un gardien y guette du matin au soir les étrangers afin de les faire descendre dans les caveaux et monter au haut de la tour, d'où l'on découvre un vaste et beau panorama. Du reste, on jouit déjà d'une vue magnifique en se promenant dans les jardins nouvellement plantés qui conduisent à ces ruines pittoresques.

Entre la tour de Montlhéry et la route de Saint-Michel est un tumuîus gaulois qu'on appelle la Motte de Montlhéry.

Pour entrer dans la ville, après avoir visité la vieille forteresse féodale, on peut passer par une porte, la porte Baudry, sur laquelle on lit l'inscription suivante : c Cette porte, bâtie dès l'an 4045,

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