ENVIRONS
PlesiU-lez-Tourg. Le château de Plessis-lez-Tours, qui doit surtout au roman de Quentin Durward la célébrité dont il jouit , est situé à 40 minutes environ de l'hôpital général (on l'aperçoit au delà de l'hôpital), sur la commune de la Riche, entre la Loire et le Cher. Louis XI, qui n'aimait pas les châteaux d'Amboise et de Loches, le fit construire sur l'emplacement d'un ancien castel qu'il avait acheté en 4463, moyennant 1500 écus d'or. S'il ne l'entoura pas de pièges et de chausse-trapes , comme on l'a répété trop souvent , il le fortifia. On n'y entrait que par un pont-levis. Ce fut son séjour de prédilection. Il y passa une grande partie de sa vie , et il y rendit le dernier soupir , après s'être vainement obstiné à vivre , le 30 août 4483. A dater de cette époque , le château de Plessis, abandonné par les successeurs de Louis XI , ne rappelle plus que deux événements historiques dignes d'une mention. En 4506, le 4 4 mai, eut lieu, dans la grande salle, l'ouverture des États qui déférèrent à Louis XII le surnom de Père du peuple ; en 4589 , Henri III et Henri IV eurent dans son parc cette entrevue fameuse qui unit contre la Ligue sous le même drapeau les réformés et les royalistes.
Plessis-lez-Tours avait depuis longtemps cessé d'être une demeure royale , lorsqu'en 4773 on y établit une maison de correc*
tion. La Révolution le rendit comme bien national. Il fut démoli en partie et il n'en reste plus aujourd'hui qu'une petite propriété rurale , fort mal entretenue , et sur la porte délabrée de laquelle pendait en 4 855 un vieil écriteau à demi pourri : Maison à vendn ou à louer. Les étrangers qui iront visiter Plessis-lez-Tours seront singulièrement désappointés , si leur imagination leur a représenté les ruines du château féodal décrit par Walter Scott. Un corps de bâtiment en briques , la moitié d'une tour, — car la partie supérieure de cette tour a été construite il y a peu d'années pour établir une fonderie de plomb de chasse , — quelques débris de sculptures dans l'escalier de la tour, voilà tout ce qu'ils y trouveront. A l'extrémité d'un petit jardin plus mal tenu encore que la maison, si c'est possible, s'élève un petit pavillon moderne, dégradé et malpropre, d'où Ton descend par 4 6 marches dans une espèce de cave éclairée par trois fenêtres et garnie d'une cheminée qui a été restaurée ; une inscription menteuse, placée au-dessus de la porte , prétend que le cardinal La Balue a été enfermé dans ce caveau de 4473 à 4482. La Balue subit presque toute sa captivité à Loches, et, dès l'année 4 480, il obtint sa liberté. Le parc a été complètement détruit; il n'en reste qu'une partie du mur d'enceinte.
Entre Plessis-lez-Tours et l'hôpital, se trouve une vieille maison appelée la Rabaterie, et qui passe pour avoir été la résidence d'Olivier le Daim , le barbier et le ministre de Louis XI.
Marmontier ( 2 kil. de Tours , rive droite de la Loire ). Pour aller de Tours à Marmoutier , il faut traverser la Loire et remonter sa rive droite. Au delà de l'église romane de Sainte-Radegonde. on ne tarde pas à trouver les ruines de la célèbre abbaye de Marmoutier. Fondée par saint Martin dans la seconde moitié du iv* siècle , détruite par les Normands au nc f siècle, rétablie pour des chanoines réguliers , qui furent remplacés plus tard par des moines de Cluny, pillée en 4237 et en 4244 par Hugues et Jean de Chatillon , protégée , affranchie par saint Louis , qui racheta les droits des comtes de Blois et la déclara libre de toute redevance envers les rois de France , pillée de nouveau en 4 562 par Jes protestants , cette abbaye a été sécularisée et détruite pendant la Révolution. D n'en reste que des débris rachetés récemment
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arec le terrain environnant par les dames religieuses du Sacré- Cœur, qui y ont établi un pensionnat de jeunes demoiselles. On remarque surtout, parmi ces débris, le pittoresque portail de la crosse (xur siècle), massif de maçonnerie percé d'une large porte en ogive qui sert de support à une longue salle dont les fenêtres étroites s'ouvrent presque toutes du côté de la Loire ; à l'ouest de ce portail s'élèvent le donjon et ses deux tourelles , dont la principale est surmontée d'une flècbe élégante.
La pieuse vénération des abbés de Marmoutier pour saint Martin leur avait , dit M. À. Salmon , inspiré la pensée de renfermer dans l'église , à l'extrémité septentrionale des bras de la croix , une des grottes habitées par leur saint fondateur. Creusée dans le même bloc de rocher que celle de saint Brice , qui subsiste encgre , elle dominait celle-ci de quelques pieds. On y montait à l'aide d'un escalier double comme celui de Chambord , et de nombreux pèlerins y affluaient de toutes parts. On conservait également dans cette église, reconstruite au xm* siècle , la précieuse relique delà sainte ampoule. Suivant une pieuse tradition , elle contenait le baume céleste avec lequel saint Martin avait été guéri des suites d'une chute. Louis XI se la fit apporter à son chevet de mort , en vertu d'une bulle du pape Sixte IV , et plus tard , le 27 février h 594 , elle servit à donner l'onction royale à Henri IV, dans l'église cathédrale de Chartres.
Marmoutier fut à une certaine époque la plus riche abbaye de France : de là était venu ce vieux dicton :
De quel côté que Yent vente, Marmoutier» a cens et rente*
Ces richesses eurent deux inconvénients : elles excitèrent au xm* siècle l'envie des comtes de Blois, et elles relâchèrent singulièrement la discipline aux siècles suivants. Toutefois, si quelques moines de Marmoutier abusèrent en certaines circonstances de leur fortune et de leur indépendance , d'autres , et ce fut le plus grand nombre , contribuèrent autant qu'ils le purent à ces immenses travaux historiques qui ont illustré le nom des Bénédictins. L'un d'eux, dom Ursin Durand, devint le collabo- • rateur de dom Martin pour l'Art de vérifier les dates.
- Bochecopbon. Entre Sainte-Radegonde et Vouvray, sur la rive droite de la Loire, s'ouvre un vallon arrosé par un ruisseau et appelé Rochecorbon <4 kilomètres de Tours). A l'entrée de ce vallon, au-dessus des rochers et des vignobles, se voient encore les ruines de l'ancien château des Roches, fondé par Corbon, et l'un des plus célèbres châteaux féodaux de toute la vallée de la Loire. Parmi ces ruines qui disparaîtront bientôt, se dresse une tour carrée haute de 8 à 4 0 mètres ; on l'appelle la lanterne de Rochecorbon , car elle a évidemment servi de fanal ou de phare, soit pour guider les navigateurs sur la Loire, soit pour correspondre avec d'autres châteaux. On peut monter jusqu'au sommet, d'où l'on découvre une fort belle vue. On aperçoit d'un côté Amboise et de l'autre Tours. Les coteaux qui dominent cette tour sont curieux h visiter. Formés d'un tuf assez tendre dans la carrière, ils ont été creusés en divers endroits, et on y a pratiqué des escaliers, des magasins, des caves, des maisons. L'Église paroissiale de Rochecorbon date des xi* et xn* siècles. Avant de revenir à Tours, on ne doit pas manquer d'aller visiter, à peu de distance, V Escalier de Saint- Georges, en partie taillé dans le roc. Cet escalier, construit par les moines de Marmoutier, se compose de 422 marches divisées en six paliers. 11 sert à monter de la partie inférieure de la vallée au sommet du coteau.
La Colonie de Mettra?. (Omnibus, rue Royale, le jeudi et le dimanche, à midi, pour 50 centimes; voitures particulières, chez Gouebault, voy. page 208). La colonie agricole de Mettray, située à 8 kilomètres de Tours sur la route du Mans, est une colonie pénitentiaire de jeunes détenus, fondée en 4839 par MM. Demetz et de Bretignières de Courteilles. Nous ne la décrirons pas, mais nous engagerons tous les étrangers qui s'arrêtent à Tours à aller la visiter. Ils trouveront du reste chez tous les libraires de Tours la notice qui a été publiée par M. Augustin Gochin, docteur en droit, et qui, extraite des Annales de la Charité, se vend au profit de Mettray. Nous n'extrairons de cette brochure que les renseignements suivants : La société paternelle qui a fondé la colonie de Mettray a eu pour but : 4° d'exercer une tutelle bienveillante sur les enfants acquittés comme ayant agi sans discernement, conformément à l'article 66 du
TOUKS. — LA COLUME DE METTRAY. 237
Code pénal , qui lui seraient confiés par l'administration ; de procurer à ces enfants, recueillis dans une colonie agricole, l'éducation morale et religieuse, ainsi que l'instruction primaire élémentaire ; de leur faire apprendre un métier ; de les accoutumer aux travaux de l'agriculture , et de les placer ensuite à la campagne , chez des artisans ou des cultivateurs ; 2° de surveiller la conduite de ces enfants, et de les aider de son patronage pendant tout le temps dont ils en ont besoin. Jusqu'alors , en effet, les enfants coupables, mais acquittés comme ayant agi sans dis-
La colonie de
cernement , étaient restés enfermés dans des maisons de réclusion , au double mépris de la loi et de la justice. Les résultats ont dépassé toutes les espérances, et, comme le disait, en 1850, le rapporteur de la commission sur l'assistance publique : « Au jugement des meilleurs observateurs nationaux ou étrangers qui ont visité cet établissement , jugement d'accord avec notre appréciation personnelle , sur les lieux mêmes , le problème de la régénération des jeunes détenus par leur application aux travaux des champs, sous un régime de fermeté et de bienveillance tout à la fois , y semble décidément résolu. » On n'a qu'un seul re-
proche à faire à la colonie de Mettray : elle ne se suffit pas à elle-même.
De chaque côté de la chapelle, c dont la flèche élancée montre de loin aux étrangers la colonie , et à la colonie le ciel, » s'élèvent dix maisons de famille, outre d'autres bâtiments affectés à divers usages. Chacune de ces maisons, contenant 43 personnes, a coûté, y compris le mobilier, la literie , la vaisselle , etc. , environ 8300 fr. ; c'est 4 93 fr. seulement par colon, ce qui porte le loyer annuel de chacun à 9 fr. 65 c. Longue de 42 mètres et large de 6 mètres 66 centimètres, elle se compose d'un rez-de-chaussée et de deux étage. Le rez-de-chaussée sert d'atelier. Au premier et au second étage se trouve une salle qui, par un ingénieux système, sert tour à tour de dortoir et de réfectoire, de salle de récréation pendant la pluie , et au besoin même de classe pour 20 enfants. Le nom de chaque maison, inscrit sur la façade, est un témoignage de reconnaissance envers les bienfaiteurs de Mettray. — L'exploitation de la colonie comprend 205 hectares, dont 42 en vignes. — Sur 550 enfants présents, il y a 349 agriculteurs, 56 jardiniers, 42 charrons, 43 forgerons et maréchaux, 28 sabotiers, 42 menuisiers^ 4 maçons, 24 cordonniers, 40 tailleurs, 30 cordiers ou voiliers , 42 employés. — Sur 4553 colons reçus à Mettray depuis sa fondation , 896 sont arrivés complètement illettrés; 348 avaient un commencement de lecture; 470 savaient lire; 72 savaient écrire. Presque tous sont sortis de la colonie sachant lire, écrire et compter. — Sur 856 enfants libérés : 363 sont sortis pour se livrer à l'agriculture ; 273 sont sortis ouvriers ; 223 sont entrés au service militaire; en outre 708 sont restés irréprochables ; 47 se conduisent médiocrement ; 46 ont échappé au patronage de la colonie; 85 sont tombés en récidive. — La moyenne des récidives est donc de 9 4/2 pour 400.