‹ De Paris à BordeauxChapitre 96 sur 165 · MONTS. — MONTBAZON · texte numérisé non relu

MONTS. — MONTBAZON

dans le parc au-devant du roi qui venait de Tours et l'embrassa. « Vous vous êtes fait bien grand, mon fils, depuis que je ne vous ai vu, dit-elle, en faisant allusion à la mort tragique du maréchal d'Ancre et à la taille de son fils, alors âgé de dix-» sept ans. — Madame , lui répondit le roi, je n'ai grandi que pour votre service. » Une inscription moderne en marbre blano rappelle cette entrevue. Mais Gouziers fut, au milieu du xvn* siècle, le théâtre d'un événement dramatique qui eut, dit-on, pour conséquence la fondation ou plutôt la réformation de la Trappe.

Montbazon et son château.

M. de Rancé (Armand), Le Bouthilier, filleul du cardinal de Richelieu, chanoine de Notre-Dame de Paris, possesseur de plu» sieurs abbayes, avait entretenu des relations criminelles avec la duchesse de Montbazon. Il possédait la clef d'un escalier dérobé qui montait à la chambre de sa maîtresse. Un jour, après une longue absence, sans annoncer son retour, il arrive à Gouziers, ouvre la porte secrète et se précipite dans l'appartement où il [ espère surprendre la belle duchesse.... Un affreux spectacle le

glace d'épouvante et d'horreur. Sa maîtresse est étendue dans un cercueil ouvert, autour duquel brûlent quelques cierges. Sa téte, détachée du tronc, repose sur une table dans un plat d'argent.... et pas un serviteur n'est là pour prier sur ce cadavre mutilé. Si Ton en croit les narrateurs de cette aventure, ce serait l'impression qu'elle avait produite sur Rancé qui l'aurait déterminé à renoncer au monde pour aller s'enfermer dans cette abbaye de la Trappe, dont il devint le réformateur.

« Tous les poètes ont adopté la version de Larroque, dit Chateaubriand dans sa Vie de Rancé, tous les religieux l'ont repoussée.... Au lecteur indifférent il est permis, à défaut de preuves positives, d'examiner des preuves négatives.... Les incrédules n'ont pour eux que l'invraisemblance du cercueil trop court : il était si facile en effet de l'allonger pour donner l'espace nécessaire à cette belle tête qui s'était si souvent inclinée sur le sein de la vie ! Mais supposez, avec Saint-Simon, comme il l'insinue, que la décollation ne fut que l'œuvre d'une étude anatomique, tout s'expliquera. Il ne serait pas impossible qu'après le décès de Mme de Montbazon, Rancé eût obtenu la relique qu'il avait adorée. Marguerite de Valois et la duchesse de Ne vers firent embaumer les têtes de Coconnas et de La Môle, leurs amants décapités, et elles les gardèrent parmi les marques de leur amour. (Journal d'Henri III.)

« Bossuet, transmettant à Rancé les oraisons funèbres de la reine d'Angleterre et de Madame Henriette, lui mande : c J'ai « laissé l'ordre de vous faire passer deux oraisons funèbres qui, « parce qu'elles font voir le néant du monde, peuvent avoir place « parmi les livres d'un solitaire, et qu'en tout cas il peut les rea garder comme deux têtes de mort assez touchantes. » Bossuet connaissait-il ce que l'on racontait de Mme de Montbazon? Faisait^il allusion à la tête de cette femme, en envoyant deux autres têtes s'entretenir avec elle? La sorte de plaisanterie formidable qu'il se permet ne semble-t-elle pas avoir des rapports avec la légèreté de la première vie de Rancé et la sévérité de sa yie?.... Enfin on trouve ce passage dans le récit des courses du chevalier de Bertin : « Nous voici maintenant à Anet. La petite « statue de Diane de Poitiers en pied n'est point, sans doute,

MONTS. — VILLEPERDUE.

« aussi intéressante que la té te même de Mme de Montbazon, « apportée à la Trappe par l'abbé de Rancé, et conservée dans « la chambre de ses successeurs. »

Une bonne route conduit de Montbazon par Veigné (à droite) et Esvres à Cormery sur la route de Tours à Loches (voir page 238). On compte 44 kil. de Montbazon à Cormery.

Des bois alternant avec des champs, tel est le paysage que présente le chemin de fer de Monts à Villeperdue.

39* STATION. - VILLEPERDUE.

9 kil. de Mo nu. - 259 kil. de Paris. - 324 kil. de Bordeaii*. ;

Des omnibus conduisent de Villeperdue à Sainte -Catherine; deux départs par jour, 40 kil. en 4 h. pour 40 c.

Villeperdue — village de 850 habitants — ne mérite pas même un regard. Mais c'est là qu'il faut descendre si l'on veut aller visiter Sainte-Catherine et le château de Comacre. Sainte-Catherine de Fierbois rappelle deux grands faits historiques. En 732, Charles Martel s'y arrêta pour remercier Dieu de la victoire qu'il venait de remporter sur les Sarrasins. En 4429, Jeanne d'Arc y envoya chercher, derrière l'autel, l'épée, connue d'elle seule (on l'y trouva en effet), avec laquelle elle devait sauver la France. L'année même de la mort de Jeanne d'Arc, Charles VII entreprit la reconstruction de la chapelle de Sainte-Catherine de Fierbois, qui fut érigée en église paroissiale et qui, achevée sous les règnes de Charles VIII et de Louis XI , attire chaque année un grand nombre de pèlerins et d'archéologues. C'est un charmant édifice gothique.

Le château de Comacre — on l'aperçoit, quand le temps est clair, à la gauche du chemin de fer, à peu près à moitié chemin, entre Villeperdue et Sainte-Maure — a été construit, il y a quelques années (4845), par M. Chateignier, architecte de la ville d'Amboise, sur les ruines du château du maréchal de Boucicaut. Il appartient à M. le marquis de Lussac. C'est un pastiche bien réussi des xu' et xm* siècles. On en vend à Tours deux charmantes lithographies par M. Victor Petit, et la Touraine en contient une jolie gravure sur bois. — Comacre est à 4 kil. de Sainte-Catherine.

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