‹ De Paris à Cayenne: Journal d'une transportéChapitre 5 sur 6 · SUO PE PAR» A CAYE?I?IB · texte numérisé non relu

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pas davantage pour apprécier le système qu s'est poursuivi depuis tant d'années dans Tes pénitenciers de la Guyane', et qui peut se pein^ dre en deux mots : sottise et cruauté!... CMi a beau dire que ces gens sont un danger pour la société, qu'il faut en purger la métropole à tout prix, toutes ces belles raisons, dévelop* pées, avec le talent qu'on leur connaît, par les écrivains plus ou moins décorés de la presse impérialiste, ne sont d'aucun poids quand il s'pgit de justice et d'humanité. Dam un temps autre que celui sous lequel nous vivons, la presse et la tribune n'auraient pas eu assez de colères pour dénoncer ces hécatombes impunément renouvelées depuis 1853; mais, en se courbant sous le joug de décembre, la France a dépouillé son généreux caractère; elle ne sait plus que se taire quand le maître a parlé. D'ailleurs, après avoir laissé frapper, sans mot dire, cent mille de ses plus dignes enfants, à la suite du 2 décembre, pouvait-elle réclamer plus de justice pour des condamnés de droit commun?

Le jour ânissait. lorsque je montai sur Vile SAix^ avec l'espoir de me réveiller le lende* main matin à- Gayenne. Mais j'avais compté sans les vents, qui nous forcèrent à garder notre ancrage. Ce début était quelque peu me* naçant, car j'avais ouï dire que parfois il ne fallait pas moins de six à sept jours pour franchir, sur un navire a voiles, les douze lieues

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qui séparent les îles du Salut Jetiayenûe; et la perspective n'était rien moins qu'amusante, pour peu que la pluie se mît de la partie, car sur ces goélettes dépourvues de batterie et* d'entre-pont, matelots et passagers sont réduits à coucher sur le pont,, sous la protection d'un bastingage élevé de cinquante centimètres environ. Heureusement, j'en fus quitte à meilleur marché. L'Ile d'Aix mit A la voile le Kau matin et, le soir, nous étions à la hauteur det Gayenne. Toutefois, il nous fut impossible de pénétrer dans la rade. Lé chenal avait été envasé à la suite d'un ras de marée survenu la; veille, et l'heure avancée de la journée — il était six heures du soir — ne nous permettant^ pas de chercher notre route.

Nous jetâmes donc l'ancre à quelques encablures du port, et, le lendemain, nous n'eûmes pas trop de toute la journée pour arriver au mouillage quelques minutes seulement avant la* fermeture du port. Gela me donna le temps de considérer tout à mon aise l'aspect pittoresque de la rade de Oayenne, avec ses bordures de palétuviers qui plongent leurs pieds dans la mer, avec leâ collines chargées de verdure qui la couronnent et lui servent d'amphithéâtre. La seule chose qui put attrister lef regard dans ce séduisant paysage, c'était la couleur jaunâtre des eaux chargées de débris enlevés par les pluies au sol friable de l'Amérique méridionale.

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Gepeadant, prolongé pendant douze heures, ce spectacle ne laissait pas de devenir mono^ tone, surtout pour un prisonnier qui, après cinq ans de prison, n'était plus séparé que par quelques brasses de la demi-liberté qui Tattendait dans la demi-civilisation d'une colonie française.

Enfin, le dimanche matin, une embarcation vint me prendre pour me conduire, toujours par respect pour les formes administratives, à bord du ponton le Gardien^ antichambre obligée du débarquement et de rembarquement pour les transportés. Par bonheur, j'en fus quitte pour une dernière station d'une heure ou deux dans cet étrange milieu de forçats et d'argousins, où je n'avais que trop vécu depuis* neuf mois, et je ne tardai pas à être expédié sur Gayenne. Une dernière formalité restait à remplir, me dit-on, avant ma mise en liberté; il me. fallait passer à. la direction centrale des pénitenciers. Enfin, un quart d'heure après, je sortais des bureaux, et une porte hospitalière, la porte d'un ami inconnu jusqu'alors, s'ouvrait devant le proscrit; j'avais trouvé le port.

Àien ne m'avait été épargné dans ces der-^ niers temps, et Tannée 1858 peut à bon droit compter dans ma vie, déjà si tourmentée, comme upe des plus néfastes; j'avais successivement subi toutes les épreuves, toutes les brutalités, toutes les misères qui sont le patri-

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moine des vaincus. Tout ce que j'avais de délicatesse dans les sentiments et dans les habi-* tudes, il m'avait fallu en faire litière à la nécessité. Cependant, enveloppé de ma dignité comme de la triple cuirasse dont parle le poëte, j'avais assisté à cette longue orgie de la force et de Tiniquité, sans que jska. dédaigneuse indifférence se fût jamais démentie, sans que jamais letti'es ou paroles eussent accusé l'irritation ou la plainte, et je puis me rendre cette justice'que j'ai accompli le devoir républicain avec une simplicité d'assez bon goût, sans m'ètre hissé sur les échasses du martyr.

Cette déclaration, qui peut paraître ambi* lieuse, je dois la faire, pour ne pas encourir un reproche qui accuserait bien plus Timmor destie et me rendrait suspect du plus haïssable de tous les vices, l'hypocrisie. Si je parle sans colère du traitement qui m'avait été imposé, ce n'est pas que je veuille poser pour le stoïcisme ou la vertu chrétienne de l'oubli des injures, c'est tout bonnement que je n'ai jamais éprouvé que du mépris pour les auteurs et les complices de ces infamies, c'est que jamais je ne me suis senti atteint par les rigueurs ou les uumiliations qui m'étaient infligées. £h bieni je dois le confesser, si j'ai été calme et ferme durant l'infortune, je me suis senti la faiblesse d'un enfant devant l'accueil fraternel et cordial que je rencontrai à Cayenne. Oui, mon cœur battait à briser ma poitrine quand, ii

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avoir franchi le seuil de mon sauveur, je me vis entouré des prévenances les plus délicates, des égards les plus empressés. Et je le dis, il n*y avait rien d'égoïste dans mes impressions. Ce qui me ravissait et me pénétrait jusqu'au fond des entrailles, ce n*était pas la surprise d'une délivrance inespérée, c'était omette pensée qu'à 1,800 lieues de mon pays, alors que je semblais condamné à l'abandon et à l'oubli, un homme s'était rencontré qui, sans me connaître autrement que par le renom qui s'attache aux persécutés, s'était mis généreusement entre le maliieur et moi, m'ouvrant ses bras et son cœur.

N'y avait-il pas là de quoi réconcilier avec l'humanité et le devoir quiconque eût pu être tenté de les maudire? Par bonheur, je ne suis jamais tombé dans ces faiblesses, et déjà, en commençant le douloureux pèlerinage qui de^ vait m'amener à Gayenne, les consolations ne m'avaient pas manqué. Venues du côté d'où je devais le moins les attendre, elles n'en avaient eu, sous un rapport^ que plus de mérite à mes yeux. A voir m'arriver, des points les plus éloignés de ma foi politique, des sympathies qui pouvaient passer pour des actes de suprême audace à notre époque de défaillance universelle, je me demandais avec angoisse si l'esprit de vaillance et d'équité qui réside .dans les âmes honnêtes valait mieux que la fraternité politique, si le courage était plus facile à ceux

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qui obéissent aux généreux instincts de la nature humaine qu'à ceux qui poursuivent la réalisation d'un idéal et qui devraient, à ce titre, être toujours prêts à se donner la main : Chacun pour tous, tous pour chacun.

Plus heureux à Gayenne, je n'eus point de réserve à faire; tout s'y trouvait réuni à souhait, et la conformité des croyances politiques donnait à l'intervention qui m'avait été si secourableun caractère doublement précieux:

la main qui m'avait tiré de l'île du Diable était la main d'un démocrate.

M. Alexandre Franconie est né à la Guyane française, mais c'est en France qu'il a fait son éducation. Rentré à Gayenne dans les premières années qui suivirent 1830, il y rapporta des idées et des études qui, fécondées par un caractère élevé et généreux, ne tardèrent pas à en faire le représentant et l'apôtre du progrès dans la colonie. Doué d'une grande force de volonté, il sut triompher de ses penchants qui l'emportaient vers les spéculations philosophiques et artistiques, et s'imposa des habitudes toutes nouvelles. Il avait à refaire la fortune de sa famille, il se fit commerçant. Il n'eut pas à regretter sa confiance et bientôt son exemple prouva que, même aux colonies, la probité éclairée par l'intelligence est encore le meilleur moyen pour arriver au succès.

Depuis, sa position et son influence n'ont cessé de grandir, et la netteté de ses opi-^

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nions démocratiques n*a fait que mieux cou* sacrer Timportance de la place qu'il tient dans la colonie par sa capacité incontestée, et la légitime popularité dont il jouit dans toutes les. classes de la population. Tel était l'homme qui m*aTait réclamé, et qui, avec l'aide de ses deux fils, me fit si complètement les honueurs de' l'hospitalité cayennaise.

Jamais je n'oublierai cette journée du 14 novembre, qui fut pour moi une sorte de résurrection. La veille encore, j'étais un numéro, j'étais habillé, nourri comme lès forçats, plus ou moins exposé aux caprices de l'argousin que l'ivresse aurait mis de mauvaise humeur^ et voilà que je me trouvais dans une maison amie, au milieu de visages sjrmpathiques, bercé par la musique d'une conversation polie, entouré des recherches de la civilisation et du confort.

Et pour que rien ne vînt plus me rappeler un passé si triste à tous égards, quand je sortis du bain oii j'avais déposé les souillures de tant de contacts hideux, des vêtements m'attendaient qui complétèrent pour moi le changement et l'illusion. Il me semblait que je sortais d'un long rôve,

Par ui^e coïncidence singulière, qui ne fait qu'ajouter à l'émotion de mes souvenirs, ces lignes où j'essaye de retracer les impressions que m'a laissées cette date, 'devenue sacrée pour moi, je les ai écrites précisément le 14

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Bovembre 1860, c'est-à-dire deux ans jour pour jour après ma bienvenue chez M. Franconie.

Le moment ne saurait donc être mieux choisi pour exprimer toute ma reconnaissance à l'homme qui fut mon bienfaiteur avant de savoir si je pourrais être son ami, et qui, depuis, je le dis avec orgueil, s'est hautement félicité des événements qui ont mis sa main dans la mienne. Et, pour tout concourût à mûrir et que à cimenter cette liaison, commencée sous de si favorables auspices, les deux fils rivalisaient avec le père pour me combler d'attentions.

L'aîné, jeune homme de 25 ans, dirigeait une partie de l'importante maison de commerce fondée par son père, et il ét^it facile de voir que les leçons paternelles n'étaient pas tombées sur un sol ingrat.

Je l'ai vu mêler la science des affaires, l'ordre et la régularité, au désintéressement et à la générosité, et il serait grandement à désirer que cette pratique, résultant de l'union de deux i éléments supposés incompatibles, se répandit non-seulement à Gayenne mais en Europe. La probité commerciale ne serait plus une chimère.

Quant au plus jeune fils, ^ui n'avait pas 14 ans ; le père me pria d'en surveiller l'éducation, obligé qu'il était, par l'accroissement de ses affaires, de ne plus s'en occuper personnellement, et ce qui, dans toute autre circonstance, m'eut semblé une corvée, devint un vé-

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ritable plaisir pour moi. J^aimais à voir cette jeune intelligence, si bien préparée déjà, se développer sous mes yeux et marcher d'un pas égal dans la voie du perfectionnement intellectuel et moral.

Mes relations avec cette excellente famille, la recommandation qu'elles me valaient dans la ville ne me permettaient guère de sentir les inconvénients de la position qui m'était faite par les règlements auxquels j'étais nominalement soumis: Vainement une partie de la population s'acharnait-elle à confondre les détenus politiques dans la catégorie générale des transportés, il était assez difficile de croire qu'un homme aussi respecté que M. Franconie accordât son amitié à quelqu'un qui n'en eût pas été digne. En même temps, il se disait qu'avant et depuis 1848 j'avais été à la tète d*un journal, que j'avais même rempli des fonctions publiques, et aux yeux des réactionnaires les plus enragés, c'est-à-dire de la trèsgrande majorité des créoles, ces titres, éclipsés depuis si longtemps, n'avaient pas entièrement perdu leur valeur. Bientôt même un cer^ tain intérêt sembla se porter sur ma personne; beaucoup dô gens qui s'étaient montrés naguère passionnés jusqu'à l'injustice envers les proscrits qui m'avaient précédé, cherchaient à faire oublier ces indignes procédés en me faisant témoigner de leur bonne volonté.

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Le directeur de Fintérieur, M. Favard, que j'avais connu dans le monde avant 1830, alors qu'il était délégué de la Guyane à Paris, tout en se gardant bien de reconnaître ces anciennes relations, me fit assurer qu'il n'attendait que la fixation de son budget pour me donner un poste dans ses bureaux. Ma réponse fut un refus, comme on peut le prévoir. Je ne tardai pas cependant à recevoir des offres plus acceptables, puisqu'elles n'engageaient en rien Tindépendance de mon caractère. *

Le trésorier avait à remplir un vide dans son personnel et me fit des propositions. Certes, rien n'était plus antipathique à mes goûts comme à mes habitudes qu'une occupation de ce genre. Aligner des chiffres, m'abîmer l'esprit dans des additions sans fin, c'était peu séduisant; mais f oisiveté me pesait, et je voulais ne relever que de mon travail; puis la situation n'avait rien d'officiel; je n'avais affaire qu'au trésorier, j'étais en dehors des cadres de l'administration proprement dite. J'acceptai.

J'avais été touché d'ailleurs de la délicatesse qui avait accompagné les offres du trésorier, et je n'eus jamais à me repentir d'y avoir cédé. Je fus accueilli au Trésor avec une convenance parfaite, et je me rappelle toujours avec quelle cordialité M. de la Tranchade — c'était le nom du trésorier — me consolait quand, à mes débuts dans la comptabilité, je lui exprimais avec un sérieux qui me semble comique

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aujourd'hui, la certitude où j*étais de ne jamais pouvoir m'élever à dresser des états irréprochables. Je n'eus également qu'à me louer des employés dont je devenais le compagnon 2 M. Lepinay, aujourd'hui percepteur à Gayenne, et M. Emilien Gléobie, employé à la trésorerie en Gochinchine.

Voici quel était l'emploi de ma journée : de six à sept heures du matin» je travaillais avec le jeune Franconie; de là je me rendais au Trésor, oïl je restais jusqu'à dix heures; j'y retournais à midi jusqu'à quatre heures du soir, moment où je reprenais mes leçons chez M. Franconie jusqu'à six heures. Puis venait le diner, et, à neuf heures, le règlement voulait que je fusse rentré chez moi. Et encore avais-je été gratifié et sans le demander, d'une permission de neuf heures, tandis que l'heure de la retraite générale était annoncée à sept heures et demie par un coup de canon.

Ma journée était passablement remplie et c'était déjà plus de travail que n'en peut supporter un Européen à la Guyane. Cependant, je fus encore amené plus tard à donner deux leçons de plus, une de dix à onze heures le matin, et l'autre de six à sept heures du soir. Il est vrai qu'à ce moment, familiarisé avec la comptabilité du Trésor, je pouvais me dispenser de Texaoiitude. Mon travail consistaitàrésumer chaque mois les dépenses et recettes tant pour l'administration centrale que pour l'administration

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locale. J'étais donc obligé d'attendre la fin des comptes divers, arrêtés parles autres employés, pour me mettre à l'œuvre, et, dans les derniers temps de mon séjour à Gayenne, j'en étais arrivé à terminer ma besogne mensuelle en dix jours au plus.;Sans cette facilité que ne me contestait aucunement le trésorier, il m'eût été impossible de mener de front les occupations que l'avais embrassées, et même ^vec les économies de temp5 que je réalisais au .Trésor, la fin de juillet me trouva dans un assez pitoyable état de santé. Depuis, je vis ma position s'aggraver pour ainsi dire à vue d'œil, et lorsque la nouvelle de l'amnistie arriva à Gayenne, la 28 septembre 1859, je commençais à me demander de temps en temps si je n'irais pas, moi aussi, prendre, après tant d'autres, mon dernier domicile au cimetière de Gayenne, avant la venue du navire qui devait me ramener en France.

Les amis de M. Franconie, ceux du moins qui partageaient ses idées politiques, étaient naturellement devenus les miens, et, pour n'être pas considérable, leur nombre égalait, s'il ne le dépassait, la proportion qu'on eût pu trouver dans une ville de province en France. Ge noyau d'élite suffisait d'ailleurs largement à mes 'besoins comme à mes habitudes de sociabilité.

La vie de travail m'avait dès longtemps préparé à la solitude, la prison me la rendit facile

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et, proscrit, je ne sentais que tro{j souvent le • désir d'échapper même aux relations les plus sûres et les mieux appréciées, pour m'enfermer dans mes souvenirs, tiomme toute religion, le culte de la patrie et de la famille absentes a ses jalousies et ses mystères, et s'il m'était doux de vivre à portée d'un groupe sympathique, je sentais que j'aurais mauvaise grâce à me dé^ partir de la sage réserve qui sied à la mauvaise fortune. J'avais de plus quelques bonnes relations parmi- les camarades que m'avait faits» Texil; j'avais pu rétablir mes correspondance» avec mes amis d'Europe; je trouvais chear- M. Fra»conie les journaux de Franc» et une bibliothèque choisie, qui s'accroissait chaque moisdes publications nouvelles. Que me fallaitil de plus? Je savais bieu que je ne pouvaisdemander à la Guyane ce que la France seule pouvait me donner : la présence de ceux que je regrettais et l'ineffable douceur de Tair natal.

Maintenant, un champ nouveau s'ouvre devant moi. Je vais, Dieu merci! sortir du cercle étroit des impressions personnelles; je ne vais' plus avoir à continuer cette fatigante litanie^ qu'on a, bon gré, mal gré, l'air de chanter k sa propre louange; je vais parler de la situation faite à ceux qui m'avaient précédé aux pénitenciers de la Guyane, et peut-être cette

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étude ne paraîtra-t-elle pas absolument indigne d'attention.

Plus d'une fois, f aurai de tristes et douloureuses révélations à faire, heureux si je puis garder la mesure sans affaiblir la vérité! Mais qui ne le sait? Souvent la plume est prompte et la pensée ne s'assouplit pas toujours au gré d'une réserve préméditée et, quoiqu'on le veuille, il n'est pas toujours aisé de résister à la pression tyrannique d'une situation donnée.

Ce qui toutefois peut me rassurer, c'est que je serai désormais narrateur, témoin quelquefois, mais téftioin presque désintéressé. En ce qui me concernait, j'ai scrupuleusement interrogé ma pensée, sans y trpuver rien qui ressemble à l'amertume. Pour qui s'attend à tout, les surprises ne sont jamais que favorables, et, dans la part qui m'a été faite, le bien imprévu a si fort dominé le mal prévu, que j'aurais eu pliâtôt à me prémunir contre un sentiment diamétralement opposé. En parlant du sort fait avant mon arrivée à mes infortunés camarades, je serai plus libre de lâcher la bride aune légitime 'indignation, et, cependant, je m'efforcerai de laisser la parole aux faits : en leur prêtant des couleurs exagérées, on ne pourrait que les affaiblir.

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