BRUNOY
Le château de Christophe de Lannoy fut pillé et brûlé, en 1590, par les ennemis du roi. Charles de Lorraine, duc d’Elbeuf, prince d’Harcourt, épousa la petite-fille de Christophe de Lannoy, et son fils, seigneur de Brunoy du chef de sa mère, fit donation de cette terre à son neveu, François de La Rochefoucauld, célèbre par le rôle qu’il joua dans les troubles de la Fronde , et plus célèbre
Le viaduc de Brunoy.
encore par le livre des Maximes. Au xvm*. siècle, un sieur de Plonic acheta Brunoy des héritiers du duc de La Rochefoucauld, et le vendit, en 1722, au fameux financier Pâris de Montmartel, qui abattit l’ancienne demeure seigneuriale, pour construire à la place un château moderne, qu’il décora avec un luxe royal et qu’il entoura d’un parc magnifique. Ce fut en sa faveur que la terre de Brunoy fut érigée en marquisat.
Son fils unique , le marquis de Brunoy, ne se fit remarquer que par ses excès et ses extravagances. A dix ans, il donna un coup de couteau à son précepteur qui lui faisait quelques observations sur sa tenue, à la table même de son père, et en présence de vingt convives. Agé de vingt ans, il épousa, à Paris, une fille de la maison d’Escars, partit pour Brunoy aussitôt après la messe, et ne voulut jamais revoir sa femme. Sa passion la plus vive était le goût des cérémonies religieuses. Après avoir fait mourir de chagrin successivement son père et sa mère, il célébra leurs funérailles avec un faste ridicule et les affectations les plus bizarres. Il organisait pour la Fête-Dieu des processions d’un luxe inouï, où l’on voyait figurer, sous des chasubles d’or, deux cents prêtres ou moines amenés à grands frais de toutes les paroisses et de tous les couvents d’alentour. Comme il donnait à ces divertissements étranges la plus grande publicité, les curieux de la cour et de la ville y accouraient en foule. Il hébergeait, il régalait tout le monde, les paysans comme les grands seigneurs, et la fête religieuse se terminait par une immense orgie. On peut juger de son goût en visitant l’église de Brunoy, qu’il fit décorer comme on décorait alors les boudoirs des grandes dames. On remplirait un volume de ses folies. Il dévora ainsi la plus grande partie des 20 millions que lui avait laissés son père. Sa famille enfin le fit interdire, et Monsieur, comte de Provence, depuis Louis XVIII, acheta Brunoy.
Monsieur accrut encore la magnificence de cette résidence, et y fit élever un petit château, le grand ne lui suffisant pas apparemment. Puis la Révolution abattit l’un et i’autre , combla les fossés, dessécha les pièces d’eau et dépeça le domaine, dont chaque morceau vit s’élever une maison de campagne. Il y en a de fort belles et de charmantes, celle, entre autres, où Talma allait se délasser de ses travaux dramatiques. C’est la première qu’on aperçoit à gauche, après avoir passé le pont qui est à l’extrémité du village. Martin, le célèbre chanteur, s’y construisit également une jolie habitation, qu’on appelle encore aujourd’hui la Folie-Martin, à cause des dépenses qu’il y a faites. Enfin, Lafon, le tragique, y eut aussi une maison. Mais aucunu ne saurait être comparée à celle que fit construire, dans la plus
BRUNOY. — COMBS-L A-VILLE.
belle position, sur un point d’où l’œil embrasse toute la vallée, le plus illustre des charcutiers dé Paris sous la Restauration, M. Véro.
En 1815, après la bataille de Waterloo, Louis XVIII, pour témoigner sa reconnaissance à lord Wellington, lui conféra le titre de marquis de Brunoy. Tel est le titre qui clôt l’his toire de ce village , dont les environs offrent un grand nombre d’agréables promenades.
En quittant la station de Brunoy, le chemin de fer franchit de nouveau l’Yères sur un viaduc de 375 mètres de longueur, composé de 28 arches, ayant chacune 10 mètres d’ouverture, 26 mètres 75 centimètres d'élévation (hauteur moyenne), et 32 mètres 85 centimètres (hauteur maxima). De ce viaduc, vraiment monumental, et dont notre dessin représente une partie, on découvre, comme du précédent, de charmants points de vue sur la vallée d’Yères. On laisse ensuite à gauche Épinay et Boussy-Saint-Antoine , on aperçoit sur les hauteurs Mandres et Périgny ; puis on laisse à droite Quincy-sous-Sénart, près duquel on domine une dernière fois la jolie vallée d’Yères, dont on va s’éloigner pour traverser un vaste plateau qui n’a de remarquable que sa fertilité. A partir de Yilleneuve-Saint-Georges, on s’est élevé sur une longueur de 11 600 mètres, par une rampe variée de 4 à 5 millimètres par mètre. Plus loin , on redescend à Melun par une rampe de la même pente, mais sur 3600 mètres seulement. On sort du département de Seine-et- Oise pour entrer dans celui de Seine-et-Marne, avant de s’arrêter à la station de Combs-la-Ville. La Varenne, qu’on aperçoit à gauche , sur la rive droite de l’Yères, appartient à Seine-et- Oise.
6 e STATION. — COMBS-LA-VILLE.
4 kil. de Brunoy. — 26 kil. de Paris. — 289 kil. de Dijon. — 486 kil. de Lyon.
Combs-la-Ville est un village de 540 habitants (Seine-et- Marne, arrondissement de Melun, canton de Brie-Comte-Robert), situé à la gauche du chemin de fer, sur un coteau qui domine la rive gauche de l’Yères. Il possède de jolies maisons de campagne, On ne le voit pas de la station.
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
7 e STATION. — LIEUSAINT.
5 kil. de Combs-la-ville. — 31 kil. de Paris.— 284 kil. de Dijon.— 481 kil. de Lyon.
Lieusaint est situé à la droite du chemin de fer, sur la route de terre qui vient de traverser la forêt de Sénart. Il fait partie du département de Seine-et-Marne (arrondissement de Melun , canton de Brie-Comte-Robert). Sa population est de 583 habitants. On y remarque de belles pépinières, mais il n’y a rien d’intéressant. Collé y a placé le lieu de la scène de sa Partie de chasse d’Henri IV. C’est dans ses environs que fut assassiné, en 1796, le courrier de Lyon. Personne n’ignore que Lesurques, réhabilité en 1851 par un décret de l’Assemblée législative, subit le dernier supplice, après avoir été injustement condamné comme l’un des auteurs de ce crime.
Un peu au delà de la station de Lieusaint, le chemin de fer croise la route de terre, puis il passe devant la belle avenue qui conduit au château de la Grange de la Prévôté. A l’horizon se montre, sur la droite, la forêt du Rougeau. Le clocher de Savigny-le-Temple attire les regards du même côté, avant la station de Cesson.