‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 150 sur 158 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

A peine a-t-on quitté la station de la Roche (voy. page 99), que l’on traverse l’Armançon sur un pont de six arches en anse de panier, ayant chacune 13 mètres d’ouverture, et 5 m., 20 de hau-

1. 20 kil. Trajet en 35 m., 1" classe, 2 fr. 25 c.; 2* classe, 1 fr. 70 c.; 3* classe, lfr. 25 c. Cet embranchement n'a qu’une voie. Pour la distance, la durée du trajet et les prix des places de Paris à la Roche, voir le tableau placé à la fin de ce volume.

teur sous clef. Sur la gauche se montre Cheny, que traverse la route de terre; sur la droite, on aperçoit au loin de petits coteaux au pied desquels coule l’Yonne qu’on ne voit pas. Bonnard, (rive droite) est situé en face de Bassou (rive gauche). On franchit le Serein sur un pont de six arches en plein cintre, ayant chacune 9 mètres d’ouverture et 4 m.,70 de hauteur sous clef, et, au delà de cette rivière, on remarque à gauche le village de Beaumont (390 habitants), près duquel se trouve un petit bois auquel il a donné son nom.

r« STATION. — CHEMILLY.

8 kil. de la Roche. — 163 kil. de Paris. — 12 kil. d’Auxerre.

On trouve à la station de Chemilly des voitures de correspondance conduisant à Seignelay (3 kil. p,our 30 c.) et Héry (4 kil. pour 40 c.).

Chemilly (595 hab.) est situé à la gauche de la voie ferrée sur la route de terre. Il n’a rien de particulièrement intéressant. On l’appelle Chemilly-près-Seignelay, parce qu’il n’est qu’à 3 kilomètres de ce chef-lieu de canton de 1546 habitants dont il dépend, et dont le magnifique château, construit vers 1410, a été démoli dans les dernières années du siècle dernier.

Pendant longtemps l’attention est attirée à droite par la grosse tour de l’église à’Appoigny, bourg de 1800 habitants situé sur la rive gauche de l’Yonne, et qu’un pont suspendu relie à la rive droite. Cette église, jadis collégiale, date en partie du xni* siècle, mais son lourd clocher est de la Renaissance. M. Y. Petit, qui l'a décrite longuement dans son Guide pittoresque de l’annuaire de l’Yonne, recommande le grand portail de la façade, le portail du bas côté sud, le chœur et le sanctuaire (xni* siècle), et le jubé (de la Renaissance) orné de petits bas-reliefs.

Peu de temps après avoir traversé le hameau les Chaumes, on croise la route de terre, on laisse à droite Gurgy, situé au confluent du ru de Sinotte et de l’Yonne, on franchit le ru de Sinotte sur un pont d’une seule arche en anse de panier, de 9 mètres d’ouverture, puis on décrit une forte courbe pour se rapprocher de l’Yonne , qui serpente capricieusement au milieu de la belle vallée qu’elle féconde.

MONETEAU. — AUXERRE.

2* STATION. — MONETEAU-

6 kil. de Chemilly. — 169 kil. de Paris. — 6 kil. d’Auxerre.

Moneteau (885 hab.) est situé sur les deux rives de l’Yonne, que relie un pont suspendu nouvellement construit. Ce pont, les hautes berges de la rivière, quelques jolies maisons de campagne, les beaux massifs d’arbres qui les entourent, forment un agréable paysage. L’église est sur la rive gauche; elle n’a rien d’intéressant.

De l'autre côté de Moneteau, on commence à apercevoir sur la droite les monuments de la ville d’Auxerre , qui attirent de plus en plus l'attention à mesure qu’on s’en approche.

AUXERRE

6 kil. de Moneteau. — 20 kil. de la Roche. — 175 kil. de Paris.

On trouve à la station d’Auxerre des voitures de correspondance conduisant à : Avallon (54 kil. pour 5 fr. 50 c., 4 fr. 50 c. et 3 fr. 50 c.); — Châblis (20 kil. pour 1 fr. 50 c.); — Chassy (89 kil. pour 10 fr., 8 fr. et 7 fr.); — Château-Chinon (105 kil. pour 11 fr., 9 fr. et 8 fr.); — Chdtillon en Bazois (98 kil. pour 10 fr., 8 fr. et 7 fr.); — Clamecy (42 kil. pour 4 fr. 50 c., 3 fr. et 2 fr. 50 c.) ; — Corbigny (72 kil. pour 6 fr. 50 c.); Cosne (75 kil. pour 5 fr., 4 fr. et 3 fr.); — Coulanges (33 kil. pour 4 fr., 3 fr. et 2 fr. 50 c.); Courson (22 kil. pour 2 fr., 1 fr. 50 c. et 1 fr. 25 c.); — Cussy-Tannay (58 kil. pour 6 fr. 75 c., 5 fr. et 4 fr. 25 c.); — Donzy (64 kil. pour 6 fr. 5 fr. et 4 fr. 50 c.); — Entrains (49 kil. pour 4 fr. 50 c., 4 fr. et 3 fr. 50 c.) ; — Poinchy (18 kil. pour 1 fr. 25 c.); — Saint-Amand (54 kil. pour 5 fr., 4 fr. et 3 fr.); — Saint- Sauveur (39 kil. pour 4 fr., 3 fr. et 2 fr. 50 c.); — Vermanton (25 kil. pour 3 fr., 2 fr. 60 c. et 2 fr.)

Des omnibus desservant tous les trains conduisent dans la ville pour 30 c. avec 10 kilogr. de bagages, 50 c. avec 11 à 30 kilogr., 1 c. en sus par kilogramme en sus de 30 kilogr.

Auxerre (hôtel du Léopard sur le quai près du pont à droite, en arrivant; hôtel de la Fontaine dans la partie haute de la ville) est située au pied, sur le penchant et au sommet d’une colline,

le long de la rive gauche de l’Yonne. La gare du chemin de fer (on en a commencé la construction au printemps de 1857) est établie sur la rive droite, à l’extrémité du faubourg Saint-Gervais, au delà des routes de Troyes et d’Avallon. Pour aller de l'embarcadère à la ville, il faut gagner d’abord le carrefour où se bifurquent ces deux routes, tourner à droite, passer devant une jolie maison un peu délabrée et bâtie vers la fin du xvm c siècle, puis franchir l’Yonne sur un pont de pierre qui serait un des plus anciens de l'Yonne, s’il était le même qui fut réparé vers l’an 1266, à l’aide d’une taxe que saint Louis, alors au château de Régennes, permit d’imposer aux habitants d’Auxerre et aux bourgeois d’autres lieux possédant des vignes sur le territoire auxerrois. Dans ce trajet, on embrasse d'un seul coiip d’œil tous les édifices publics de la ville, qui, s’élevant au-dessus ou au milieu des maisons, forment un tableau pittoresque. En portant ses regards de droite à gauche, on voit successivement : l’asile des aliénés, l’hôpital et l’église Saint-Germain, avec sa tour isolée, la préfecture, la cathédrale, la tour de l’horloge, l’hôtel de ville, l'église Saint-Pierre et l’église Saint-Eusèbe. Du pont, on découvre de charmants points de vue sur la ville, ses églises, ses promenades, mais principalement sur les îles boisées et les barrages de l’Yonne, les moulins et les fabriques établis sur ses deux rives.

A l’extrémité du pont s’étendent, à droite et à gauche, deux quais formant d’agréables promenades, mais manquant d’animation ; en face, s’ouvre une rue macadamisée qui monte dans l’intérieur de la ville aux quartiers les plus peuplés, les plus commerçants.

Auxerre existait à l’endroit même qu’elle occupe aujourd’hui, lorsque les Romains conquirent la Gaule. Ils l’agrandirent en l’embellissant ; ils y élevèrent des temples, des arènes, des cirques; ils la relièrent par de grandes voies de communication, non-seulement avec la mère patrie, mais avec les principales villes de la Gaule. Si l’on doit en croire l’abbé Lebœuf, elle est le Vellaunodunum des Commentaires de César. Cette opinion, un grand nombre d’historiens l’ont partagée, d’autres l’ont combattue. La majorité penche pour l’affirmative, mais la minorité

AUXERRE

paraît avoir raison'. Quoi qu’il en soit, le nom actuel d’Auxerre vient de celui d ' Autricidorum ou Autissiodorum, donné par la suite au camp fortifié que les Romains avaient élevé soit sur le mont Autricus, qui dominait la ville gauloise, soit à une certaine distance.

* Au iii c siècle, écrivait en 1853 M. Victor Petit, il fallut, pour se défendre contre les Barbares, démolir les monuments existants et bâtir avec leurs débris une épaisse muraille d’enceinte. On construisit cette enceinte autour du point le plus élevé. Ce fut le castrum, dans la muraille duquel on enfouit un grand nombre de chapiteaux, de bas-reliefs, de monuments votifs et de statues. Nous pouvons chaque jour nous assurer que les débris de la muraille romaine proviennent d’édifices différents et qui devaient avoir une grande beauté et une grande étendue. Les quartiers de la ville restés en dehors du castrum subirent de cruelles vicissitudes durant les invasions et les guerres des siècles suivants. Incendiés et rebâtis à diverses époques, on sentit enfin au moyenâge la nécessité impérieuse de les entourer d’une forte muraille d’enceinte qui les protégeât. C’est la muraille actuelle, bordée de larges et profonds fossés en partie comblés et remplacés par des promenades. Elle renferme au nord l’abbaye de Saint-Germain, qui avait depuis longtemps sa propre muraille d’enceinte, et au sud la porte d’entrée du pont des Romains. » (Annuaire de l’Yonne , 1853.)

Auxerre avait été détruite en 451 par Attila, mais elle ne passa sous la domination des Franks qu’en 486. Clovis fut obligé d’en faire le siège pour s’en emparer. Elle fit ensuite tour à tour partie des royaumes d’Orléans, de Paris, de Bourgogne. Pendant l’anarchie féodale, on n’y compta pas moins de onze seigneuries qui possédaient chacune des droits différents : le comte, l’évêque, le chapitre de Saint-Étienne®, Saint-Germain, Saint-Père, Saint-

1. Voy. dans l’Annuaire de l’Yonne pour 1856 un article de M. Challe, intitulé : Origines historiques attribuées à Auxerre.

2. Le chapitre de Saint-Étienne datait de l’origine même de l'église , mais il n'eut d’existence propre que depuis le x' siècle. II se rendit alors indépendant de l’évèque, et choisit ses dignitaires et ses officiers. Le nombre de ses seigneuries était encore de dix-sept en 1789. Il exerçait dans toutes, les droits de hautejustice, et en jouissait à titre allodial.

Eusèbe, Notre-Dame la d'Hors ou Saint-Vigile, Saint-Marien , Saint-Gervais, Saint-Julien et Saint-Amatre. Des luttes s'engagèrent souvent entre ces seigneurs, surtout entre le comte et l’évêque, et pendant longtemps l’évêque parvint à empêcher le comte d’établir une commune. Le fait suivant suffira pour montrer quelle était au xn c siècle la puissance du clergé : Pierre de Courtenay ayant été excommunié, l’évêque refusa la sépulture à l’un de ses officiers. Le comte furieux fit inhumer le cadavre dans la chambre où couchait le prélat; mais les censures prononcées contre lui furent si sévères qu’il dut se soumettre à déterrer le corps, de ses propres mains, et, nu-pieds et en chemise, à le porter sur ses épaules au cimetière public, lors de la procession des Rameaux.

Dès la fin du xn e siècle, le comte avait affranchi ses serfs ; leur liberté leur fut reprise, puis rendue, au commencement du siècle suivant. Les possesseurs des autres seigneuries imitèrent tour à tour l’exemple du comte,. et quand les moines de Saint-Germain eurent, en 1255, vendu 1000 livres à leurs sujets une charte d’affranchissement, il n’y eut plus de mainmorte à Auxerre.

Sous le gouvernement de ses comtes, Auxerre avait été plusieurs fois incendiée (1075, 1209 et 1216). En 1359, pendant la captivité du comte Jean III, qui, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, avait été conduit en Angleterre avec le roi Jean, lesAnglo-Navarrais s’en emparèrent et la livrèrent au pillage. Le fils aîné du comte, sa famille et un grand nombre d’habitants s’étaient retirés dans le château ; forcés de se rendre à discrétion, ils durent se racheter moyennant 50000 sols d’or au mouton. Ce fut le fils de Jean III qui vendit son fief en 1370 au roi Charles V. Le comté d’Auxerre, réuni alors à la couronne, puis cédé au duc de Bourgogne par le traité d’Arras, ne fit définitivement partie du domaine royal qu’après la mort de Charles le Téméraire.

En 1412, les Bourguignons et les Armagnacs se réconcilièrent solennellement dans l’église de Saint-Étienne ; mais ils avaient apporté la peste, qui fit de grands ravages parmi les habitants de la ville, et cette paix, à laquelle Auxerre avait donné son nom, ne tarda pas à être rompue. Après l’assassinat de Jean

AUXERRE. 441

sans Peur, le duc de Bourgogne, possesseur del’Auxerrois, l’entraîna dans l’alliance qu’il avait contractée avec les Anglais.

La Réforme fit de nombreuses victimes à Auxerre. En 1551 , les catholiques brûlèrent un prêtre de Giers qui avait adopté les doctrines nouvelles. En 1561, ils détruisirent le prêche que les huguenots avaient établi près de Saint-Eusèbe. Après l’édit de pacification, ils firent massacrer 150 protestants par la populace. En 1567, les protestants, s’étant emparés de la ville pendant les vendanges, la pillèrent, saccagèrent et incendièrent les églises, fondirent les cloches, profanèrent les reliques et les tombeaux, renversèrent les autels. Ils avaient inspiré une telle terreur aux catholiques, que ceux-ci, bien qu’ils fussent devenus les maîtres, n’osèrent pas, disent certains historiens, exécuter les ordres de la cour lors de la Saint-Barthélemy.

Sous Henri III, Auxerre adopta le parti de la Ligue; elle ne se soumit qu’en 1594 à Henri IV, qui confirma tous ses anciens privilèges. Pendant la Fronde elle resta fidèle au roi.

Lors de la convocation des États-généraux , Auxerre était le siège d’un bailliage, d’un présidial (le plus ancien de la Bourgogne), de plusieurs autres juridictions subalternes, et d’un évêché suffragant de l’archevêché de Sens. L'Assemblée constituante en fit le chef-lieu du département de l’Yonne. Elle possède une cour d’assises, un tribunal civil, un tribunal de commerce, etc. Son évêché, réuni à l’archevêché de Sens, avait été fondé par saint Pèlerin, qui avait prêché le christianisme au milieu du ni® siècle. Il jouissait avant la Révolution de plus de 33000 livres de revenu.

Auxerre est la patrie de saint Germain, de l’abbé Lebeuf, l’auteur de l’Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris , et des Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, de Lacume de Sainte-Palaye, du baron Fourier, de M e Marie, avocat du barreau de Paris, l’un des membres du gouvernement provisoire de 1848.

La cathédrale d’Auxerre, consacrée à saint Étienne, fut fondée par saint Amatre vers 415, agrandie en 610, et rebâtie vers 1030, après un incendie, par l’évêque Hugues. En 1215, l’évêque Guillaume de Seignelay commença la reconstruction

de toute la partie orientale; mais il conserva l’ancienne crypte qui existe encore aujourd'hui, et c’est sur son périmètre, augmenté seulement de la saillie de quelques contre-forts, que s’éleva la nouvelle abside, t Sur la petite chapelle absidale de la crypte, on bâtit une seule chapelle carrée dans l’axe, en renforçant par des piliers, à l’extérieur, le petit hémicycle du xi e siècle. » Guillaume de Seignelay, en prenant possession du siège épiscopal de Paris, en 1220, laissa des sommes assez importantes pour continuer ces travaux. Son successeur, Henri de Villeneuve, qui mourut en 1234, paraît les avoir achevés; c’est l’opinion deLebeuf, opinion qui se trouve d'accord avec le style de cette partie de la cathédrale. Quant aux transsepts et à la nef, commencés vers la fin du xiii c siècle, ils ne furent achevés que pendant les xiv® et xv e siècles. La façade occidentale resta incomplète, la tour nord fut seule terminée vers le commencement du xvi° siècle. Les dimensions de ce remarquable édifice sont : 100 mètres de longueur sur 39 mètres de largeur aux transsepts, 15 mètres de largeur dans les nefs, et 30 mètres de hauteur sous clef de voûte.

La façade occidentale de Saint-Étienne se divise en trois parties : un porche central surmonté d’une rose avec un fronton terminal, et deux tours latérales quadrangulaires percées d’un porche à la base, et formant ou devant former quatre étages audessus de ce porche. La tour du sud n’est élevée qu’au second étage. La tour du nord, entièrement terminée et richement ornée, a 70 mètres au-dessus du niveau du sol; le quatrième étage contient le beffroi ; les longues fenêtres qui, sur chaque face de la tour, éclairent l’étage des cloches, ont 18 mètres d’élévation sur environ 2 mètres de largeur. £es sculptures des trois porches ont été malheureusement mutilées, et celles dès portails latéraux ne sont pas dans un meilleur état de conservation.

Le portail sud porte le nom de Saint-Étienne, parce que la légende de ce saint y est représentée ; il date du commencement du xiv c siècle. Le portail nord, du style flamboyant le plus riche, est de la fin du xv® siècle et peut-être même de la Renaissance. Ces portails, décorés avec une richesse extrême, contiennent de délicieuses statuettes au nombre de plus de deux mille peut- être

AUXERRE. 443

pour la façade seulement, et sculptées dans une fine pierre brune avec un art et un fini merveilleux. Une grande attention, servie par une excellente vue, ne suffit pas pour apprécier ce luxe d'ornementation : il faut l'aide d’une forte lorgnette pour distinguer la multitude des petits personnages détachés en ronde bosse les uns devant les autres par groupes de trois à six, et ne se rattachant au massif de la pierre que par des points habilement dissimulés.

« Nous avons vu, dit M. Victor Petit, les plus célèbres églises de l'Italie, de l’Allemagne et de la France; nous avons vu des œuvres plus considérables sous le double rapport de l’art et de la science; nous n'avons rien vu qui pût surpasser en beauté, en simplicité et en pureté les sculptures du portail sud de Saint- Étienne d’Auxerre. »

L’intérieur de Saint-Étienne produit un bel efFet d’ensemble, mais la décoration de la plupart des chapelles fait un contraste choquant avec leur style d’architecture. On y remarquera de beaux vitraux, surtout ceux des roses. La chapelle de la Vierge est carrée au lieu de se terminer en abside. Le chœur "présente un échantillon fort riche de l’architecture ogivale primitive dans toute sa pureté ; les caractères de cette période s’y trouvent fortement empreints; la forme des fenêtres, la proportion des arcades, les bases des colonnes et leurs chapitaux à feuilles galbées hardiment profilées , tout annonce le beau temps de l’architecture ogivale. Les bas côtés qui entourent le chœur sont ornés d’arcatures du meilleur effet, dont beaucoup, au lieu d’être portées sur des fûts de colonnes, viennent reposer sur des consoles en forme de chapiteau fort allongé ; ces consoles sont ornées de charmantes feuilles de vigne et de lierre, et, entre les arcatures qui les soutiennent, on voit sortir des têtes de très-grand relief, dignes d’une attention particulière.

Deux monuments attirent les regards à l'entrée du chœur : à droite est le tombeau de Nicolas Colbert, évêque d’Auxerre, mort en 1676 ; à gauche est celui du célèbre traducteur de Longus et de Plutarque, de Jacques Amyot, grand aumônier de France, évêque d’Auxerre , mort en cette ville le 6 février 1593. Amyot est représenté à genoux, mais on ne voit que la partie supérieure

de son corps; il porte au cou l'ordre du Saint-Esprit, dont il était commandeur. Cette figure se fait remarquer par son expression.

A droite du chœur, dans la chapelle latérale, on a élevé sous la Restauration, pour remplacer celui qui avait été détruit, un monument en marbre blanc, « aux nobles et puissants seigneurs Claude de Beauvoir, sire de Chastellux, vicomte d'Avallon, chevalier banneret, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne, gouverneur du Nivernais, lieutenant général du duché de Normandie et maréchal de France, et Mgr Georges de Beauvoir de Chastellux, amiral de France, son frère. » Le bas-relief placé audessous de ces deux personnages sculptés en demi-relief représente la bataille de Cravant.

Les cryptes romanes de SaintrËtienne méritent d’êtres visitées par tous les archéologues, car elles datent, comme nous l’avons dit , du xr siècle ; elles s’étendent sous le chœur et le sanctuaire et forment cinq larges nefs, dont les deux latérales tournent circulairement -autour d’une sorte de sanctuaire ouvert au centre par une double arcade étroite et cintrée, portant sur une colonne à chapiteau bizarre. Les nefs déambulatoires conduisent à l’extrémité est des cryptes, dans une gracieuse chapelle qui est à elle seule, dit M. Quantin, un petit monument. Sa voûte, en berceau, est peinte à fresque; on y voit le Christ à cheval, entouré de quatre anges également à cheval. Son abside se termine par un hémicycle sur lequel est encore représenté le Christ bénissant, accompagné des quatre symboles des évangélistes. Toutes ces peintures sont à la manière byzantine.

Ces cryptes ont été restaurées dernièrement par M. Viollet-le- Duc ; les baies qui les éclairaient ont été réduites à leur largeur primitive ; les piliers boiteux, consolidés et complétés, les murs ruinés, rétablis en larges et belles pierres dures ; enfin, des dalles cachent maintenant la nudité du roc sur lequel elles sont assises.

D’importants travaux de restauration doivent être entrepris à l’église Saint-Étienne dès que la restauration de l’église de Vézelay sera terminée.

« Cette église, dit Millin, avait autrefois des usages très-remar-

AUXERRE

quables. On y a célébré la Fête des fous jusqu'en 1 407 ; ce ne fut qu’en 1538 qu’on vit cesser tout à fait la coutume de jouer à la balle ou pelote dans la nef. Le jour de Pâques, le dernier chanoine fournissait la pelote, et la présentait au doyen, qui la renvoyait à ses confrères ; le tout finissait par une danse et par un banquet où le vin n’était pas épargné. Un usage plus singulier était l’hérédité de la dignité de chanoine dans la maison de Chastellux, en mémoire de Claude de Beauvoir, seigneur de Chastellux, qui reprit la ville de Cravant sur une troupe de brigands qui s’en était emparée, et la remit, sans dédommagement, au chapitre de Saint- Étienne, à qui elle appartenait. Le chanoine reçu, après avoir prêté le serment d'usage, se présentait à la porte du chœur en habit militaire : il était botté et éperonné ; un surplis blanc et bien plissé couvrait son habit ; un large baudrier passait sur ce surplis, et son épée y était suspendue ; le brave chanoine avait les deux mains gantées, un faucon sur le poing, une aumusse sur le bras gauche, et il tenait dans la main droite un chapeau orné de plumes blanches. Cet usage s’est perpétué jusqu’en 1732 '. N’oublions pas que l’instrument appelé serpent a été inventé en 1590 pour l’usage de cette église, par un chanoine appelé Edme Guillaume. »

Nous recommandons aux curieux le panorama de la ville d’Auxerre que l’on voit du haut de la grande tour.

L’abbaye ou prieuré de Saint-Eusèbe fut fondée par l’évêque saint Pallade au milieu du vir siècle. Son fondateur y plaça des moines, qui cédèrent ensuite la place à des chanoines que gouvernait, au ix e siècle, un chanoine de l’église cathédrale avec le titre d’abbé. Les chanoines réguliers de Saint-Laurent y furent introduits en 1090 par l’évêque Humbaut, qui mit un prieur à leur tête. Ce prieuré ayant été réformé en 1654, les chanoines de la congrégation de France en prirent possession. Il a été supprimé à la Révolution, mais il en reste une église qui mérite

t. Millin, qui a emprunté ces faits à Lebeuf, oublie d’ajouter que lorsque César de Chastellux, qui avait pris possession de son canonicat en 1648, parut au chœur en présence de Louis XIV, les courtisans se moquèrent de la bigarrure de son habillement. » Ne badinez pas, leur dit le roi, il n’est aucun de vous qui ne dût se faire honneur d’un pareil titre. »

la visite des archéologues , malgré les restaurations qui y ont été faites il y a peu d’années. Cette église , désignée sous le nom de Saint-Eusèbe, et la plus ancienne d’Auxerre, est un mélange assez peu gracieux de toutes sortes de styles. M. Vachey, architecte, a classé ainsi, à la suite de longues recherches, l’ordre de ses constructions : « La tour, par laquelle les chanoines réguliers ont commencé leurs travaux , aura , dit-il , été achevée vers 1140; les bas côtés ec le soubassement de la nef centrale sont du commencement de la deuxième moitié du xu" siècle ; le haut de la grande nef est de la fin de ce même siècle ; et enfin le pignon ouest, dont la décoration est plus avancée que partout ailleurs, est des premières années du xm e , ainsi que toutes les voûtes de la nef centrale. » Ajoutons que le sanctuaire et l’abside , s’étant écroulés , furent rétablis vers le milieu du xvi* siècle. La date est certaine, car on lit encore sur l’un des piliers du fond de la chapelle de la Vierge une inscription commençant ainsi :

Au mois de may que l’on compta L’an mil cinq cens avec trente ,

Ce temple cy l’on commença.

La partie la plus intéressante de Saint-Eusèbe est la tour du xn« siècle. Carrée par le bas et octogone à l’amortissement des contre - forts , elle se divise en trois étages d’arcades retombant sur de courtes colonnes romanes. Ces arcades sont à plein cintre au premier et troisième étage et ogival au deuxième , différence assez bizarre dans une tour entièrement romane. La flèche octogone en pierre qui la surmonte fut percée au xv* siècle de quatre ouvertures, lorsqu’on établit le guetteur dans le clocher.

A l’intérieur on remarquera surtout les vitraux de la chapelle de la Vierge et des deux chapelles voisines, et diverses œuvres d’art, notamment trois tableaux : la Vierge et l’Enfant Jésus, peinture sur bois, placée dans le chœur ; Saint Jean l’évangéliste et V Incrédulité de saint Thomas, également sur bois et placés dans la chapelle Saint-Jean.

L’abbaye de §aint>(àeriiiain , de l’ordre de Saint-Benoît,

AUXERRE

dut son origine au saint évêque dont elle porte le nom , et qui, vers le milieu du v* siècle, établit sur le mont Brenn une communauté de clercs chargés de desservir l'église de Saint-Maurice qu’il y avait fondée. Après la mort de saint Germain, son corps, rapporté de Ravennes, fut déposé dans l’église de Saint-

Le beffroi d’Auxerre.

Maurice , et bientôt, le concours des fidèles qu'attira son tombeau devint tel, que cette église ne put plus suffire aux besoins du culte. La reine Clotilde, veuve de Clovis, en fit bâtir une autre, et les rois des deux premières races , suivant son exemple, dotèrent richement l’abbaye qu'ils avaient prise sous leur

protection. En 577, Mérovée, fils de Chilpéric, y trouva un asile d'où il ne sortit que pour tomber sous les coups des assassins de Frédégonde. Charles le Chauve s’y retira dans ses revers.

Les écoles de Saint-Germain jouirent au moyen âge d’une réputation méritée. Au ix e siècle on y comptait deux mille écoliers. Le nombre des moines était de six cents. Parmi ses plus célèbres élèves ou professeurs, on cite surtout Héric et Remy (ix« siècle). Raoul Glaber (xi° siècle), et l’abbé Gui (xm® siècle).

Ëleve' sur une hauteur dont l’Yonne baigne le pied, séparé de la cité par une vallée marécageuse, le château de Saint-Germain, comme le nomment les anciens chroniqueurs, muni d’une solide fortification, n’était accessible que du côté du nord-ouest et par conséquent facile à défendre, dit M. Quantin dans sa Description des saintes grottes; aussi les Huns, les Sarrasins, les Normands, qui vinrent successivement ravager et brûler les monastères de Saint-Père, de Saint-Julien et de Saint-Marien et les habitations disséminées autour de la cité romaine , furent arrêtés devant l’abbaye comme devant la cité. Les habitants de Tours, craignant l’invasion des Normands, y apportèrent la châsse de saint Martin, en 832. Au xi® siècle, le roi Robert l’assiégea vainement. En 1359, les Anglais, maîtres d’Auxerre, ne purent le prendre, mais les moines durent consentir à livrer aux habitants , pour sauver la ville menacée d’un incendie, la châsse de saint Germain, dont la valeur était immense. Au xvi e siècle, les huguenots s’en emparèrent (1567) et la saccagèrent, puis les abbé» commendataires achevèrent sa ruine. En 1776, le gouvernement confia pourtant aux moines de Saint-Germain la direction du collège d’Auxerre érigé en école militaire. De cette école sortirent Fourier et le maréchal Davoust. Enfin la Révolution supprima l’abbaye et l’école, et ses bâtiments sont actuellement occupés par l’Hôtel-Dieu, la gendarmerie et l’école normale primaire.

La belle église de Saint-Germain, fondée par Clotilde, reconstruite en 1257, achevée en 1362, saccagée par les huguenots, qui détruisirent le clocher du milieu , les vitraux et une partie des cryptes, a été démolie sous l’empire. Il n’en reste qu'une tour, le transsept, le chœur, le sanctuaire et les cryptes. Il y a peu d’années, on a jeté bas l’antique porte d’entrée du monastère.

AUXEkRE.

La tour de Saint-Germain (le concierge, logé dans sa base, montre les cryptes aux étrangers) est une tour romane de la fin du xi* siècle 1 bien conservée, et classée, comme les débris de l’église, parmi les monuments historiques. Sa hauteur, depuis le pavé jusqu’à la base de la flèche, est de plus de 33 mètres; la flèche a 18 m ,50, ce qui donne une hauteur totale d’au moins 51™, 50. La largeur de la tour est de 9 mètres et la base de la flèche de 7 mètres. Quadrangulaire dans ses deux premiers étages, qlle devient octogone au troisième. Après, avoir traversé l’emplacement de l’ancienne nef romane, on pénètre dans l’église actuelle, dont la façade vulgaire a été construite sous l’Empire ; et, du palier supérieur du double escalier qui descend à l’intérieur, on découvre un beau coup d’œil sur les parties que les démolisseurs officiels de 1810 ont bien voulu laisser debout : trois nefs de quatre travées, de larges transsepts avec deux chapelles latérales, un sanctuaire circulaire derrière lequel s’élève une vaste chapelle (la chapelle de la Vierge), soutenue par quatre légères colonnettes.

Le transsept de droite contient un monument élevé à la mémoire du duc de Berri, mais dont l’inscription a été effacée. La porte qui s’ouvre dans le transsept de gauche conduit dans le cloître, aujourd’hui le préau des malades. Des sculptures relatives à la vie de saint Germain en décorent le tympan ; mais la rosace de pierre du xv e siècle, qui lui fait face, attirera surtout l'attention des connaisseurs.

En suivant une petite allée de jardin longeant le côté sud de . la nef et s’arrêtant vis-à-vis du grand pignon formant transsept ou bras de la croix, on voit à la hauteur de la dernière galerie, dans une niche décorée de moulures ogivales, une statue colossale (2™, 95) de saint Germain, évêque d’Auxerre, revêtu d’étoffes fleurdelysées et tenant de- la main gauche sa crosse abbatiale. Dans l’arcature ogivale, un ange tenant de la main gauche une couronne fleuronnée, semble de la main droite bénir le saint. Cet ange, bénissant un saint, est une particularité qui signale cette

1. M. Vachey pense qu’elle doit dater de 1135 à (140. Annuaire de l'Yonne,

composition du xiv c siècle à l'attention des curieux autant que sa belle exécution.

Les cryptes, fondées par Conrad, oncle de Charles le Chauve, vers le milieu du ix° siècle, destinées à recevoir le corps de saint Germain et ceux de ses successeur^ qui reposaient dans l’église primitive, furent détruites en partie par les huguenots, qui violèrent les tombeaux, et restaurées au xvn e siècle. Elles forment une église sous l’église principale, ayant trois nefs, sanctuaire et chapelle absidale. L’étendue de l’ensemble est de 30 mètres sur 13 de largeur au transsept, et 3 m ,90 de hauteur. Les colonnes témoignent, par leur style, de l’antiquité de ce curieux édifice. La chapelle du fond, sous le vocable de sainte Maxime, et la crypte inférieure de saint Clément, sont du xm e siècle. Les peintures, heureusement à demi effacées, datent du xvi e ou du xvn e siècle. Les tombeaux violés par les huguenots sont vides. Le cercueil de pierre qui contenait le corps de saint Germain est élevé de manière à figurer un cénotaphe.

L’église Saint-Pierre, appelée parfois Saint-Père, fondée au vm e siècle et reconstruite de 1566 à 1652, a été aussi classée parmi les monuments historiques. La tour date de la première moitié du xvi° siècle. L’église se compose d’une nef et de deux bas côtés qui se rejoignent derrière le chœur et qui sont flanqués de chapelles. Les colonnes qui supportent la voûte sont lourdes ; la voûte est couverte, je n’ose pas dire décorée, de peintures; la façade trop surchargée d’ornements, offre pourtant un aspect assez étrange. Mais tous les connaisseurs admireront Yavant-portail de la Renaissance, malheureusement bien mutilé par le temps et par les hommes, qui sert d’entrée à la cour précédant le portail proprement dit. C’est, ou plutôt c’était un chef-d’œuvre de sculpture. Deux colonnes accouplées de chaque côté d’une vaste ouverture à plein cintre soutiennent un riche entablement au-dessus duquel est intercalée une plinthe admirablement sculptée. L'arcade en plein cintre de 3 m ,10 de long, sur 4 mètr. de hauteur semble appartenir à l’art romain plutôt qu’à celui de la Renaissance. Dans le tympan circulaire qui couronne le tout se trouvent deux statues, en bas-relief, accoudées, dont l’une, de femtae, tient une corne d'abondance ; auprès est gravé le mot sceres ; l’autre re-

AUXERRE

présente un homme barbu tenant un groupe de différents fruits, et auprès se lisent les lettres no cz. Le sens de ces inscriptions est aussi controversé que l’époque même de la construction de ce charmant petit portail. On a supposé que la figure d’homme ayant à côté d’elle les attributs de Bacchus, représente Noé, et les trois lettres n o c, suivies d’une autre lettre ressemblant à un z, tendraient à confirmer cette supposition.

Dans la nef latérale à gauche au-dessus de la double arcade en plein cintre de la première chapelle, on lit l’inscription suivante : Les voustes de cette église ont été parachevées en Vannée 1672 ; par l'ordre de noble Nicolas Sevrât , conseiller du royau bailliage et siège présidial d’Auxerre. Honorables hommes Gabriel Regnard , Germain Regnard et Nicolas Choin, marchants de présents en charges de procureurs de la fabrice de céans. '

L’hôtel de la préfecture, classé parmi les monuments historiques, est l’ancien palais épiscopal. La galerie romane que l’on remarque du côté de l’Yonne est du xm° siècle; elle se compose de dix-huit arcades en plein cintre de 0 m ,80 d’ouverture. Les colonnes, surmontées de lourds entablements, sont alternativement doubles et simples. Elles ont toutes un chapiteau différent; leur ornementation varie aussi. Cette galerie a 22 mètres de longueur sur 6 m ,30 de largeur. Elle est adossée à un grand bâtiment d’une construction plus moderne, qui a servi de cuisine à l’archevêché. Les deux pignons à ogive de la salle synodale qui touche à cette galerie ont été construits vers l’an 1257, par l’évêque Guy de Mello, qui y avait joint, du côté septentrional, une charmante chapelle remplacée par un pavillon bâti en 1824. Le petit bâtiment du style gothique, qui donne sur la cour d’entrée du côté de SaintrÉtienne, a été commencé en 1835.

On découvre une jolie vue de la terrasse du jardin, mais l’intérieur de la préfecture n’a rien de curieux; il rappelle seulement quelques souvenirs historiques.... Cinq papes l’ont habité pendant le xu c siècle. Louis XIII y a logé en 1631 ; Louis XIV, Anne d’Autriche et une partie de la cour de France y ont aussi séjourné. Enfin, le 18 mars 1815, Napoléon, arrivé de la veille, y reçut et y embrassa le maréchal Ney, en lui répétant qu’il était le brave des braves.

L'horloge publique a été établie près de l’hôtel de ville, reconstruit en 1730, dans une tour pittoresque nommée la Tour gaillarde, que représente notre dessin (voir page 447), et qui formait autrefois la porte de la cité contiguë aux bâtiments de l’ancien château des ducs de Bourgogne. La jolie flèche qui surmontait cette tour a été incendiée en 1825 et remplacée par l’espèce de séchoir en fer qui la déshonore encore aujourd’hui.

Les amateurs de vieilles maisons en trouveront aux angles de la rue des Lombards et de la rue Joubert, près de Saint-Étienne ; près de la Tour de l'Horloge, rue des Neiges, n” 1 et 5, maisons Louis XIII; rue d’Égleny, hôtel du Grand-Cerf, xv° siècle, aspect féodal et pittoresque; près de l’église Sainb-Germain, rue Cauchois, n° 17, xv e siècle; rue du Collège, n° 2; près de la cathédral nous signalerons la rue Joubert, l’une des plus' vieilles d’Auxerre et des plus intéressantes pour les étrangers, voir surtout les n M 5, 6 et 8.

La bibliothèque que le P. Laire, savant minime, fonda en 1796 pour le service de l’école centrale, échut à la ville en vertu d’un arrêté du premier consul, du 8 pluviôse an xi. Elle est située place Notre-Dame la d’Hors, et elle a pour bibliothécaire M. Quantin, l’archiviste du département, principal auteur du mouvement archéologique qui depuis quelques années s’est manifesté dans le département de l’Yonne et notamment à Auxerre. Elle renferme 172 manuscrits, environ 30 000 volumes imprimés, et des collections de géologie, d’histoire naturelle et d’antiquités romaines et du moyen-âge. Elle est ouverte au public les mardi, jeudi et dimanche de chaque semaine, de midi à quatre heures du soir. La Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, fondée en 1837, a son siège dans le même bâtiment.

L 'hôtel de ville, situé près la belle tour de l’Horloge et contigu au palais de justice, a été bâti vers 1733 sur l’emplacement de l’ancien hôtel de ville qui remontait seulement au xv e siècle. On voit dans le fronton un large écusson sculpté et peint : ce sont les armoiries de la ville, les mêmes dont Mathilde, comtesse de Nevers et d’Auxerre, se servit pour sceller la charte d’affranchissement obtenue en 1223. Ce fait important est raconté tout au long par les historiens d’Auxerre, qui nous apprennent que pour

AUXERRE. 453

compléter la franchise des bourgeois de cette ville, Mathilde leur permit de se servir de son sceau.

L'asile départemental, construit à grands frais sur les plans du directeur, M. Girard de Cailleux, intéressera les médecins et les personnes qui étudient spécialement les maladies mentales ou nerveuses. On le cite comme un établissement modèle.

Il est construit pour le traitement de 350 malades des deux sexes, dont 300 places d’indigents et pensionnaires à 420 francs par an, 10 places de pensionnaires à 730 francs, 24 places de pensionnaires à 1200 francs, et 10 places de pensionnaires à 2400 francs.

Les bâtiments spécialement consacrés au traitement des pensionnaires de l re et de 2® classe sont entièrement isolés des constructions affectées aux malades appartenant aux autres classes ; l’asile se compose de vingt-trois bâtiments, et ils offrent tout le confortable possible : exposition, vue étendue et variée, jardins anglais, salons de réunion, salles à manger, galeries couvertes, chauffage et ventilation dans la saison froide, etc. A droite, la division des hommes avec leurs services spéciaux; de l’autre côté, des constructions analogues et d’égale importance sont destinées aux femmes.

Les pensionnaires de l r ® classe à 2400 francs ont, nuit et jour, une personne de compagnie attachée à leur service ; ceux de 2 e classe à 1200 francs en ont une pour cinq pensionnaires.

L ’HôteUDieu, desservi par des dames religieuses de Saint- Vincent de Paul, a 80 lits pour les malades civils.

Le dépôt départemental de mendicité, desservi par des sœurs de Saint-Vincent de Paul, est, depuis le 1 er juin 1853, établi dans les anciens bâtiments de l’hospice de la Madeleine.

Le jardin public, situé place Notre-Dame la d'Hors, est ouvert tous les jours aux promeneurs. On y a érigé, le 4 mai 1849, la statue de Jean-Joseph Fourier, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, membre de l’Académie française, né à Auxerre, le 21 mars 1768, décédé à Paris, le 16 mai 1830. Sur le bel emplacement appelé la promenade de V Arquebuse, situé près de la porte du Temple, se tiennent depuis 1843, tous les premiers lundis de chaque mois, des marchés aux bestiaux.

Des anciens remparts, transformés en promenades, on découvre de jolis points de vue, surtout en se rapprochant de l’Yonne.

L’industrie d’Auxerre, industrie toute locale, n'a rien d’intéressant pour un étranger; mais, parmi les principaux objets de son commerce — bois flottés, charbons, merrain, briques, etc. — ses vins méritent une mention spéciale. Ceux de la Chaînette et de Migraine , qu'elle récolte à ses portes, sont les plus estimés des environs. Henri IV faisait son ordinaire des vins d'Irancy, de Coulanges et d’Auxerre, à l’imitation de Charles V, Charles VI et Louis XI. Aussi, il y a un siècle, les vignerons de l’Auxerrois chantaient-ils encore de vieux couplets finissant ainsi :

Auxerre est la boisson des rois : #

Heureux qui les boit tous trois !

Érasme avait donc raison, dit Courtépée, de s’écrier dans son enthousiasme : « O heureuse Bourgogne, qui mérite d’être appelée la mère des hommes, puisqu’elle leur fournit de ses mamelles un si bon lait! » O felicem Burgundiam, plane dignam quæ mater hominum dicatur, posteaquam taie lac habet in uberibus. (Lettre à Laurinus. 1522.)

Page 1