TANLAY
A 48 mètres de cette grille s’élève un corps de logis, appelé le Petit château , construit vers 1610, large de 24 mètres et profond de 11 mètres, « un des types les plus gracieux de l’art de bâtir à cette époque, qui n'avait plus, dit M. Victor Petit, l’élégante et merveilleuse finesse de ciselure de l’art italien de la Renaissance, et qui n’était pas encore arrivé à la période lourde d’ornementation qui commença avec le régne de Louis XIII. » On entre ensuite dans une vaste cour, presque carrée, dans laquelle s’ouvrent deux portes. L’une de ces portes conduit au parc, l’autre aux bâtiments de service ou dépendances, formant, eux aussi, un immense carré bâti d’un seul jet, et avec une grandeur de style fort rare, sur les dessins de l’architecte Le Muet, vers l’année 1643. Pour entrer dans le château proprement dit, il faut franchir un fossé large de 22 mètres et alimenté par les immenses canaux du parc, puis traverser, au delà du pont, flanqué de deux obélisques, le pavillon du concierge. La cour d’honneur, large de 42 mètres sur 32 mètres, est formée par un grand corps de logis, ayant à droite et à gauche une aile, terminée, celle de droite, par la tour de la chapelle, et celle de gauche, par la tour des archives. A chacun des grands angles que forment la façade centrale et les deux ailes, s’élève une belle tourelle à pans coupés, qui renferme un escalier en pierre à large montée, tournant sur une colonne centrale. Le corps de logis central, composé d’un rez-de-chaussée, d’un premier étage et d’un attique, est percé à chaque étage de sept fenêtres séparées entre elles par des pilastres places de deux eu deux, d’ordre toscan au rez-de-chaussée, et d’ordre dorique au premier étage. Une immense toiture, couverte en ardoises, s’étend sur tout le corps de logis. La façade opposée, qui donne sur l’ancien parterre, a été construite par François de Coligny d’Andelot. Latour de droite (en regardant cette façade) s’appelle la tour de la Ligue, parce que les Coligny et le prince de Condé, qui résidait à Noyers, s’assemblèrent plusieurs fois dans sa salle principale pour y délibérer de leurs affaires pendant les guerres civiles.
A l’intérieur, on peut visiter : — la galerie , qui, malgré la réduction qu’elle a subie à la suite d’un incendie, en 1762, est encore longue de 27 mètres et large de 9 mètres : des fresques,
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représentant des sujets mythologiques, la décorent;— la chapelle, construite en 1648, et contenant, outre un tableau de Marot (saint Jean l’évangéliste , fin du xvn e siècle), un tableau attribué à l’écote du Pérugin (fin du xv' siècle); — les cheminées en pierre des appartements. La plus grande, celle de la chambre de l’archevêque, large de 2 m ,60, haute de plus de 4 mètres, est décorée de quatre cariatides et de plusieurs statuettes en basrelief. «La distribution primitive des appartements donne une assez médiocre idée du bien-être dans les plus beaux châteaux au xvii' siècle. Des distributions nouvelles, ajoute M. Victor Petit, ont modifié l’état ancien, en conservant avec soin tout ce qui pouvait avoir une valeur artistique. » — 'Les peintures qui décorent une salle voûtée, en pierre, et située au deuxième étage de la tour dite de la Ligue. Ces fresques, en partie effacées volontairement et très-détériorées, représentent un nombre considérable de personnages dessinés dans la proportion des deux tiers de nature. On reconnaît assez facilement les dieux et déesses de la Fable sous les traits ou la figure des personnages célèbres, à divers titres, contemporains des seigneurs de Coligny d’Andelot. Quelques dieux et plusieurs déesses sont entièrement nus; les autres sont vêtus à l’antique, comme on le comprenait au xvx' siècle. Les six statues qui décoraient cette salle mystérieuse ont été enlevées.
Le parc du château de Tanlay, dessiné à la française et entouré de murs, renferme une magnifique pièce d’eau, appelée le Grand-Canal, longue de 530 mètres, large de 25 mètres, etalimentée par de nombreuses sources venant de la vallée de Quincy, que lui amènent de larges et beaux canaux tracés en ligne droite et bordés de vieux arbres. Une construction en pierre de taille, le château d’eau, ferme le canal. Près de l’extrémité du parc, on admire un magnifique tilleul.
Quinze minutes sufdsent pour aller de l’extrémité du parc réservé aux Ruines de l’abbaye de Quincy, situées à 3 kil. environ de Tanlay. Le chemin direct du village passe au moulin, laisse à droite la chapelle de Saint-Ëmilian, gravit une colline et redescend par un petit bois sur l’abbaye, dans un vallon étroit arrosé par un charmant ruisseau. L’abbaye de Quincy fut fondée en
TANLAY. — LÉZINNES.
1133. 11 n’en reste qu’un petit nombre de débris, un bâtiment secondaire, le logement de l’abbé, quelques corps de logis et des fragments du mur d’enclos (xm* siècle). On y remarque une jolie tourelle d’escalier (fin du xv' siècle). L’église a été démolie, l’étang desséché. — La jolie fontaine de Saint-Gaultier (xm e siècle) mérite aussi une visite.
De Tanlay à Lézinnes on ne trouve qu’un seul village, c’est Saint-Vinnemer (640 hab.), situé à la gauche du chemin de fer, sur la rive droite de l’Armançon, au pied d’un coteau. Une longue tranchée perreyée aboutit au tunnel de Lézinnes qui a 532 mètres de long, et que suit une tranchée également perreyée, mais plus courte. La voûte de ce tunnel, haute de 6 mètres large de 8 mètres, est à 24 mètres au-dessous du sol.
27' STATION. — LÉZINNES-
6 kil de Tanlay. — 211 kil. de Paris. — lo4 kil. de Dijon. — 302 kil. de Lyon.
Lézinnes, village de 650 habitants (arrondissement de Tonnerre, canton d’Ancy-le-Franc), se trouve situé près de la rive gauche de l’Armunçon, sur la pente d’une colline. La route de terre le traverse. L’ancien tracé de la voie romaine de Sens à Alise forme actuellement sa rue principale. Ce village, insignifiant en lui-même, doit sa station à ses belles carrières de pierre.
Au delà de Lézinnes, on arrive par un grand remblai au beau pont en pierre de taille, composé de cinq arches en plein cintre de 12 mètres d’ouverture, hautes de 10 m ,33, et de deux autres plus petites pour le chemin de halage, que le chemin de fer a dû jeter sur l’Armançon. On franchit presque aussitôt le canal sur un pont droit de 10 mètres, puis on entre dans une tranchée perreyée qui aboutit à un tunnel de 1000 mètres environ de longueur (sa voûte, large de 8 mètres, haute de 6 mètres, est à 35 mètres audessous du sol), appelé le tunnel de Pacy, parce qu’il est voisin du village de ce nom, et coupant la colline dans laquelle sont exploitées les carrières de Lézinnes. On a alors à droite le canal, l’Armançon et la route de terre. Au delà de l’Armançon on aperçoit Pacy (483 hab.), dont les carrières sont renommées, et dont le château seigneurial, aujourd’hui bien délabré, était autrefois l’un des plus importants du Tonnerrois. Plus loin se montre
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Argenieuil (656 hab.). On franchit une seconde fois le canal(pont biais de 13», 20), et l’Armançon (pont de 5 arches de 12 mètres, haut de 8“,25); après avoir laissé à gauche Cusy (332 hab.), on atteint la station d’Ancy-le-Franc.