‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 57 sur 158 · T STATION. - MONTBARD · texte numérisé non relu

T STATION. - MONTBARD

lo kil. d'Aisy. — 243 kil. de Paris. — 72 kil. de Dijon. — 269 kil. de Lyon.

On trouve à la station de Montbard des voitures de correspondance conduisant à : — Avallon (53 kil. pour 3 fr.); — Châtillon sur-Seine (33 kil. pour 3 fr. , 2 fr. 50 c, et . 2 fr.); — Chaumont (92 kil. pour 9 fr. et 8 fr.); — Coulmiers (19 kil. pour 2 fr. 50 c.,

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2 fr. et 1 fr. 50 c.); — Époisses (20 kil. pour 2 fr. et 1 fr. 50 c.); — Rouvray (32 kil. pour 2 fr. 25 c., 1 fr. 75 c. et 1 fr. 50 c.); — Saulieu (46 kil. pour 4 fr. et 3 fr. 50 c.); — Semur (18 kil. pour 2 fr. et 1 fr. 75 c.).

Montbard (hôtel de l'Ècu), chef-lieu de canton de l’arrondissement de Semur (Côte-d'Or), ville de 2697 habitants, est pittoresquement située dans la vallée de la Brenne, près du canal de Bourgogne , au pied et sur les pentes d’une colline boisée que couronne une vieille tour. Vue de la station ou de ses abords, elle attire et charme les regards; mais, bien qu’elle possède une église du xv' siècle classée parmi les monuments historiques, elle ne mériterait pas une visite, si Buffon, qui y est né le 7 septembre 1707, et qui y a passé la plus grande partie de sa vie, n’y avait laissé des souvenirs impérissables. Depuis le commencement de ce siècle, elle a été le but de nombreux pèlerinages littéraires. Les pages suivantes sont extraites du Voyage dans les départements du Midi de la France, publié par Millin, qui, en 1804, vit encore à Montbard plusieurs personnes ayant servi ou connu Buffon :

« La maison de Buffon ressemble plutôt à une grande habitation bourgeoise qu’à un château; elle est placée sur la Grande- Rue, et la cour est derrière. Il faut monter un escalier pour entrer dans le jardin ; ce jardin est établi sur les ruines de l’ancien château, dont les murs forment les terrasses. Au sommet, il existe encore une tour octogone, c’est celle dans laquelle Buffon a fait ses observations sur le vent réfléchi ; son élévation est de 140 pieds au-dessus de la petite rivière de Brenne, qui traverse la ville. Ce jardin pittoresque et singulier n’est plus aussi bien entretenu que du temps de son illustre propriétaire, mais les arbres étrangers, qu’il y avait rassemblés en très-grand nombre, y forment des bosquets agréables ; cependant on n’y voit plus les fleurs que Buffon aimait à mêler aux arbres avec profusion. Les potagers sont au sud-ouest , sur sept terrasses ; les jardins sont, en tout, composés de treize. Il eût été impossible de tirer un parti plus avantageux d’une position si sauvage et si agreste.

« Le bon Lapierre nous montra tous les lieux dans lesquels

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son maître se plaisait le plus; il nous fit voir surtout le cabinet dans lequel BufTon allait travailler dans les grandes chaleurs de l’été; il est placé dans un pavillon qu’on appelle la TourdeSaint- Jjouis Hérault de Séchelles a décrit ce modeste et simple laboratoire. On y entre par une porte verte à deux battants; l’intérieur

L’église de Montbard.

ressemble à une chapelle à cause de l’élévation de la voûte , et les murs sont peints en vert. Lapierre nous fit surtout remarquer un autre cabinet : c’est un petit bâtiment carré placé sur le bord

1. « BufTon n’a jamais travaillé dans la tour Saint-Louis, comme l’ont à tort avance tous les auteurs de Voyage i à Montbard, et il suffire jeter un coup d’oeil sur les meubles qui s’y trouvaient pour sc convaincre que jamais elle ne servit de cabinet d’études. « Revue archéologique, 12 e année 1855 , article signé H. de BufTon.

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d’une terrasse. Buffon s’y tenait pendant une grande partie de l’année, parce que l’autre endroit est trop froid. De ce pavillon, la vue s’étend sur une plaine coupée par la rivière de Brenne et bordée par des coteaux qui présentent de très-beaux sites. C’est là que Buffon a composé presque tous ses ouvrages : il s’y rendait au lever du soleil, faisait fermer exactement les volets et les portes, et travaillait jusqu’à deux heures à la clarté de quelques bougies Le prince Henri, qui voulut visiter ce modeste cabinet, l’appelait le berceau de l'histoire naturelle. J. J. Rousseau , avant d’y entrer, se mit à genoux et baisa le seuil de la porte. Du temps de Buffon, ce cabinet était orné de quelques dessins d'oiseaux et de quadrupèdes. Quel plaisir nous aurions eu à contempler encore ces images, à voir ces vieilles chaises de cuir, la table de bois noirci, le grossier secrétaire de noyer qui garnissaient ce cabinet; le vieux fauteuil dans lequel Buffon était assis, ayant devant lui la gravure de Newton.... Nous croyions y voir encore Buffon , coiffé de son bonnet de soie gris et vêtu de sa robe de chambre rouge à raies blanches. Nous croyions l’entendre, à travers ces expressions familières : C est ça, tout ça, par Dieu, dire ces mots frappants et profonds qui tout à coup manifestaient son génie.

t En descendant, nous passâmes devant la colonne que M. de Buffon, le fils, avait élevée à son père. On a laissé subsister ce monument; mais on en a fait disparaître l’inscription qui consacrait l’amour filial :

« Excelsæ turri , humilis columna ;

« Parenti suo, filius Buffon, 1785. »

Comme si les sentiments de la nature eussent été un outrage à la liberté!

« Le bon Lapierre, mesurant ses instructions à l’intérêt que nous y mettions, ne nous laissait rien passer ; il nous fit voir la maison de Daubenton , cet assidu compagnon des travaux de Buffon, il nous montra l’escalier que Buffon montait tous les

1. « Il n’est point vrai de dire non plus que chaque matin, après s’ètre renfermé dans sa retraite isolée il fit hermétiquement fermer les fenêtres pour travailler à la clarté de quelques bougies. » Id. ibid.

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matins, à cinq heures , pour se rendre au cabinet que nous venons de visiter »

Bufifon a fait oublier les anciens seigneurs de Montbard , les ducs de Bourgogne. Qui se souvient actuellement, s’est demandé un historien, que Philippe le Hardi reçut, en 1370, dans le château de Montbard, dont il ne reste, pour ainsi dire, que le donjon, — nous en reparlerons ci-dessous — Marguerite de Flandre, sa nouvelle épouse, au milieu d’une cour splendide? que cette princesse y mit au monde Marguerite, mariée à Guillaume, comte de Hainaut et de Hollande, et Catherine qui devint la femme de

Le vieux château de Montbard.

Léopold IV, duc d’Autriche? que Jean sans Peur y fut élevé, et qu’il y retint prisonnier, en 1412, les trois fils de Jean I er , duc de Bourbon? que le duc Philippe le Bon y maria, en 1423, dans la chapelle Saint-Louis, sa sœur Anne avec le fameux duc de

1. La ville de Montbard a élevé une statue à Bufion. Cette statue signée Dumont 1847, fondue par MM. Eck et Durand, en 1854. a été exposée en mars 1857 dans les Champs-Elysées , près du palais de l’Industrie ; elle n’a rien de remarquable que sa simplicité. Buffon est représenté debout, la tête nue. Il porte l’habit brodé, la culotte courte et l’épée. Sa main droite tient un crayon, l’autre un rouleau de papier, sur lequel on lit ces mots : Histoire naturelle.

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Bedford, et qu’il y donna en dot à son autre sœur Marguerite, en la mariant avec Arthur de Bretagne, la ville de Montbard, dont cette princesse fit sa résidence habituelle t enfin, que les états de la province de Bourgogne s’y rassemblèrent deux fois , en 1376 et en 1381?

Le château de Montbard, autrefois l’un des plus vastes et peutêtre le plus fort de la province, ne peut, tel qu'il existe aujourd’hui donner au voyageur aucune idée de ce qu’il fut ni même de ce qu’il était encore en 17â2, époque où BufTon en devint propriétaire. A la fin du xvii* siècle, il subsistait en entier, mais la terre de Montbard ayant été réunie en 1682 au domaine du roi, et l’esprit du gouvernement n’étant pas d’entretenir des forteresses au centre du royaume, il tombait en ruines dès le commencement du xviii' siècle. BufTon le fit démolir en grande partie, et ne conserva que le mur d’enceinte construit en grosses pierres de taille seulement rustiquées entre quatre ciselures comme l’étaient les autres par'.ies du château, la grande tour qui est au nord, et celle dite de Saint-Louis, qui est au sud, mais celle-ci abaissée d’un étage.

Montbard n’a jamais été le mons Bardorum (le mont des Bardes). Son nom le plus ancien, mons Barras , ne dérivât-t-il pas des vieux poètes gaulois, son origine passe cependant pour être fort ancienne. Mais les premiers temps de son histoire, trèsobscurs d’ailleurs, n’offrent rien d’intéressant. Après la mort de Charles le Téméraire, Louis XI la donna au marquis de Rothelin. En 1682, la terre dont elle portait le nom, et qui avait compté un grand nombre de propriétaires, devint domaniale. Le comte de Buffon (Georges-Louis Le Clerc) la prit à titre d’engagement au xvm c siècle. La ville était autrefois plus peuplée qu’aujourd’hui. Les épidémies, les famines, la guerre, le siège qu’elle soutint en 1590 contre l’armée royaliste, car elle avait embrassé chaudement le parti de la Ligue, avaient diminué considérablement le nombre de ses habitants, qui s’augmente maintenant d’année en année. Le chemin de fer a donné une activité nouvelle à son industrie et à son commerce.

Le donjon de Montbard , le seul reste important de l’ancien château des ducs de Bourgogne, a été classé parmi les m'onu-

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ments historiques. Il consiste en une grosse tour carrée à quatre étages, en y comprenant le rez-de-chaussée, terminée à son sommet par une plate-forme qui est dallée , munie de créneaux , de meurtrières et de petits mâchicoulis. Il a été construit dans les premières années du xiv c siècle. Sa hauteur est de 40 mètres. A chaque étage on trouve une grande salle voûtée qui reçoit la lumière par de très-petites fenêtres. C’est dans ces salles qu’en temps de guerre les habitants de Montbard et des villages voisins qui y avaient droit de retraite venaient déposer leurs effets pour les soustraire au pillage. Du côté de l'intérieur de l’enceinte, cette tour est encombrée par des remblais qu’il serait nécessaire de faire enlever. L’étage souterrain est comblé. Eu 1853, lors des réparations qui furent faites à la plate-forme en nettoyant les gargouilles qui donnent passage à l’eau, on trouva dans l’uue d’elles un boulet de fer ; il faut rappeler ici qu’en 1814 et en 1815 de forts détachements des armées alliées furent casernés dans ses vastes salles. A l’est, il existe une autre tour, ronde, mais tellement défigurée par des appropriations intérieures, exécutées dans le siècle dernier, et en si mauvais état, qu’elle n’a plus aucun intérêt. Cette tour est d’ailleurs privée de ses étages supérieurs.

Montbard est aussi la patrie de Daubenton, qui y naquit le 29 mai 1716, et qui s’y livra, dans un parc voisin de la ville, à ses belles expériences sur l’éducation des'bêtes à laine.

On peut faire dans les environs de Montbard deux excursions intéressantes : on peut aller visiter les ruines du château de Montfort et l’abbaye de Fontenay.

Les ruines du château de Hontfort sont à 4 ou 5 kil. de Montbard, sur la route de Semur. Après avoir passé sous le chemin de fer, cette route, récemment rectifiée, remonte uue jolie vallée arrosée par un ruisseau nommé Dandarge, et bientôt on aperçoit eu face, sur le sommet d'une colline isolée, les derniers restes de l’ancienne baronnie de Montfort (nions forlis) . Les barons de Montfort étaient déjà connus au xi e siècle. Des mariages firent tomber leurs domaines dans la possession de Guillaume, le prince d’Orange, dont la fille épousa Frédéric-Casimir, prince palatin de Landsberg. Ce fut ce prince qui rebâtit le château

actuel eu 1626, et qui fit construire la chapelle. Les princes d’Orange, et après eux les palatins, avaient établi dans leur château un prêche pour leurs officiers et les huguenots du voisinage. Les héritiers de Frédéric-Casimir vendirent, en 1681, la baronnie de Montfort à Anne Souvré, épouse de François-Michel Le Tellier de Louvois. Elle passa ensuite au fils de Louvois , le marquis de Barbezieux, dont la fille, femme du duc d’Harcourt, la céda, en 1730, à Frédéric de la Forêt. Détruit à la Révolution, ce beau château est devenu une carrière pour les habitants du voisinage.

L’abbaye de Fontenay est à peu près à la même distance, mais du côté opposé, près de la route de Châtillon. M. Séguin, correspondant de l’Académie des sciences, y possède une fabrique importante de papiers. « C’est, dit M. de Caumont ( Bulletin monumental, t. XVIII), un des établissements monastiques les plus' curieux que j’aie rencontrés. Le cloître est très- bien conservé ; il date, selon toute apparence, ainsi que l’église et la salle capitulaire, de la deuxième moitié du xii c siècle. Le dortoir, situé au-dessus de cette salle, s’appuyait, d’un côté, sur le transsept de l’église; l’autre extrémité, orientée au sud, offre encore un gable percé de fenêtres élégantes.... L’église est considérable et dans le style roman bourguignon de transition....

c Je ne sais, ajoute. le savant archéologue, quelle était primitivement la destination d’un grand bâtiment du xm° siècle que j’ai visité dans une des cours , et dont M. Sagot m’a procuré un dessin d’autant plus précieux qu’il présente à l’extérieur l’édifice tel qu’il était en 1832, avant que M. Séguin l’eût fait exhausser. Cet édifice se composait, au rez-de-cbaussée, de quatre pièces de grandeurs inégales et voûtées en pierre , avec colonnes cylindriques au centre, excepté dans une pièce du milieu, dont la voûte était percée d’une ouverture circulaire semblable à celle des anciennes cuisines et évidemment destinée à laisser passer la fumée. » Courtépée dit que ce bâtiment était le réfectoire.

L’abbaye de Fontenay (ordre de Clteaux) fut fondée, en 1118, par Bernard et Milon de Montbard, oncles de Saint-Bernard. Ébrard, évêque de Norwich, fit bâtir l’église, que le pape Eu-

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