EXPORTATIONS
Les produits rapportés du Soudan occidental (1) par les caravanes sont :
Les plumes d'autruche, dont le kilog. vaut 45 à 50 fr. à Tin-Bektou et qui se vendent 90 à 100 fr. le kilog, à Tripoli ;
L'ivoire qui se vend à Tin-Bektou 1.100 à 1.200 fr. les 100 kilog. et qui s'achète 2.400 à 2.500 fr. les 100 kilog. à Tripoli ;
Les peaux de bœufs tannées ; peaux de chèvres, de lions, de panthères ; outres tannées en petite quantité ;
La poudre d'or; les objets en or travaillé;
Les cornes de rhinocéros ; vases en bois ; paniers; bekhour du Soudan, indigo.
Je laisse la parole à M. le commandant Déporter :
«• Les marchandises sont arrangées en ballots, 2 ballots » font la charge d'un chameau. Ces ballots sont couverts » de sac et ficelés avec do la corde de chanvre. »
« On estime que chaque chameau rapporte de Tin-Bektou » une valeur moyenne de 12.5<X) ou 13 000 francs; chaque » chargement d'ivoire est évalué à 7.000 ou 7.500 francs. »
« On compte chaque année une moyenne de 9.000 cha- » meaux composant les deux akabar Muni à Tin-Bektou; » cela donnerait annuellement pour l'exportation un chiffre » d'affaires d'environ deux millions en chiffres ronds, sans » y comprendre bien entendu le commerce des esclaves qui ■ ne peut entrer dans nos supputations. »
En ajoutant aux deux akabar mentionnés par M. Déporter, les cinq ou six ;^ouirig qui font chaque année le même trajet, on peut évaluer à 4 millions le chiffre total de l'exportation du Soudan occidental par le Touat. Ces marchan-
(4) D'après les renseignements recueillis pnr M. Soleillet, Findigo et l'ivoire vont ù'In-Salah à Motirzouk par Rhadamès fGhadamésJ et de là en Egypte ; les plumes d'autruche vont à Tripoli, les gommes vont au Maroc. — Capitaine I. Derrien. Le Chemin de fer Transsaharien d'Oran au Touat, p. 18.
dises ne représentent du reste Qu'environ un million 500 mille francs sur les lieux de proauction.
En définitive, entre le Nord de l'Afrique et les deux régions soudaniennes, malgré l'insécurité, la longueur des parcours et les difficultés de terrain, il y a un mouvement commercial se chiffrant par 33 millions et 600 mille francs à l'im- Eortation et 10 millions à l'exportation sans y comprendre i traite des nègres.
Il faut remarquer qu'en l'état actuel des voies de communication, il n'y a que les marchandises d'un très haut prix qui puissent être exportées de l'Afrique centrale à travers le Grand Désert. Aussi une quantité prodigieuse de productions végétales et minérales restent-elles sans emploi dans l'intérieur du continent. Sur les confins du Soudan occidental, toutefois, les comptoirs et les colonies européennes de la côte Atlantique et du golfe de Guinée, font un commerce d'exportation déjà considérable. Mais ce commerce sera toujours restreint par l'insalubrité de ces régions maritimes et surtout par leur éloignement de l'Europe.
Enfin il importe de retenir que les populations sahariennes écrément une partie de ce commerce et que sur le passage des caravanes elles acquièrent soit comme dons ou redevances coutumiers, soit par des achats, une quantité assez considérable de marchandises d'importation, surtout de celles de provenance européenne. En retour, elles fournissent aux caravaniers du beurre, du lait, des fromages, du gibier, de la viande de mouton, de chèvre et de chameau. Pour estimer le bénéfice réalisé par les négociants sahariens de Tripoli, de Ghadamès et du Touat, il faut, également décompter le prix du transport à dos de chameau qui est très élevé et se monte à 50 p. O/o et quelquefois à 75 p. O/o du prix d'achat de la marchandise, avant son transport. (1)
(4 ) H. Duveyrier. Ouvrage cité. — Barth. Ouvrage cité. — Commandant V. Déporter. Ouvrage cité.
Oommeroe futur du Sabara et du Soudan
Avec l'ouverture du réseau transsaharien et le développement des relations commerciales qui en sera la conséquence immédiate, les échanges actuels décupleront en quelques années. Les prix des marchandises riches subiront une baisse légère qui augmentera leur écoulement. Les marchandises de valeur moyenne ou faible, les matières premières lourdes, les graines alimentaires franchiront le Sahara ; ca qu'elles ne font pas actuellement. Pour obtenir ce résultat, il suffira que le Transsaharien imite les transcontinentaux du Pacifique qui ont réduit à fr. 04, fr. 03 et fr. 02 centimes par tonne et par kilomètre, le prix de transport des marchandises grossières qu'ils reçoivent par millions de tonnes.
D'un autre côté, les produits végétaux ou minéraux aujourd'hui inutilisés dans le Soudan occidental et surtout dans le Soudan central, entreront dans le commerce international par l'intermédiaire des Français. Aller droit au cœur de l'Afrique, n'est-ce pas au surplus, aller à la découverte de productions nouvelles? Il y a soixante ans que nous avons conquis l'Algérie. Qui pensait à cette époque aux milliers de tonnes de liège et d'alfa qu'on en exporte, qui songeait à la culture du palmier et de la vigne ?
Ce qu'il y a de certain c'est que pour le moment, il n'y a que ceux de ces produits végétaux et minéraux du Soudan qui se trouvent suffisamment rapprochés de l'océan ou des fleuves navigables qui soient enlevés par la navigation de la côte occidentale a' Afrique, d'où en 1837, l'Angleterre exportait déjà pour 27 millions d'huiles de palme^ de bois, de peaux, d'ivoire, de bois de teinture, de gomme copal, de plumes d'autruche: pesant 15,650 tonnes. En 1876, l'Angleterre a exporté 172,260 tonnes de ces articles et depuis ce trafic a encore augmenté.