Continuât, des Pensées, c. 13 sq
.'j. Dictionnaire, art. Malilnnut, i. III, p. 't2{), n. L.
fait, est une hypothèse moins naturelle dont la seule révélation peut faire une vérité (1). La raison livrée à ses seules forces n'y a pas conduit les anciens et n'y conduit pas sans la grâce.
Mais il y a plus troublant encore.
Ce Dieu contre lequel la raison peut élever de si graves difficultés, révolte la conscience. Parmi ses attributs deux au moins sont moralement inconciliables, la j)uissance et la bonté. On dit (pi'il a créé le monde et l'homme pour uuuiifester sa puissance ; soit, mais c'est au détriiuent de sa bonté puisque dans ce monde l'homme est malheureux. — L'homme est malheureux par sa faute, ayant mal usé de sa liberté. — Pourquoi Dieu lui fit-il un présent funeste, sachant qu'il en mésuserait ? — Parce qu'il lui était plus {glorieux d'être aimé et adoré par choix, et, d'autre i)art, pour manifester éminenmient sa bonté et sa puissance en réparant le mal et en sauvant l'humanité, — La première raison ne justifie pas sa bonté, la seconde la fait paraître sous un jour étrange. Que dirions-nous d'une mère qui envoie sa fille au bal où elle est libre de se perdre, prévoyant qu'elle s'y perdra ? d'un homme qui casserait les jambes à ses enfants pour montrer à toute une ville son habileté de rebouteur ? Seuls les manichéens, avec leur hypothèse absurde d'un Dieu méchant ennemi du Dieu saint, ont résolu le problème du mal sans choquer la conscience, c'est-à-dire sans faire Dieu auteur direct de la souffrance, auteur indirect du ])éché (2). Or « dès qu'on oserait enseigner que Dieu est l'auteur du péché on conduirait nécessairement les hommes à l'athéisme )^ (3).
La conscience juge de la foi contrôle aussi la Bible, bien loin d'être régie par elle, et alors apparaît la relativilc de VEcviliirc au point de vue moral. Les histoires et les enseignements que nous fifTre en particulier l'Ancien Testament n'ont jias une valeur absolue. Nous ne saurions prendre ])our norme la conduite des honunes de Dieu en Lsraël, car elle heurte i)lus d'une fois noire morale. Ce n'est donc pas la Parole de Dieu qui éclaire et redresse notre conscience, c'est notre lumière naturelle (jui fait le départ dans la Bible entre ce qu'elle approuve et qui peut, si l'on veut, être appelé divin, et ce (lu'elle réprouve, (pii est humain, histori-
1. V. aussi sur celle fiuestioii la controverse avec Leclerc. dans les « Réjionses au provincial •• n704-0()) et, dans le Diclioiniaire, l'article 7.(ib(irellii.
2. Cet examen du iiiolilènie du mal occupe la principale place dans l<'.s derniers écrits de Hayle : >< Continuation des pensées >•, — " Réponses au,\ f|uestions », — « Entretiens d^ Maxime et de Théniiste > (17()(>) et dans plusieurs articles du Diclionnaire : Minùrlircns, Paiiliricns, subsidiairenient : Marcioniles. lintliis et liiifiii.