Art. XXIII. P. R. XXVII
3. Celte idée émise par Vinct : « Peut-être ne serait-il pas très dilTicilc de distinguer les moreeaux où Pascal est chrétien selon la norme de son église et de son parti, et ceux où il est chrétien à sa manière », a été développée dans une excellente thèse de Montauhan à laquelle nous empruntons beaucoup : S. Séquestra : i D'un dualisme dans la pensée reliijieuse de Pascal. » 1895. Le P. Petito.t nous semble avoir exactement dosé la part des « preuves extrinsèques » et celle des « preuves subjectives » dans l'Apologie des Pensées. Depuis cette étude équitable et pénétrante, partisans de « rinnnanence • et chrétiens intellectualistes ne peuvent plus prétendre accaparer Pascal. O. c. 2« partie.
que était inouï : c'était tourner le dos à,resprit du siècle, aux cartésiens elirétiens qui, enivrés de la mathématique, dcmontrcnl si inaj,'nili<iuement (i priori le Dieu des ijb.ilosophes et des savants, jusqu'au moment où Kant brisera leurs palais de verre (1). Mais, avant Pascal, Grotius avait connu rimi)ortance du problème historique dans le problème religieux (2) ; une bonne moitié des Pcnscvs vient des iirédécesseurs et de l'école. Il raccei)fe telle quelle, l'illuminant çà et là de quelques éclairs de son génie. C'est une démonstration de la divinité de Jésus et de son église i)ar des arguments exégétiques et historiques, par une critique des témoignages. Une telle apologétique n'est pas populaire puisqu'elle réclame des connaissances exceptionnelles. VA\e est d'une efficacité douteuse, puisque tout en invoquant miracles, prophéties et figures pour triompher de la raison des incrédules, Pascal avoue çà et là ([ue seul le croyant peut constater le miracle et être touché i)ar la prophétie, à plus forte raison par certaines figures que l'on tire par les cheveux (3).
L'autre méthode, déjà en germe chez les Pères, notamment chez Tertvdlien disant : « anima humana naturaliter christiana » (4) et chez St-Augustin, consiste à faire sentir l'admirable adaptation de la religion chrétienne aux besoins de l'àme humaine, n'y ayant pour l'homme aucune communication i)ossible avec Dieu en dehors de Jésus-Christ (5).
La méthode externe s'adresse à l'esprit sans toucher le coeur : elle a le défaut de dépendre à chaque instant de l'état des sciences philologiques et historiques. La méthode interne par l'observation psychologique repose sur l'expérience commune de tous les hommes de bonne volonté qui ont « goûté combien le Seigneur est bon ».
La i)remière était destinée à voir tomber l'une après l'autre l)resque toutes ses ])ositions. La seconde est aujourd'hui debout. En plein triomphe de rintellectuali.sme cartésien, Pascal procla-
1. V. liriin.srlivirti : .. Spiiio/a cl ses contemporains », 1\c\. de métaphysique et «le morale, lOOCi, p. 70,3.
2. » De Verilate... », 1. III. Ce grand esprit sentait aussi l'importance de la philolonie. Il est le père de l'exégèse grammaticale, dans ses « Annotationes in V. Testameninm (Hitl, 3 v. fol.) et N. Testamentum >•. (1644 fol.).
3. « Il y a des figures claires et démonstratives, mais il y en a d'autr«-s qui seml)lent un peu tirées par les cheveux, et qui ne prouvent qu'à ceux (|ui sont i)ersu«<lés d'ailleurs. - XVI, 1. P. H. XII, 1. •< Les prophéties, les miracles mêmes et les i)reuves de notre religion ne sont pas de telle nature qu'on jïuisse dire ([u'ils sont ahsolument convaincants. » XXIV, 18. Ceux-là seuls .. voient véritablement les miracles à qui les miracles i>rofltcnt. •• Let. 9 à Mlle de Hoannez.
4. C'est le sujet de son traité « De testimonio aninuc ». Il a dit ce mot pascal ien : « On ne se rend qu'à son propre témoignage ».