IV
ne séduisent que peu de temps peu de personnes. Ils sont faits en seeret et mal circonstanciés (1).
Mais voici une objection plus forte : la vérité des faits de l'évangile est moins évidente que l'absurdité des dogmes qu'il propose : la Trinité, la mort d'un Dieu. « Les faits, quelque certains « qu'on les suppose, n'arriveront jamais à un degré de certitude « qui égale et qui balance la contradiction palpable des mystè- « rcs... Les faits n'ont qu'une évidence historique et le faux des « mystères est d'une évidence métaphysique. Loin donc que les « faits démontrent la vérité des dogmes, il est manifeste au con- (( traire que l'absurdité visible des dogmes démontre la fausseté « des faits sur lesquels on veut appuyer les dogmes » (2). Les faits n'ont qu'une certitude morale étrangère et indirecte, les mystères enferment une fausseté logique, interne et immédiate. Dans le doute il faut ])référer ce qui est le i)lus évident.
— Ce raisonnement, dit Houteville, repose sur des sophismes. Il n'y a pas de degrés dans l'évidence, une chose est évidente ou ne l'est pas. Il m'est également évident que le tout est plus grand que la partie et que j'existais il y a vingt ans. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la projjosition spéculative contient une vérité nécessaire et la proposition de fait une vérité contingente. Si nous accumulons tant de preuves du fait, ce n'est pas pour augmenter la certitude, qui est entière avec la première démonstration, c'est ])arce que les esprits ne sont i)as tous frai)pés par les mêmes arguments (3). Les mystères sont obscurs mais non absurdes. On ne peut airirmer l'absurdité d'une proposition que si l'on a une connaissance parfaite des idées qu'elle enferme. Sinon l'on n'est pas sûr (|ue ces idées s'excluent (4). Vous ne niez pas Dieu sous prétexte que son infinité est incompréhensible. Notre impuissance à
1. Suivent quplquos objections classiques auxquelles Iloxitcville oppose les réponses classicjues : Selon ,1. C. les miraclex sont des signes incertains (Marc 13, 22). — La supériorité des miracles divins éclate toujours sur les autres et la doctrine qu'ils appuient sert à les discerner. (Notre auteur se débat ici dans le cercle vicieux : les miracles autorisent la doctrine fini autorise elle-même les miracles. Nous retrouverons celte controverse «léflnitivement éclaircie et close par Rousseai".). Seul le christianisme a eu des martyrs. — Si l'on en veut trouvei- ailleurs, c'étaient des honinies qui mouraient pour une doctrine, les cbrétiens seuls mouraient pour attester des faits. illonleville nie froidement que les cbrétiens aient jamais fait souffrir personne, en un siècle «jui revit les dragonTiades, enlèvements d'enfants, massacres d'assemblées, profanation des cadavres, condamnolions à mort ou aux galères pour fait de religion).