V. supra
6. Duguet ( Ki l!»-17;53i, une des plus belles âmes du jansénisme, quitta l'Oratoire en l(i85 pour partager l'exil d'Arnauld. Rentré à Paris en 1690, il vécut dans la retraite, écrivant d'admirables lettres de direction spirituelle. St-Simon, qui l'a beaucoup connu, remarquait que « tout lui fournissait matière de quoi dire et instruire ». L'opposition qu'il fit à la « Bulle » le remit en vue quelque temps. V. abbé Goujet : « Vie de Duquel », 1740. Ste-Beuvc : « Port lioijal .. , t. VI.
parut en 173G avec un avertissement du P. Lenet, génovéfain. (^e tlernier précise la niétliode de l'auteur, qui est bien celle des Régis et des Houtevillc : « il suflit de s'informer si Dieu a parlé pour « s'aveugler sur ce qu'il a dit, et, après les preuves tle la révéla- M tion, il n'en faut plus attendre des choses révélées » (1). Ces preuves sont des faits historiques surnaturels, qui sont ])ossibles puistju'ils furent.
Duguet expose d'abord les motifs (|ui engagent à étudier sérieusement les principes de la foi chrétienne ; le plus puissant de tous est le désir du bonheur : « elle ne commande à l'homme que d'être heureux et ne lui défend (}ue d'être misérable » (2). La nécessité d'une révélation résulte de l'impuissance de la raison humaine à sonder les volontés libres de Dieu. Un seul peuple prétend la posséder (3), dans le livre le plus ancien. Une preuve sufTit à la garantir : les prophéties, dont l'auteur fait l'étude la plus minutieuse que l'on ait vue depuis Huet.
Avec sa foi d'enfant, il tondje malheureusement dans la démence allégorique et joint au petit nombre des prophéties frappantes les p{/urcs les plus arbitraires. Moïse priant les mains étendues et donnant la victoire figure J.-C. (4). Joseph vendu, mis au tombeau, grand en Egypte, adoré i)ar ses frères, est un type du Rédempteur, tué par son peuple, grand chez les païens, adoré un j(Hir par les juifs. Isaac, longtemps à l'avance, annonce la mort de .Jésus. « Q)ui ne voit que les hommes dans le sacrifice de J.-C. n'ont été que les ministres et les exécuteurs d'un conseil éternel » ? Voltaire exjjloitera cet im])rudent aveu.
Quand nous passons au Nouveau Testament, la vérité du christianisme est déjà démontrée. Je poursuis uniquement, dit Duguet, «' i)our me montrer à luoi-niême les richesses dont je suis en j)()ssession » (5). Kst-ce parce qu'il tient la victoire qu'il semble lléchir désormais ? Les grandes objections le trouvent démuni. Pourquoi la résurrection ne fut-elle pas publique, la croix l'ayant été ? — Parce que J.-C. aurait dû se montrer à chaque concours de ])euple, sans (juoi les absents auraient toujours douté. Parce (|ue nous aurions eu des rapi)orts contradictoires d'amis et d'ennemis, d'où la vérité se fût mal dégagée ; i)arce (pic le mélange de lumière et fl'obscurité exerce la foi et discerne les incrédules (fi). Duguet