Chant V, v
2. H serait injuste de s'arrêter au tableau de la digestion :
« Au sortir d'un repas, dans votre sein paisible
Quel ordi'c renouvelle un combat , invisible.
Et quel heureux vainqueur a pu si promptcnient
Chercher, saisir, dompter, broyer cet aliment ? > (Ch. V, v. 144).
3. René de Bonneval est, d'après Barbier, l'auteur de Réflexions sur l'imo nyme et ses conseils à M. Racine au sujet de son poème de la Religion, (an.) 1742, 8", 7 p. Il déclare qu'il ne faut pas traiter de religion en r\'ers. La Correspondance de Raynal parle dédaigne;usement du <i poème plus connu qu'estimé de M. Racine ■ I, 2<>r). Mentionnons outre la l"^- édition *1742) celles de 1747 et 1752 (Œuvres complètes) et la réimpression de Miijne. Dém. év. t. 8.
4. Chez Garnier 2 v. 12. Vernet remercie l'éditeur dans l'Introduction du t. 8.
au-dessus des étroitesses d'école ou d'église, enseignaient dans la petite Genève, déjà grand carrefour d'idées.
TuuKETTiN, descendant de persécutés italiens, avait visité la Hollande, l'Angleterre et la France, où il avait vu les hommes les plus cultivés. Recteur de l'Académie, de 1701 à 1737 date de sa niort, il fut nommé en 1705 professeur de dogmatique et travailla à alléger le joug des formules qu'on imposait aux professeurs et aux pasteurs. C'est ainsi qu'il fit abolir la confession de foi obligatoire. Il essaya aussi de rapprocher luthériens et réformés (1).
Veunkt, fds de réfugiés provençaux (101)8-1780) fut un des disciples préférés de Leclerc et de Tiirrettin. Il se destina au pastoral, en voyant une agonisante consolée par une i)rière du vieux Ih'iicdict Pictet (2). Il voyagea en France, en Italie, en Allemagne et en Angleterre, fit, à 30 ans, la connaissance de Montesquieu à r»ome et i)ublia l'Esprit des lois à Genève en 1748. En 1756 il fut nommé j)rofesseur de théologie. On connaît ses relations avec Rousseau dont il combat avec modération le déisme dans son Traité, sa liaison puis ses démêlés avec Voltaire (3). Sa notoriété le fit consulter par Malesherbes, préoccupé d'améliorer la condition des protestants français. Vernet préconisa non une tolérance précaire mais le retour au droit commun.
Ces deux auteurs étaient aptes à comprendre les plus nobles aspirations de leur siècle. D'autre part leur science et leur piété les avaient bien armés pour la défense de leur foi.
La première partie du Traite, œuvre de Turrettin, est un exposé de composition très classique. Le besoin d'une révélation est établi par l'aveu de plusieurs philosophes anciens (4). Tous les nova-
1. Oïl peut juger dp sa hauteur d'esprit par sa Ilarançiiie sur la liaison qu'il y a entre les sciences et la reli(jion, (De eruditionis pf pictatis noxu oratio aca- {Ipiiiiea, Genève 1700, t"). Au moment où Baylc identiflait la religion à la superstition, il les distingue nettement et montre quel secours la religion reçoit des sciences. Elles délivrent l'esprit des superstitions contraires à la piété : la croyance aux présages, comètes, éclipses, aux es^irits et à la magie. Les siècles d'ignorance ont corrompu toute religion. Le xvi" siècle a vu simultanément la renaissance scientiflcpie et la renaissance religieuse. « Enfin les véritables scien- « ces rendent les honunes équitables, doux, modérés. // ne faut pas s'étonner « que les enthousiastes, les fanafhines et autres visionnaires de nos jours décla- •< ment tant contre les sciences ; leurs visions ne sauraient subsister en présence u des lumières dont elles brillent toujours ».
2. '■ Les exhortations du jiasteur et surtout ta jirière bcrtileversèrent mon àme. \a\ figure angoissée de la mahxie, qui repi-enait i)eu à peu le calme et imc expression d'esi)érance, me causèrent une émotion profonde et je résolus de me voitcr à ces fonctions dont les l)ienrails jiaraissaient visibles auprès des ctrcs souffrants » c. p. Encyd. IJchtenberuer [.-JO], t. XH, .322.
3. V. Desnoireterres, t. V et VII. Sur le libéralisme de nos deux auteurs, cf P. M. ^fasson [160] I, 198 sq. et les références (pi'il inditiue.
•1. <' Il ne reste presqu'aucune trace de la lumière i)rimilive ■. Tusculaiics 1. 3.
DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A L ENCYCLOPEDIE
teurs, y compris Socrate, donnent leur doctrine comme venant du ciel. « Cette conduite des législateurs ne découvre-t-elle pas évi- « demment la pensée où ils étaient que sans une inspiration vraie « ou supposée on ne doit pas présumer de donner une assiette « stable à la religion ? » (1). Les philosophes modernes se croient plus habiles que les anciens, mais, comme le dit Locke, c'est l'éducation chrétienne qui fait leur force. « Celui qui voyage « présentement par de grands chemins s'applaudit sur la vigueur « de ses jambes et attribue sa diligence à la force de son tempé- « rament » (2).
Les caractères de la révélation sont les suivants : elle doit être universelle c'est-à-dire propre à être portée en tous lieux et à sanctifier tous les hommes, évidente en ce sens qu'elle ne doit pas choquer la raison restreinte aux axiomes (3), en accord avec ellemême, plus riche que la lumière naturelle, accompagnée de signes.
La vérité du judaïsme se prouve par les lois de Moïse, l'historicité du Pentateuque, les prophéties de l'A. T. (4). 11 est miraculeux de voir ce peuple sans lettres, sortant de l'Egypte idolâtre, entouré d'idolâtres, posséder la science par excellence.
La vérité du christianisme ressort de deux sortes de preuves : Juste
les unes internes et de sentiment, les autres externes ou de fait, équilibre
Ici Vernet intervient et trace dans la préface du Tome II le plan des preuves le plus net des devoirs de l'apologète :
« Les premières se tirent de la beauté même de la religion, de son accord « avec la droite raison et avec la conscience, du rapport qu'elle a avec « notre état et nos besoins, de son utilité et des consolations qu'elle nous « fournit. — Le second genre de preuves se tire des marques extérieures « dont une religion est revêtue, comme sont les miracles, les prophéties, les « témoignages non suspects, le succès qu'elle a eu, les effets qu'elle a « produits.
« Ces deux sortes de preuves ont chacune leur valeur et on ne doit les « négliger ni l'une ni l'autre. La première fait d'abord impression sur des « personnes raisonnables, selon ce que dit J.-C. : « si quelqu un est bien « intentionné pour faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine « vient de Dieu ou si je paile de mon chef » (.Jean 7, 17). Mais quand l'esprit « n'a pas ce goût naturel de la vérité et de la vertu, quand il s'agit de mon- « trer la révélation par des endroits plus frappants et palpables pour tout le
internes et externes