V. Rod : « L'Affaire J.-J. Rousseau
5. Les réformés « se réunissaient en ceci, que tous reconnaissaient chacun « d'eux comme juge compétent par lui-même. Ils toléraient et ils devaient tolé- « rer toutes les interpriétations hors une, savoir c«lle qui ôte la liberté des « interprétations •>. X, 193. « Le seul dogme que la religion protestante ne tolère pas est celui de l'intolérance ». 197. « Rousseau achève ainsi ce qu'avait commencé Bossuet •', dit justement Masson (o. c. II, 162). L'âme de la Réforme prend définitivement conscience d'elle-même.
7. Les prestiges des prêtres égyptiens rivalisant avec .4«ron. avaient toutes les apparences de la réalité. « Xe prenez pas ici le change, je vous en supplie ; « et de ce que je n'ai pas regardé les miracles comme essentiels am christia- « nisme, n'allez pas conclure que j'ai rejeté les miracles... Si j'ai dit des raisons « pour en douter, je n'ai point dissimulé les raisons d'y croire ». 241.
Telle est l'œuvre qui déconcerta les contemporains de Rousseau, comme elle déconcerte encore ceux dont la pensée garde les formes dures et nettes d'un siècle de combat (1). Dcclaier l'évangile saint et divin et ne pas admettre les mystères qu'il enseigne c'était forger un système contradictoire.
Là où l'on cherchait les contradictions d'un système, il y avait Ja complexité d'un état d'âme, inintelligible au xviii' siècle, car il est de l'âge suivant : mélange de vénération et de scandale que seule une longue étude historique des origines chrétiennes fera cesser de nos jours.
Rousseau se heurte aux difficultés de cette vérification des faits à laquelle Houteville nous convie. Il sent en même temps limpossibilité morale de ravaler Jésus au niveau de l'humanité commune. Alors, ])ris entre le merveilleux physique qu'il écarte et le merveilleux moral qui le subjugue, son esprit se défend, sa conscience applaudit, son cœur adore. Homme de sentiment, il a \:\ foi, il n'a pas la croyance. Sa volonté conclut et se donne, sa ])enséc ne conclut pas.
De là, les poings tendus vers lui, les uns pour ses concessions, les autres pour ses réserves. Chacun des deux partis veut l'homme tout entier ; qu'il soit tout soumission ou tout révolte. En Suisse, en Allemagne il fut mieux compris et eut tout de suite un fort parti de fidèles. Mais chez nos Français fanatiques, esprits aux arêtes vives, chez nos jansénistes alors triomphants, chez nos philosophes « dont le scepticisme apjîarent est cent fois plus afïirmatif et i)lus dogmatique que le ton décidé de leurs adversaires » (2), dans toutes ces têtes avides d'idées claires et d'opinions radicales, quelle stupeur, puis quel esclandre (3) !
1. V. (ruiio part les jugpnipiits des chrétiens orthodoxes, d'autre jKirt celui d'un auteur comme Edme Champion, o. c. [8G] , 221 sq. Même irritation, même malaise chez ces frères ennemis, iiartisans avoués du tout ou rien. Il faut être Voltaire si l'on n'est Bossuet. — L'emljarras de Grimm éclate dans la longueur de ses réflexions sur « Emile » (V, 99, 113, 132) et ses retours fréquents sur le même sujet (148). « Quelle folie aussi à lui de faire la Profession de foi du « Vicaire savoyard et d'attester ensuite le ciel et la terre (lu'il est chrétien au .. fond (le l'ànie ». (382). <• Sa folie est d'être bon chrélien... Il Test d'une manière « si nouvelle qu'il n'y a point de déiste, point de sceptique qui ne puisse se « dire chrétien comme lui ». (VI, 120, 177). — L'auteur de l'Esprit des philosophes irréli(jieiix. cité' par Mme de Genlis, attribuait à « la passion d'être original » cette «■ idée singulière d'attaquer également la Philosophie et l'Evan- « gile ». « Ayant vu que des deux côtés toutes les places d'honneur étaient « prises, il a voulu se poser pour ainsi dire sur la ligne de séparation ■. — La Reliiiion consith-rée comme l'unique hase du bonheur et de la véritable philosophie. 1787 t. II p. VII n.